12/06/2012 03:36:53
Dévolution de pouvoir. Paul Biya : le seul maître à jouer?
René Sadi, Amadou Ali, Mebe Ngo’o, Marafa... en route pour Etoudi ?
Le Messager
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Paul Biya

Succession au sommet de l’Etat. Paul Biya, maître à jouer?

A la veille de la dernière élection présidentielle du 9 octobre 2011, les observateurs extérieurs du jeu politique camerounais s’accordaient, tout au moins sur une chose : la victoire du candidat sortant, Paul Biya était acquise.

La seule inconnue dans ce pronostic, qui s’est d’ailleurs révélé juste, apparaissait sous le prisme de la capacité de l’homme octogénaire à tenir ferme les rênes du pouvoir. Une appréhension que ces analystes justifiaient par le fait que «la santé du président est chancelante». Info ou intox ?

Paul Biya, semble encore tenir le coup. Encore pour longtemps ? Et, c’est la question au cœur des supputations qui reprennent du poil de la bête. L’avenir immédiat semblant détenu par l’héritier d’Ahmadou Ahidjo.  Absence de structuration et de mobilisation véritable de l’opposition camerounaise, «virtualisation» progressive de la société civile locale et atonie de la société camerounaise dans son ensemble plaidant en faveur de nos analystes hexagonaux. Tout se jouerait donc au sein même du parti de Paul Biya.

Sous des formes multiples, les camarades de «l’homme lion» sont venus confirmer ces prévisions. Sous cape, des rumeurs (informations ?) savamment distillées, en tout cas émanant des cercles du pouvoir ont fait état d’une «short list» de potentiels dauphins du chef de l’Etat qui, selon les mêmes sources, s’en préoccupait avec un engouement certains. Des batailles larvées ont dès lors vu le jour. Des prétentions se sont faites chaires et, souvent, des têtes ont été roulées sur l’échafaud. Dans le dossier que Le Messager livre dans la présente édition, nous tentons d’évoquer, à la lumière des évocations récurrentes quelques dauphins putatifs de Paul Biya. Les noms des Amadou Ali, Laurent Esso, Edgar Alain Mebe Ngo’o, Martin Belinga Eboutou, Franck Biya et Marafa Hamidou Yaya sont souvent évoqués dans cette perspective. Vous dites supputations? Un débat qui a cours en raison, probablement, de l’arrestation de l’ex-Sgpr et ses sorties épistolaires qui sèment la pagaille dans le sérail.

Joseph OLINGA

Ces dauphins supposés de Paul Biya

Amadou Ali. Une si longue carrière

Amadou AliMis au garage pour certains. En position d’homme de représentation du chef de l’Etat camerounais dans les rendez-vous internationaux auxquels Paul Biya participe peu. Même le poste à lui confié ne participe à entretenir le flou autour du rôle de Amadou Ali auprès de Paul Biya.  Dans le dernier remaniement du gouvernement du 9 décembre 2011, il garde son poste de vice-Premier ministre même s’il n’est plus au ministère de la Justice mais, le ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les assemblées.

Après  cinquante ans de carrière passée dans la haute administration, certains observateurs avertis y voient le signe d’une marque de confiance du président de la République à l’endroit de cet homme qui cultive une certaine discrétion. Autant qu’on garde à l’esprit les indiscrétions distillées en tout temps sur l’estime que Paul Biya a de l’homme. Probable président de la République ? Reste à voir. Toutefois, l’on se souvient que ce fils de Kolofata, dans la région de l’Extrême-nord ne cache pas son «souci» de voir le pouvoir suprême revenir au grand nord en cas de transition.

Marafa Hamidou Yaya. Le dauphin en cage

Depuis son incarcération dans le cadre de l’affaire Albatros (l’affaire de l’avion destiné aux déplacements du président de la République), l’ancien ministre de l’Administration territoriale suscite la polémique. Les «Marafistes» y voient une alternative possible à la succession de Paul Biya tandis que ces détracteurs le présentent comme un opportuniste politique aux abois. Pour sûr, l’homme a toujours été présenté comme un dauphin potentiel à Paul Biya.

Des notes de renseignement rendues publiques, il y a quelques temps viennent conforter les articles publiés par la presse en son temps. La posture que conforte l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République depuis son interpellation semble faire son effet dans le sérail. A 60 ans, cet ingénieur diplômé en pétrochimie est crédité d’un grand charisme. Ses détracteurs eux-mêmes reconnaissent sa grande maîtrise des dossiers d’Etat. Dans les milieux du pouvoir, ses anciens collègues du gouvernement lui prêtent de nombreux soutiens en hexagone. Le « dauphin en eau trouble » comme titrait l’hebdomadaire Jeune Afrique ne le nie pas.

René Sadi. Le mutant froid

Réné SadiPeu de Camerounais savent qu’il fait partie des rares hommes dans le sérail à avoir servi les régimes de Ahidjo et Paul Biya à des postes sensibles et stratégiques. A 63 ans, René Emmanuel Sadi a imprimé dans l’opinion l’image d’un homme peu affable et distant. Désintéressé pour ses supporteurs. L’hebdomadaire Jeune Afrique qui lui accorde sa grande Une « Afrique centrale » dans l’édition n°2683 du 10 au 16 juin dresse le portrait « d’un dauphin à Paul Biya ».

Une allusion qui ne semble pas plaire à l’homme. Ses proches ne manquent pas l’occasion de faire savoir le courroux que cette allusion provoque chez l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République. Toutefois, comme le précise d’ailleurs l’hebdomadaire Jeune Afrique, c’est un homme froid. Un homme qui connaît bien le Cameroun et l’un des fins connaisseurs de la machine Rdpc. Conseiller technique et diplomatique de l’ancien président de la République Ahmadou Ahidjo et proche de Paul Biya depuis des lustres, Emmanuel Sadi fait certainement partie du cercle très restreint de ceux qui comptent pour Paul Biya. De là à lui soupçonner une ambition présidentielle ?

Laurent Esso. Le magistrat muet

La poursuite et l’implémentation de l’opération Epervier lui incombe depuis le réaménagement gouvernemental du 9 décembre 2011. Son départ du Secrétariat général de la présidence de la République pour le ministère de la Justice sonne chez les connaisseurs des méthodes Biya comme une mission de haute importance. A 70 ans, Laurent Esso trouve même là son ancienne maison. Ce magistrat a connu l’essentiel des ministères.

Entré le 16 mai 1988 au gouvernement comme Secrétaire général adjoint de la présidence de la République, «L’homme muet » comme le surnomme certains a connu le cabinet civil, le ministère de la Justice, ceux de la Santé publique, de la Défense et des Affaires étrangères. Dans la course, de nombreux observateurs voient en lui un successeur taillé à la mesure de Paul Biya. Plutôt froid et peu affable. Le natif de Douala a été annoncé pour mort au mois de novembre 2010. Comme son mentor, il est réapparu quelques semaines plus tard sans mot dire. Aurait-il aussi eu l’envie de dire, « rendez-vous plus tard » ?

Edgar Alain Mebe Ngo’o. Une posture d’aristocrate

Mebe Ngo'oSi on emprunte à la terminologie de l’un de ses collègues dans le gouvernement, l’actuel ministre délégué à présidence chargé de la Défense est «une créature de Paul Biya». Certains de ses détracteurs croient même détecter chez lui les allures d’un « présidentiable conscient ». Dans les pronostics d’alternance les plus fortes, nombre de personnes pariaient sur ce fils de la région du Sud comme un potentiel choix de Paul Biya en vue de sa succession. Les arguments en sa faveur plaident régulièrement en faveur de  sa jeunesse et la volonté supposée ou réelle de l’actuel chef de l’Etat de céder le pays aux jeunes.

A 55 ans, Edgar Alain Mebe Ngo’o a connu une ascension peu commune sous le Renouveau. Dès sa sortie de l’Ecole normale d’administration (Enam), en 1985, il est  conseiller économique auprès du gouverneur de la province de l’Est (appellation de l’époque). Trois ans plus tard, ce cadre d’administration devient secrétaire général de la province du Nord. Dès 1991, il est successivement préfet dans les départements de l’Océan (Kribi), de la Mefou et Afamba (Mfou) et du Mfoundi (Yaoundé). Directeur du cabinet civil de la présidence de la République en 1997 puis Délégué général à la Sûreté nationale ( cumulativement avec son poste de Dcc. Ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense depuis le 30 juin 2009. Edgar Alain Mebe Ngo’o semble être des hommes de Paul Biya.

Franck Biya. Le fils du père

Franck Emmanuel Olivier Biya peut-il succéder à son père? Pour les observateurs de la vie politique nationale, la question se poserait en termes de «Franck Biya a-t-il le potentiel pour succéder à son père?» Une éventualité peu probable pour ceux qui pensent que son «désintéressement» de la chose politique serait une réponse claire aux supputations qui vont bon train. Une éventualité fort probable pour ceux qui, aussi nombreux, voient en cette attitude une «ruse» déjà usitée par son géniteur de chef d’Etat.

Auquel cas, Paul Biya embrayerait alors dans le sillage de Omar Bongo Ondimba donc le fils trône à la tête de l’Etat depuis son décès. Probabilité faisable dans le microcosme politique camerounais ? Rien n’est garanti. Biya prendrait-il le risque de livrer sa progéniture aux batailles de positionnement qui sévissent dans le sérail ? Arguments recevables même si la détermination du fils du père à se forger en diplomatie et en Sciences politiques depuis quelques années intrigue dans le pouvoir. D’autant que sa présence, auprès de son père, lors de la dernière campagne électorale dans le courant de l’élection présidentielle d’octobre 2011 n’est pas passé inaperçue. Aussi déterminant pour abhorrer un manteau de chef d’Etat ?

Martin Belinga Eboutou. La bouche et les oreilles du président

Martin Belinga EboutouLa mouvance sociopolitique actuelle tend à rappeler que l’actuel directeur du cabinet civil, Martin Belinga Eboutou n’est pas un figurant dans l’entourage du président de la République. Les exégètes de la pratique administrative ont d’ores et déjà enfourché la trompette de la critique mais « l’homme des situations » comme d’aucuns l’appellent sous cape vient de rappeler au bon vouloir le fonctionnement réel de la République. 

Le directeur du cabinet civil de la présidence de la République annonce  «au gouvernement» une évaluation de leurs feuilles de route au mois d’août 2012. Un ministre donnant des ordres à sa hiérarchie, cela peut étonner sous d’autres cieux, mais le «Cameroun c’est le Cameroun». Et, l’ascendant de ce natif de Nkilzok dans la région du Sud est confirmé par tous les habitués des cercles du pouvoir au Cameroun. Ami d’enfance du président de la République, ce diplomate de formation fait et refait les carrières.

Quoique peu cité parmi les potentiels successeurs de Paul Biya, en cas de transition voulue par lui, Martin Belinga Eboutou est perçu comme tel dans les cercles restreints du pouvoir. Une position qui lui est reconnue même à l’extérieur du Cameroun. D’ailleurs, l’hebdomadaire Jeune Afrique, dans son édition du 26 avril au 9 mai 2009 ne manque de le présenter comme faisant partie des 50 personnalités qui comptent au Cameroun.

J.O.

 

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