18/06/2012 01:51:06
Emeute sanglante au marché Mokolo, 3 personnes tuées par balle
Un affrontement entre sauveteurs et forces de maintien de l’ordre a causé de lourdes pertes samedi 16 juin dernier, au cours d’une opération coup de poing, visant la lutte contre le désordre urbain. Aux origines de ces heurts…
Le Messager
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Un affrontement entre sauveteurs et forces de maintien de l’ordre a causé de lourdes pertes samedi 16 juin dernier, au cours d’une opération coup de poing, visant la lutte contre le désordre urbain. Aux origines de ces heurts…

11h. Marché Mokolo à Yaoundé. Comme à leur habitude, les agents de la Communauté urbaine de Yaoundé, aidés des éléments du commissariat du IIème arrondissement de police descendent sur le terrain pour un déguerpissement. Seulement, loin de se limiter à les déguerpir du trottoir comme habituellement, ils poursuivent jusque dans les bas-fonds du marché les sauveteurs pour s’emparer de leurs marchandises. M. Nassara, (comme l’appellent affectueusement ses compères commerçants), raconte : « d’habitude, on chasse ceux qui vendent sur le trottoir et occupent par la même occasion la chaussée. Mais aujourd’hui, sous le prétexte que ceux-ci se débarrassent de leurs marchandises dans les boutiques d’autres commerçants, ils y sont entrés et lorsqu’ils trouvaient la moindre marchandise superposée ou mal rangée, ils en déduisaient qu’il s’agit de celui d’un sauveteur et ils saisissaient et la marchandise du sauveteur, et celui de son bienfaiteur ». Seulement, cette tactique a eu plus d’inconvénients que d’avantages. Car, sur 05 boutiques dont les marchandises ont été saisies et détruites, 03 d’entre elles n’étaient pas concernées.

Ainsi, la goûte d’eau qui fait déborder le vase est celle de cette boutique appartenant à une jeune femme qui, selon les dires des sauveteurs, arrivait à peine au marché, et s’imprégnait encore de la situation qui y règne. Curieusement, des gendarmes se présentent à elle et lui ordonne d’ouvrir sa boutique, afin qu’ils vérifient s’il n’y a aucune marchandise suspecte. « Elle s’est mise à pleurer, car elle était partie à la hâte hier, et n’avait pas eu le temps de ranger. Du coup, elle était sûre qu’ils saisiraient sa marchandise sous n’importe quel motif », relate un sauveteur. Ce qui a été fait.

Mais, la jeune femme, refusant de se laisser faire, courrait après sa marchandise, sous la menace des éléments du commissariat du 2è arrondissement qui essayaient de la dissuader de continuer de les suivre. Ajoutée à cette situation, celle de cette autre bande de sauveteurs qui, bien que partis du trottoir, ont été pourchassés jusqu’au fin fond du marché par les agents de la Cuy. Leurs marchandises saisies, ils se sont rebellés, arguant du fait qu’il n’est pas normal que ces derniers les suivent jusque dans le marché pour se saisir de leurs marchandises. Ils ont donc entrepris de les récupérer.

C’est à ce moment que, les agents de la Cuy ont sortis des armes blanches pour les dissuader. Leur colère a redoublé : « nous pensions que cette action était uniquement destinée à assainir le marché et le rendre plus fréquentable et facile d’accès ! Mais si on en vient à sortir des armes encore de la part de qui ? Des agents de la Cuy , ramassée au quartier et dont aucune légitimité ne leur est reconnue, ça veut dire qu’ils visent un objectif autre que celui annoncé ! », Rapporte un commerçant. C’est de là que partent les casses, le soulèvement, la rébellion. Les sauveteurs se sont constitués en blocs et ont décidé de marcher sur le commissariat, car, ils pointent du doigt le commissaire Ayissi, et le prennent pour le principal responsable de cette situation.

La situation tournant au vinaigre, « le commissaire a pris la fuite », non sans avoir fait appel aux éléments des autres corps (Esir, gendarmerie, Gsp, Bir… et autres brigade du quartier général). Ce sont ces derniers qui sont venus en renfort, bombes lacrymogènes, camions anti-émeute, armes, cagoules et tout l’arsenal de guerre que certains ont eu l’occasion de voir au défilé du 20 mai dernier. La situation s’est dégradée à tel point que les sauveteurs ont rassemblé des comptoirs afin d’y mettre du feu, multipliant ainsi des actes de vandalisme à travers jets de pierres dans tous les sens, pour, disent-ils, « se venger ».

Florette MANEDONG

Victimes. 03 morts et de nombreux blessés

Tués par balles, par bombe lacrymogène ou tout simplement piétinés, ils grossissent le lourd bilan des émeutes du samedi, 16 juin au marché Mokolo.

C’est un spectacle désolant qu’offre le populaire marché Mokolo en cet après midi du 16 juin 2012. Depuis le lieu dit « sapeur Mokolo » jusqu’à la lisière avec le quartier Madagascar, l’on peut voir des comptoirs encore en feu. La route est barrée, interdiction formelle de circuler. Des pierres qui jonchent toute la voie bitumée, on aurait dit un champ de bataille. Des chaussures, plastiques et autres vêtements qui traînent ça et là. La fumée noire qui se dégage par endroit, témoignent de l’intense affrontement qui y à lieu quelques heures plutôt.

De chaque côté de la route, badauds et curieux regardent, impuissants. Sous la supervision des forces de maintien de l’ordre qui ne cessent de faire des allées et venues. Côté boutique, pas une seule n’est ouverte. Pour celles qui sont vitrées, c’est refugiés derrière ces vitres que les employés de ces magasins vivent le spectacle. D’autres l’ont vécu depuis la devanture de leurs boutiques fermés à double tour et un nombre moins important, s’est purement et simplement barricadé à l’intérieur de leurs entreprises.

Pourtant, toutes ces précautions n’ont pas empêché Annie Laure Yankam et deux autres morts, dont l’identité n’a pas été dévoilée, d’être à jamais séparés de leurs proches. C’est qu’ils ont eu le malheur de se rendre au marché Mokolo samedi 16 juin 2012.

Pour la première victime, une jeune femme âgée d’environ 28 ans, elle revenait du marché où elle a effectué des courses quelques heures plus tôt. Juste à quelque 100 mètres de son domicile, elle est frappée par une bombe lacrymogène, tirée par les éléments de maintien de l’ordre. Elle décède sur le coup, et est transportée à la morgue de l’Hôpital central de Yaoundé par ses parents en larmes.

La deuxième victime, une jeune fille âgée d’à peine 13 ans, décède lors des bousculades, alors que tout le monde est occupé à fuir, courir çaet là pour se mettre à l’abri et se protéger des balles perdues. Dans cette course folle, elle est piétinée et tuée. Elle venait vendre des œufs, certainement envoyée par sa mère. D’après des dires, son corps aurait été transporté par un véhicule du corps de l’Esir.

La troisième victime, un jeune homme, la trentaine, sauveteur. Il meurt suite à son courage. Selon ses amis sauveteurs, alors que les marchandises sont saisies pèle-mêle et injustement, ce jeune homme qui avait usé de toutes ses économie pour acquérir une nouvelle marchandise, refusant de la perdre ainsi, brave les éléments de maintien de l’ordre qui menaçaient de tirer sur la population et reçoit une balle en pleine poitrine.

Pour ce qui est des blessés, on en dénombre un plus grand nombre du côté des commerçants. Mais, il faut quand même relever ce blessé grave de la Cuy , victime des sauveteurs qui l’ont défiguré à l’aide des pierres alors qu’il les courrait après. Les tentatives pour obtenir la version des faits du commissaire Ayissi, principal accusé de cette affaire, sont restées vaines, lui-même étant introuvable.

Florette MANEDONG

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