18/06/2012 01:02:15
Le torchon Brűle entre Adamou Ndam Njoya et le gouverneur de la région de l'Ouest
En accusant réception de votre lettre dont l’objet et la référence sont relevés ci-dessus, j’ai l’honneur de venir vous dire, avec regret,  que c’est bien vous qui devez vous amender et présenter les excuses sur tout ce que vous avez écrit...
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Ref : VL N°87/L/F/SG

                                              
À Monsieur le Gouverneur de la Région de l’Ouest
S/C de Monsieur le Préfet du Département du Noun, Foumban

Monsieur le Gouverneur,

En accusant réception de votre lettre dont l’objet et la référence sont relevés ci-dessus,

J’ai l’honneur de venir vous dire, avec regret,  que c’est bien vous qui devez vous amender et présenter les excuses sur tout ce que vous avez écrit.

En effet, il y a une succession de méprises qui ne sont pas dignes du haut représentant de l’État que vous êtes. Il en est ainsi quand vous écrivez :

« …Vous avez privilégié des considérations partisanes au grand mépris de votre statut de représentant officiel de la Commune… »,

 « …Vous avez sombré dans un militantisme servile et dans l’exclusion…»

Pour ainsi conclure :

« ...Ma vive désapprobation pour votre attitude répréhensible lors de la célébration sus-évoquée en vous exhortant à vous amender sans délai ».

La légèreté dans la perception des problèmes de l’État, le refus de chercher à aller au fond des questions conduisent à de telles affirmations qui sont des insultes inadmissibles contre les élus et plus encore contre la personnalité que je suis. Et c’est exactement ce que la Constitution de la République du Cameroun ne veut pas.
Dans son article 1er al 2, elle dispose :

« La République du Cameroun est un État unitaire, décentralisé ».

Il y a des institutions au niveau national et des institutions au niveau des collectivités locales décentralisées, et, il est question de complémentarité et non de hiérarchie et de subordination. La distribution du pouvoir vise l’harmonie dans la gestion de la chose publique. Il n’est pas question de faire des observations aboutissant à des « injonctions ».

À l’article 55 al 2 :

« …Les Collectivités Territoriales Décentralisées sont des personnes morales de droit public. Elles jouissent de l’autonomie administrative et financière, pour la gestion des intérêts régionaux et locaux. Elles s’administrent librement par des conseils élus et dans les conditions fixées par la loi…Les Conseils des Collectivités Territoriales Décentralisées ont pour mission de promouvoir le développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif de ces collectivités…»

Et quand vous écrivez encore :

« …Appelé à assumer des missions d’intérêt général à vous confié par l’État qui a primauté sur tout autre groupe d’intérêt… »

Il y a une ignorance ou une mauvaise lecture de  la Constitution, car, dans le fond, les missions données par la Constitution aux entités étatiques décentralisées sont claires. Participer à un défilé n’est pas une mission d’intérêt général et les formations politiques ne sauraient être qualifiées  de « groupes d’intérêts », puisqu’elles ont aussi une mission constitutionnelle.

Article 3 : «…Les partis et formations politiques concourent à l’expression du suffrage… » 

Aussi est-ce l’occasion pour moi de revenir sur ce qui a toujours meublé nos préoccupations pour les fondements éthiques de la vie et des activités aussi bien des personnes que des institutions tant publiques que privées.

Je ne sais pas sur quoi vous vous basez pour parler de « boycott » et dire :

 « …Vous avez cru devoir adhérer au mot d’ordre de boycott lancé par certaines formations politiques de l’opposition… ».

On les connaît ces formations politiques et, parmi elles, l’Union Démocratique du Cameroun, UDC dont je suis le Président National.

Sur la place publique, prenant leur responsabilité démocratique et républicaine, ces formations politiques ont rendu publique une Déclaration : La DECLARATION DE FOUMBAN où le terme « boycott » n’apparaît nulle part. En lisant la résolution N°4 de cette Déclaration, on comprend bien que vous choisissez le terme « boycott » parce que vous vous situez dans la logique où vous basez votre autorité sur la force, oubliant ainsi toutes les autres résolutions qui précèdent et que vous vous devez de lire.

