13/06/2012 01:55:57
Crise en Côte d'Ivoire: Adresse aux chefs religieux et traditionnels
L’arrestation le mercredi 6 juin 2012 à Lomé de Monsieur Lida Kouassi Moïse, cadre du FPI en exil, par Alassane Ouattara plus d’un an après être parvenu au pouvoir par la force des armes, doit interpeller chacun sur les actes posés, par les détenteurs du pouvoir actuel dans ce pays de Gbagbo
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Chefs religieux en Côte d'Ivoire

L’arrestation le mercredi 6 juin 2012 à Lomé de Monsieur Lida Kouassi Moïse, cadre du FPI en exil, par Alassane Ouattara plus d’un an après être parvenu au pouvoir par la force des armes, doit interpeller chacun sur les actes posés, par les détenteurs du pouvoir actuel dans ce pays de Gbagbo et particulièrement, sur la place de la réconciliation dans la politique de l’ actuel Chef de l’Etat.

La mise en place par celui-ci, sitôt après sa prise de pouvoir dans le sang, de la commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) a fait penser à son désir de fermer définitivement la parenthèse de la guerre pour ouvrir grandement celle de la réconciliation et du pardon. Malheureusement, ses actions attestent encore aujourd’hui que la Côte d’Ivoire est loin de la paix, du pardon et de la réconciliation ; elle vit plutôt une situation de guerre larvée et continue menée par une milice constituée de criminels et de dozos chargés de semer une terreur pire que celle de la période du complot fictif de 1963, orchestré par Houphouët-Boigny pour se maintenir au pouvoir.

Il est vrai que toutes les religions prônent l’impérieuse nécessité, après la situation que ce pays a vécue, de pardonner; c’est aussi le cas des sociétés africaines qui recommandent la discussion sous l’arbre à palabres du village pour ensemble rechercher les solutions aux différends. Il est donc indispensable de vous prendre à témoin et d’attirer votre attention encore une fois sur les faits dramatiques que vivent les ivoiriens par la faute des tenants actuels du pouvoir. A quoi assiste-t-on?

L’on observe une des parties au conflit, le FPI qui ne demande qu’à dialoguer avec l’autre mais qui se heurte à un refus de la part du régime de Ouattara et pendant ce temps la situation sociopolitique se détériore. Dans ces conditions, devez-vous continuer de garder le silence?

A sa prise du pouvoir, ADO a créé les FRCI, un conglomérat d’armées hétéroclites comprenant des dozos et rebelles de Soro, des mercenaires de la sous région et les militaires des FDS. Ses forces constituées en très grande partie des miliciens de son clan continuent de commettre des exactions et de tuer impunément des ivoiriens. Après avoir été imposé au pouvoir, Ouattara n’a jamais condamné les tueries opérées par ses dozos et rebelles. Les exemples sont légions : à Anyama, à Agboville, à Yopougon, à Duékoué, à Taï, à Vavoua, à Arrah, etc. La seule fois où il a élevé la voix ce fut lorsqu’à Vavoua ses miliciens se sont entretués.

Il a donc dans les faits toujours laissé tuer de nombreux ivoiriens sans réagir et n’a jamais sanctionné ces criminels pour montrer son désir et sa volonté de mettre fin à ces tueries. Ce silence devant tant d’atrocités, n’a à ce jour fait l’objet d’aucune déclaration officielle, de la part des dignitaires religieux et traditionnels que vous êtes.

De plus, voici un Président qui déclare officiellement faire du rattrapage ethnique au bénéfice d’une partie de la population, son clan (les gens du Nord: malinké, sénoufo…et autres dioulas) et qui joint l’acte à la parole en renvoyant des entreprises et administrations des milliers d’ivoiriens d’autres ethnies, pour recruter à leurs places des ressortissants du Nord et de la sous-région. Comment peut-on licencier et en même temps recruter des milliers d’individus?

A l’analyse, ces actions de Ouattara ne sont pas loin de celles d’Hitler entreprises contre les juifs pour imposer la suprématie de la race aryenne. Le rattrapage de Ouattara est, pour la société ivoirienne, une bombe à retardement qu’il faut désamorcer dans l’urgence. N’est-ce pas là l’illustration d’une méchanceté inouïe et de la priorité que ces gouvernants accordent au tribalisme et au népotisme ? Il est vrai que l’homme de Sindou (Burkina Faso) a toujours utilisé la religion et l’ethnie pour diviser les ivoiriens. D’ailleurs, ne déclarait-il pas, sous le régime du Président Bédié, que sa candidature était refusée parce qu’il était musulman et du nord? Ce rattrapage permet de le suspecter comme l’un des auteurs de la charte du Nord.

A ses actions répétées et publiques de rattrapage ethnique, très contagieuses pour ses militants et dangereuses pour toute la société ivoirienne, les chefs religieux et traditionnels n’ont, à ce jour, officiellement émis un quelconque rappel à l’ordre. Combien de morts, de licenciements injustes attendez-vous pour dénoncer ces pratiques discriminatoires ?

Comment peut-on parler de réconciliation quand des mandats d’arrêt internationaux continuent d’être lancés pour des prétextes fallacieux contre une des parties au conflit. Avec qui veut se réconcilier celui qui dirige la Côte d’ivoire et continue d’être le Président du RDR au mépris de la constitution? Trop c’est trop! Le mensonge, l’hypocrisie et la délation ont assez duré. Le moment n’est il pas venu, hommes de Dieu, chefs traditionnels, de dire la vérité à cet homme? Car à continuer ainsi, le conflit actuel pourrait déboucher sur une conflagration dont serait victime toute l’Afrique Occidentale.

Pourquoi, après plus d’un an de pouvoir, Ouattara continue t-il de rechercher des pro-Gbagbo? Il veut tuer toute l’opposition pour instaurer le parti unique comme l’a fait Houphouët Boigny, 50 ans plus tôt. Si Houphouët avait réussi en son temps, l’opposition actuelle n’est pas prête de se laisser phagocyter par le parti ethnique de Ouattara. On entend dire que justice et réconciliation sont compatibles. De quelle justice s’agit-il quand les auteurs des casses des banques, des tueries des gendarmes et des danseuses d’Adjanou de Bouaké, des massacres de Duékoué et de Yopougon, des crimes d’Abobo commis par le soi-disant commando invisible pour lequel un ministre RDR félicitait Soro Guillaume, sont qualifiés de sauveurs de la Côte d’Ivoire, en liberté donc et même promus?

Votre silence équivaut véritablement à une acceptation tacite de la situation que vivent les militants de l’opposition en Côte d’ivoire et les ivoiriens en général. Celle-ci n’est pas loin de la souffrance des français sous le nazisme: tueries, camps de concentration, épuration ethnique, etc. Attendez-vous que le pire survienne pour réagir comme ce fut le cas des religieux d’Allemagne et du Vatican? C’est le silence de ces religieux qui a encouragé Hitler à commettre les pires atrocités au cours de la seconde guerre mondiale. Le moment est venu pour vous de prévenir une guerre plus meurtrière en Côte d’Ivoire.

Sachez que les enlèvements, les tueries, les occupations illicites de domiciles, de plantations, de forêts, de terrains continuent au vu et au su des responsables premiers du parti de Ouattara. D’ailleurs, Monsieur Amadou Soumahoro alias cimetière, secrétaire général par intérim du RDR claironnait que tous ceux qui s’opposeront à Ouattara se retrouveront au cimetière. Qu’attendez-vous pour reprendre ouvertement et dans l’amour du Seigneur de tels individus?

Si vos actions secrètes ne pAlassane Dramane Ouattaraortent pas les fruits que vous escomptiez, le moment n’est il pas venu d’en parler publiquement? La peur serait-elle pour vous chefs religieux et traditionnels une source d’asphyxie et d’aphonie? Pourquoi continuez-vous à garder le silence devant ces camps de concentrations créés par les dozos et autres FRCI pour martyriser des militants pro-Gbagbo et parfois, comble de malheur, des ivoiriens qui ne se sont jamais intéressés à la politique?

Alors, chers dignitaires musulmans (cheikhs, imams,…), chers dignitaires chrétiens (cardinaux, évêques, bishops, prophètes, pasteurs…), de toutes obédiences et dénominations, chers dignitaires rois de toutes les régions de Côte d’Ivoire, chefs de cantons, de villages, le moment n’est-il pas venu de prévenir la catastrophe qui guette ce pays car les comportements des gouvernements actuels sont loin d’apporter la paix et la réconciliation.

Au Nonce apostolique, témoin de toutes les tueries du couple Ouattara-Sarkozy, à qui Ouattara avait promis la libération des prisonniers politiques avant fin 2011, devant l’aggravation et la multiplication des détentions arbitraires, le moment de la diplomatie ne doit-il pas céder la place à la dénonciation et à la vérité?

A vous dignitaires religieux et chefs traditionnels, il convient de rappeler que, plus que toute autre personne, vous aurez à rendre compte à Dieu pour votre silence; de plus, sachez que les actions et les propos du RDR préparent le terreau fertile d’une guerre religieuse; l’exemple du Mali en est une parfaite illustration. Vos réactions doivent dès maintenant mettre fin aux agissements injustes et ethniques des gouvernants actuels.

Voilà dix ans que des ivoiriens sont massacrés par des dozos ( une caste de chasseurs traditionnels du nord et de la sous région) et des rebelles entretenus au Burkina Faso de Compaoré par la France de Chirac puis de Sarkozy, sans entrainer la moindre réaction de votre part. C’est ainsi que votre silence a conduit à la guerre, à la mort de nombreux ivoiriens et à la déportation à la CPI de Gbagbo. L’absence de cet homme célèbre peut-elle permettre la réconciliation dans ce pays?

Vous savez bien que Ouattara continue, de poursuivre les ivoiriens jusque dans les pays où ils se sont réfugiés, de les rapatrier de force, de les torturer, de les jeter en prison et même parfois de les tuer. Les Chefs d’Etat ivoiriens et togolais, dans le cas de Lida Kouassi ont piétiné les règles d’honneur des religions et des coutumes africaines qui commandent que l’hôte ne livre pas le refugié à son bourreau et même que le bourreau ne cherche point à nuire à l’exilé. Avec qui veut dialoguer Ouattara si tous ses adversaires sont enfermés dans ses goulags du Nord? Avec qui veut-t-il se réconcilier?

Il est vraiment regrettable que certains chefs religieux et traditionnels continuent de croire que Ouattara voudrait la concorde entre les ivoiriens. Banny, les chefs religieux et traditionnels membres de la commission dialogue vérité et réconciliation (CDVR) feraient mieux de frapper du poing sur la table et de démissionner si nécessaire car, par ses actions, Ouattara veut une capitulation et non un dialogue pouvant conduire à la réconciliation entre les ivoiriens.

A vous, sentinelles de Dieu, gardiens de nos traditions et éclaireurs des consciences, il revient de faire disparaître la peur et d’œuvrer activement dans la vérité et la justice à une vraie réconciliation nationale.

KOBAZEYRET Laurent

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE