12/06/2012 02:41:17
La démocratisation en panne
Il y a 22 ans, répondant à une question du regretté Yves Mourousi, alors journaliste à Radio-Monte Carlo, le président Biya proclamait, la voix croissante, qu’il entendait être « celui qui a apporté la démocratie et la prospérité au Cameroun ». Louable objectif que celui-là.
Le Messager
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Paul Biya

Il y a 22 ans, répondant à une question du regretté Yves Mourousi, alors journaliste à Radio-Monte Carlo, le président Biya proclamait, la voix croissante, qu’il entendait être « celui qui a apporté la démocratie et la prospérité au Cameroun ». Louable objectif que celui-là.

22 ans après, est-il aisé de soutenir que nous sommes en bonne voie ? Si nos souvenirs sont exacts, cette déclaration a été faite le 21 juillet 1990 dans le sillage ou les préparatifs de la série des lois consacrant la libéralisation des activités socio-économiques. Des lois favorablement accueillies dans l’opinion mais dont l’application se heurte encore de nos jours sur des entraves qui jurent avec les réalités ou le contexte d’un Etat moderne, démocratique et prospère.

Qu’à cela ne tienne, quand le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti majoritaire et ses affidés parlent de paix et de démocratisation, ces valeurs apparaissent aux yeux des autres comme des mirages, en raison d’une loi fondamentale qui comporte des dispositions relatives à « la protection des minorités » et à « la préservation des droits des populations autochtones ». A l’adoption et à la promulgation de cette constitution en 1996, certains l’ont aussitôt présentée comme « la constitutionnalisation du tribalisme ». Concept qui régit la répartition des responsabilités parmi les responsables de la nation à tous les niveaux et dont la manifestation la plus scandaleuse est ces motions de soutien au président de la République qui récompense les collectivités nationales pour avoir pensé aux fils et filles de ces dernières.

Pour reprendre le professeur Fabien Eboussi Boulaga  comment comprendre le paradoxe qui peut exister entre la revendication populaire pour plus de démocratie, plus de liberté et le repli sur soi, la célébration des particularismes, de la tribu, de l’autochtonie ? Ce paradoxe est d’autant plus grand que nombreux sont les observateurs de la scène camerounaise qui fondent beaucoup d’espoir dans le processus de démocratisation perçu comme une médication à la résurgence de l’ethnicité comme facteur politique et qu’à jamais, « le comportement électoral sera assimilé au comportement tribal ».

La proclamation du président Biya intervenait dans un contexte où le pays était sous ajustement structurel. Avec comme conséquences la liquidation des entreprises à capitaux publics, le gel des recrutements et des avancements dans la fonction publique, des mises à la retraite sans paiement des pensions,etc. Des mesures qui hypothèquent lourdement la prospérié, voire la paix sociale. Et comme pour prévenir toute réaction populaire les prefets, sous prefets, la police, la gendarmerie et même l’armée, lors des émeutes de février 2008 musèlent les leaders politiques de l’opposition, les syndicats. Les uns et les autres ont difficilement l’autorisation de tenir des réunions et surtout d’organisation des manifestations populaires contre les abus du pouvoir et la précarité.

Depuis 2004, le gouvernement a annoncé les grandes ambitions, en 2011, on est passé aux grandes réalisations. Mais le secteur informel demeure celui qui absorbe le plus de jeunes de tous les niveaux en raison de l’absence de meilleurs débouchés. Les zones rurales se vident des bras qui devaient valoriser le secteur agro-pastoral pendant que les villes sont écumées par les prostituées et les bandits de grand chemin qui alimentent l’insécurité ambiante. Démocratie et prospérité ? Comme de la coupe aux lèvres.

Jacques Doo Bell

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