19/08/2009 01:04:10
Ekande: Portrait d'un député atypique
« Ce Monsieur, alors qu’il était député du Rdpc, a eu beaucoup de problèmes avec sa hiérarchie politique. » Ces propos sont de Jean François Mebenga, journaliste, grand thuriféraire et haut cadre du parti au pouvoir.
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Invité à l’émission Electorat de la Magic Fm, une chaîne de radio urbaine de Yaoundé, le brave avait été invité à se prononcer sur cette affaire qui a conduit son camarade en prison. L’économie de son propos indique simplement que Frédéric Ekandè est un militant indiscipliné du parti, qui n’en fait qu’à sa tête, au grand dam des intérêts de la nomenklatura. Au plaisir de la base ! Aujourd’hui âgé de 67 ans, ce fils du Moungo a fait de solides études à la Sorbonne, sanctionnées par un DEA en droit des affaires. Ne suivant que son coeur, il est retourné au Cameroun en 1977, participer au développement de son pays, en mettant notamment en pratique, les leçons apprises en occident. Son tort semble de n’avoir pas compris qu’il fallait tropicaliser certains enseignements pour les adapter aux réalités locales. Ce doux rêveur n’a pas compris notamment qu’en politique, il y a loin de la coupe de l’idéologie, aux lèvres du militant pragmatique.


Frédéric Ekandè est un militant convaincu du Rdpc dont il a d’ailleurs participé à la rédaction des textes de base. C’est au pied de la lettre qu’il prend les mots « rigueur et moralisation » qui fondent le socle idéologique sur lequel Paul Biya entend bâtir son action politique. Récompense ou compétence ? Nul ne peut dire avec exactitude ce qui motive le pouvoir à lui confier la liquidation du CAC. Il en est d’ailleurs surpris lui-même, tant les gros poissons de la Biyarie, se mouvant dans les eaux glauques des privatisations, lui étaient supérieurs. Et de loin ! Il prend sa tâche à cœur. Ne dit-on pas qu’à cœur vaillant rien d’impossible ? L’homme est fondé à croire au succès de sa mission. Il a si bien assimilé ses cours outre atlantique qu’il les a dispensés à de jeunes potaches de l’université de Yaoundé (où il a créé le département de droit des affaires) ; et à l’Institut des relations internationales du Cameroun IRIC où il a l’oreille du Directeur.


Frédéric Ekandè va faire mentir le proverbe. Avec lui, à cœur vaillant, tout devient impossible. si l’on veut bien faire. Cet enseignant détonne dans son milieu. Toujours costumé avec en prime un nœud papillon, c’est avec des gants blancs qu’il prend le volant de sa voiture pour arpenter les rues qui le mènent en fac. Il ne les retire que pour commencer le cours. Et les remet aussitôt ceux-ci terminés. « Dans ce milieu où régnait le droit de cuissage, aucune étudiante ne peut s’enorgueillir d’avoir reçu les avances de ce martien. Ce ne sont pas les objets de tentation qui faisaient défaut, et ses collègues ne s’en privaient pas. » Témoigne un ancien étudiant. Lorsqu’il quitte la fac, c’est pour une riche carrière à la Société camerounaise de banques, où il finira comme Directeur des Affaires juridiques et des analyses financières. Cet épisode terminé, il s’installe à son propre compte, en créant le cabinet conseil Fred à Yaoundé. C’est une officine du genre avocat d’affaires où sont traités annuellement en moyenne deux à trois dossiers. Fréderic Ekandè y négocie, transige et conclut auprès des juridictions pour les clients. C’est à ce titre qu’il est nommé Liquidateur et Syndic de faillite du CAC. A la surprise générale.

Certains attribuent cela à son lien avec l’ancien ministre Mbella Mbappé. Ceux-là soutiennent d’ailleurs que, si Petit Robert avait toujours été aux affaires, jamais son « protégé » ne serait allé en prison. Vrai ou faux ? Quoiqu’il en soit, Frédéric Ekandè a vraiment besoin de soutien politique, car, en dehors des gros intérêts évoqués ci-dessus, les rancunes politiques contre cet indocile sont tenaces, lui qui a séjourné au parlement pour un court mandat. Fidèle à sa vision angélique des choses, il n’y a vu que du feu. Elu député du Moungo Sud en 2002, la hiérarchie du Rdpc ne lui renouvela pas sa confiance au terme de son mandat en 2007.

C’est que, n’écoutant encore une fois que son cœur, il a lourdement investi à la base. Un exemple : dans le seul arrondissement de Dibombari, il a construit trois ponts évalués à 148 millions. Quand on sait qu’un député reçoit 40 millions au cours de son mandat pour les micros projets, on comprend qu’il a dû mettre la main à la poche. En plus du cabinet Fred, il est en effet planteur et fait pousser palmiers, soja, maïs etc. A ce titre, il est proche des paysans, et donc loin du sommet du parti. Le Rdpc étant un parti où le sommet gruge la base, l’investissement d’Ekandè pour les populations, se fait aux dépens des hiérarques qui vivent de prébendes et autres rapines opérées sur leurs camarades. Pas étonnant dès lors, que ses adversaires aient réussi à l’évincer de la liquidation du CAC (Le ministre des finances d’alors a reconnu, mezza voce, avoir été induit en erreur. Mais le mal était déjà fait) ; et lui aient barré la route de l’Assemblée nationale. Il n’est pas question pour eux que ce mauvais camarade encaisse 3 milliards de   la liquidation : il n’en serait que plus nuisible. Son successeur à la liquidation du CAC, Aaron Kaltjob semblait plus averti. Ainsi, entre autres, il a abandonné plus de 6 milliards de créances à Baba Ahmadou. Pour ses hauts faits, il brandissait une fausse lettre de félicitation du Gouverneur de la BEAC de l’époque, le sieur Mamalepot. Aroon Kaltjob repose aujourd’hui en paix dans son village. Le brave est mort à la prison de Kondengui à Yaoundé, où il était incarcéré suite à une condamnation dans l’affaire du FEICOM.

Est-ce le même sort qui est réservé à Frédéric Ekandè ? Tout laisse à le croire, eu égard aux humiliations et autres mauvais traitements dont il est l’objet. Malade, rencontrer son médecin traitant relève de l’exploit. Et c’est accompagné d’une escouade de policiers du GSO, un corps d’élite de la police chargée du grand banditisme et du terrorisme, qu’on le voit débarquer à l’hôpital général. Cet homme est vraiment dangereux. Pour le système...

Didier Tchuenkam

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