Adamou Ndam NjoyaRevenant à votre terme « boycott », dans son entendement, il est défini dans les dictionnaires : « …Sorte d’interdit ou de blocus matériel et moral prononcé contre un individu, un groupe, un pays et contre des biens qu’il met en circulation… » Ou encore « …mettre à l’index, en quarantaine… », Cela suppose un ensemble de mesures sur le terrain pour son effectivité. Parce que nous n’avions pas employé ce concept, nous n’avions déployé aucune force sur le terrain pour le « boycott » qui est votre invention pour vous en prendre aux maires ; ceci étant, je voudrais bien lire le rapport des autorités administratives faisant état des actions dans ce sens ou de toute forme de contraintes déployées contre ceux qui allaient au défilé du 20 Mai 2012.

Je dis tout ceci pour que vous preniez au sérieux votre fonction et que vous cherchiez à bien analyser et les textes de la République, et les situations auxquelles s’appliquent ces textes avant de vous lancer dans des écrits qui discréditent l’autorité de l’État. En choisissant ce mot, vous savez où vous voulez en arriver, ce que vous voulez obtenir, et nous le savons aussi, parce que c’est le chemin de la répression qui est en train d’être balisé.

Nous connaissons bien ces approches sans lendemains pour la République, pour la Paix, pour l’Unité Nationale. Cela de toutes les façons, ne pourra jamais désintégrer la dynamique de l’UDC et de ces maires qui sont visés dans votre lettre standard. En effet, s’il y a des formations politiques qui œuvrent pour l’unité, pour la paix sans se ménager, l’UDC est bien placée parmi elles ; et s’il y a des personnes qui ont, depuis des décennies, œuvré pour l’unité nationale, pour la paix dans notre pays, en Afrique et dans le Monde, je serai parmi ces personnes, moi, le Dr Adamou Ndam Njoya à qui vous écrivez. Ce nom aurait pu vous amener à réfléchir deux fois et même plus.

En tout cas, chacun est libre et aujourd’hui, usant de cette liberté, je me trouve dans l’obligation de vous rappeler sommairement (parce que, pour plus de détails, vous pouvez vous référer auprès des institutions nationales et internationales où j’ai eu à servir) ce que j’ai fait dans notre pays comme Enseignant et chef d’Établissement Universitaire, l’IRIC dont j’ai présidé à la naissance pour être le premier Directeur il y a plus de quarante ans et, aujourd’hui, Directeur Honoraire par la reconnaissance des gouvernants ; comme Ministre des Affaires Étrangères, Ministre de l’Éducation Nationale à l’époque où ce département ministériel regroupait tous les ordres d’enseignement ; Ici, avec la Nouvelle Éthique de l’Éducation et de l’Éducateur, nous avions mis en place une série de mesures qui demeurent aujourd’hui plus que jamais des bases solides de l’unité. Tout le monde parle d’éthique maintenant et en traduisant les discours dans les faits, on respectera et la Constitution, et les lois de la République et des citoyens qui par leurs actes, sont des références.

Ce qui est intéressant c’est que, aujourd’hui, votre lettre me donne l’occasion de parler  du respect des valeurs et principes éthiques en partant des expériences vécues, ce qui contribuera à permettre aux citoyens d’accroitre des connaissances qui inscrivent dans la voie de l’humilité et de la culture des traditions de la recherche du vrai, du bien, du beau.

C’est surtout pour eux que je prends de mon temps précieux pour répondre à votre lettre  en écrivant tout ceci ; comme Ministre Délégué à la Présidence en Charge de l’Inspection Générale de l’État et de la Réforme Administrative, j’ai développé l’éthique de gouvernement, de  l’Administration et de la gestion de la chose publique. C’est ainsi que la Rigueur et la Moralisation dont nous avons plus que jamais besoin dans notre pays, en Afrique et dans le monde, connaitront leur développement. Entre autres institutions que j’ai créées, il y a l’École Africaine d’Éthique dont les travaux et les activités sont appréciés au Cameroun, en Afrique et hors de notre Continent où je suis sollicité. Comme chef d’un parti de l’opposition, le Chef d’État qui vous a nommé, n’a pas hésité à m’associer au Comité Scientifique chargé de la préparation de la Conférence Internationale Africa 23 qui réunit des sommités venues du monde entier ! Et j’ai été Président de l’Atelier chargé de l’intégration sociale des jeunes en Afrique.

Je ne peux pas vous dire tout ce que je fais au Cameroun, en Afrique et dans le monde que ce soit dans le domaine religieux, culturel, entre autres : en tant que Président de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix, j’ai présidé une réunion au Vatican où étaient présents des leaders religieux du monde entier avec sa Sainteté le Pape Jean Paul II. Je suis membre du Conseil Elijah Interfaith Institute…: j’ai été l’un des dix-sept experts intergouvernementaux de haut niveau, chargés de la Réforme du système des NU et élu par l’Assemblée Générale…Membre du Conseil Exécutif de l’UNESCO...etc. Au moment où je reçois votre lettre, je reçois une invitation du Ministre de l’Enseignement Supérieur me demandant de contribuer comme paneliste au débat qui sera organisé à l’occasion du Cinquantenaire de la Réunification du Cameroun.

Ce n’est pas un Gouverneur quel qu’il soit qui va se permettre de ne pas respecter tout ce que je représente, et m’écrire n’importe quelle lettre. Le  Ministre en charge de la Tutelle me respecte, le Président de la République respecte mes idées tout comme je respecte les siennes mais, me situant sur le terrain politique, je garde toute ma liberté et ne m’en prends point à qui que ce soit. Je ne crois pas que ce soient eux qui vous ont donné des instructions pour m’écrire et si tel est le  cas, je ne pense pas non plus qu’ils démentiront ce que je dis.

Les Camerounais ont compris que nous avons évité la guerre civile en 1991 et, comme leader politique, j’ai joué un rôle de premier plan, sans compromission, pour éviter ainsi les malheurs dans notre pays. Les positions que nous prenons à l’UDC sont toujours pour éviter que l’on ne renvoie cette guerre civile à plus tard, c’est pour éviter cela à nos enfants et arrières petits-enfants.

Nos parents, dont mon père, nous ont ouvert la voie de la République et de la Démocratie dès les  premières années de l’indépendance ; avec l’UDC, nous sommes dans cette école de construction des bases profondes et inaltérables de la paix, de l’unité, et nous n’accepterons pas que les fossoyeurs de la chose publique, des institutions républicaines et démocratiques prennent le pas. Foumban, ville de la Réunification et de l’Unité du Cameroun a une responsabilité historique et la Déclaration de Foumban va dans ce sens. Dans ces conditions on respecte toutes les personnes quelles qu’elles soient, on respecte leurs points de vue, on cherche à comprendre pour être et construire ensemble en citoyens responsables.

Les Préfets et autres nous avaient taxé de vouloir la guerre au Cameroun, quand, au lendemain du scrutin du 9 Octobre, nous avions, dans le cadre de ce que l’on nomme le Groupe des 7, sorti la Déclaration de Yaoundé ! Qui a eu raison ? Toujours est-il que le Gouvernement après avoir amorcé la révision des listes électorales, a fini par se résoudre à accepter la refonte et la biométrie que nous réclamions et a entrepris l’élaboration du Code électoral attendu depuis des années. Tout cela s’imposait pour la paix qui passe par le respect du premier droit et du premier devoir citoyen et républicain qu’est le vote.

L’UDC a été consultée par le Premier Ministre et nous avions donné notre point de vue qui est celui d’une formation politique c'est-à-dire qui, non accepté, demeure dans son programme puisque en démocratie, la vocation du Parti politique c’est de conquérir et exercer le pouvoir. Nous avons, à l’UDC choisi la voie démocratique, tout comme les autres formations politiques qui avaient signé et la Déclaration de Yaoundé et qui ont signé la Déclaration de Foumban. Ce que vous devez comprendre et respecter, c’est cette logique qui nous anime et qui empêche que le Maire que vous voulez « commander » ne vienne dans votre logique écraser la formation politique sans laquelle le Maire ne serait pas !

Votre lettre dégage le souffle de l’État-Parti unique qui, depuis plus de vingt ans aujourd’hui n’est plus qu’un souvenir. La Loi N°2004/18 du 22 juillet 2004 sur laquelle vous vous appuyez, est bien claire dans son article 71 al 1 en ce qui concerne l’énumération de ce qui constitue les actes de la vie civile, soit, 11 points et, aucune interprétation ne permet de classer le défilé du 20 Mai parmi les actes de la vie civile  pour qu’on en arrive à sanctionner celui qui n’irait pas au défilé. Je suis encore ici, obligé de vous faire savoir que, comme Député Maire à l’époque et Membre de la Commission des Lois Constitutionnelles, j’avais participé aux travaux   qui aboutirent à l’adoption de cette Loi. Et l’esprit ayant prévalu et qui se retrouve dans les dispositions de cette Loi, était de ne pas laisser les municipalités à la merci de la Tutelle.

Ceci étant, ce qui se révèle plutôt être en marge de la Loi, de l’éthique administrative et du service public, quand bien même, il n’y vient sur invitation du maire que comme observateur, c’est le refus d’un Préfet de participer à la réunion du Conseil Municipal « parce que le Maire n’aura pas été au défilé du 20 Mai » ! Quelle belle illustration des « considérations partisanes » qui, d’ailleurs vous animent à la lecture de votre lettre.

 « Le représentant officiel » qu’est le Maire est un citoyen ayant une conscience et lorsque ce qui met en cause cette conscience comme c’est le cas s’agissant de l’unité, interpelé, il use de ce qu’il a de précieux : la liberté. Vous devez reconnaître que nous avons au moins cette liberté de choisir. Ce choix aura été dicté par notre conscience et par la situation que nous vivons et qui est dangereuse pour l’unité qui, selon vous, serait menacée parce que le Maire ne va pas au défilé.

En lisant la Déclaration de Foumban dans son ensemble vous comprendrez que l’unité est au plus haut dans les préoccupations des formations politiques qui l’ont signée. Vous n’avez donc rien à nous apprendre mais à respecter notre position. Certainement avant vous et, sans aucun doute plus profondément encore en inscrivant l’action dans la durée et la pérennité, j’ai œuvré pour cette unité et la formation politique qui n’est pas une « certaine formation politique de l’opposition » comme vous l’écrivez, a œuvré et continue d’œuvrer dans ce sens en respectant les lois de la République même quand on pense que ces lois peuvent et doivent être différentes pour plus d’efficacité dans la mobilisation citoyenne pour la chose Publique.

Ce n’est pas en allant au défilé que l’on consolide l’unité et, d’ailleurs aucun obstacle n’a été mis sur la voie de ceux et celles qui ont voulu y aller. Et si cela choque, il faut revenir sur les humeurs et se dire que c’était là, une belle démonstration de la voie démocratique d’expression politique participant à la consolidation de la République. Il est question de faire ce qui mobilise les camerounais dans la joie en donnant tout son sens à l’essence de notre Devise : Paix, Travail, Patrie, et aussi à notre Hymne.

Quand vous écrivez : « …Élu de toutes les populations de votre commune » ce n’est pas exact. En effet je suis élu par les populations électrices ayant combattu pour s’inscrire sur les listes électorales, pour avoir leurs cartes d’électeur et qui, après ce parcours de combattant, ont cru au programme et aux méthodes du Parti politique qui a présenté ma candidature ; ce sont ces mêmes populations qui, bravant les menaces sans désemparer, ont veillé dans les bureaux de vote pour que le verdict des urnes ne soit pas faussé. Une fois élu ainsi et dans ces conditions, comme Maire, je suis celui de toutes les populations. Il en va de même de tous les maires UDC de qui je réponds comme Président de l’UDC.

Comme Maires de tout le monde, nous avons, à ce titre, fait tout ce qui était de notre devoir, en décaissant les fonds de la Commune prévus pour ce faire, pour cette fête nationale, comme on l’a toujours fait ; et ce n’est pas le Préfet du Département du Noun qui vous dira le contraire. La veille encore, la mairie a fourni des matériaux et dépêché des ouvriers, à la résidence du Préfet, pour mettre en état les espaces de festivité. Cette nuance a son importance et si vous l’aviez saisie, je pense, qu’avec tout ce qui précède, vous n’auriez pas rédigé votre lettre. Dans tous les cas, votre lettre et la mienne vont être des plus utiles en servant aux futurs administrateurs ou dans les cours de recyclage pour les travaux pratiques.

Avec ma considération.

Dr Adamou NDAM NJOYA
Ministre Plénipotentiaire de Classe Exceptionnelle

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE