22/06/2012 03:19:57
Libye. Qui fera taire enfin les « bobos » du Quartier latin ?
Une chose en tout cas est certaine : si, très rapidement, les pays occidentaux en général, la France en particulier, continuent de tenir pour négligeables les avis et jugements des chefs d’État africains, ils verront les portes se fermer une à une devant eux. Avec toutes les conséquences néfastes que ce désamour ne manquera pas de provoquer...
Les Dépêches de Brazzaville
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Bernard Henry Levy
Tandis que le « philosophe » Bernard-Henri Lévy parade dans les cafés chics du septième arrondissement à Paris, s’entretenant ostensiblement avec l’ancien président Nicolas Sarkozy du film consacré à la guerre de Libye qu’il a présenté à grand fracas lors du récent Festival de Cannes et se présentant sur les chaînes de télévision hexagonales comme « le » héros de la liberté libyenne retrouvée, les conséquences dramatiques de l’intervention occidentale menée contre Mouammar Kadhafi se confirment chaque jour.

Non seulement, en effet, la Libye n’a pas trouvé la paix qu’elle cherchait avidement – on en a eu la démonstration accablante en fin de semaine dernière lorsque des milices ont occupé l’aéroport de Tripoli pendant plusieurs heures -, mais encore les milliers de missiles et d’armes lourdes fournis complaisamment aux insurgés par les forces de l’Alliance atlantique ont provoqué une déstabilisation de la partie nord du continent africain dont on commence tout juste à mesurer l’ampleur. Ainsi, se confirme le jugement hostile que la plupart des dirigeants africains avaient porté sur l’intervention occidentale dès le début de la crise, intervention à coup sûr calamiteuse qu’ils avaient tenté de prévenir en chargeant quelques uns de leurs pairs de convaincre le « Guide » de s’effacer avant qu’il ne soit trop tard.

Trop polis pour dire leurs quatre vérités aux auteurs de cette incroyable erreur stratégique ou désireux de ne pas jeter encore plus d’huile sur le feu qui couve dans toute l’étendue de la zone saharosahélienne, les chefs d’État qui eurent le courage de se rendre sur le terrain au risque de leur vie observent aujourd’hui un silence qui en dit long sur leur ressentiment. Ils connaissent le prix du sang que les peuples africains devront payer dans les dix prochaines années pour venir à bout d’une « révolution » que les « bobos » du Quartier latin réussirent à vendre à des responsables politiques plus soucieux de faire parler d’eux et de redresser leur image auprès du peuple français que d’aider réellement les Libyens à trouver une issue pacifique à la crise dans laquelle ils sombraient.

La suite est malheureusement écrite d’avance : elle se traduira par la mort de centaines de milliers d’êtres humains innocents, fera imploser inexorablement les pays du Sahel, permettra aux islamistes les plus radicaux de mettre en coupe réglée des peuples pauvres, provoquera une vague d’attentats sans précédents dans les pays riches qui commirent l’erreur historique de favoriser cette déstabilisation, bref engendrera un chaos dont nous commençons tout juste à mesurer l’ampleur. Ce qui n’empêchera évidemment pas les Bernard-Henry Lévy et autres prophètes de la liberté de parader impunément sur le devant de la scène médiatique.

Les Français ayant décidé, il y a quelques semaines, de changer leur président et s’apprêtant, semble-t-il, à lui donner les pleins pouvoirs en élisant une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale qui viendra s’ajouter à la majorité socialiste au sein du Sénat, la voie est ouverte pour un changement radical de politique à l’égard de l’Afrique. Un changement qui passera d’abord et avant tout par l’écoute des voix autorisées qui, sur le continent, expriment les vérités d’évidence que le prédécesseur de François Hollande n’a pas voulu ou pas pu écouter faute d’avoir à ses côtés les compétences nécessaires.

Une chose en tout cas est certaine : si, très rapidement, les pays occidentaux en général, la France en particulier, continuent de tenir pour négligeables les avis et jugements des chefs d’État africains, ils verront les portes se fermer une à une devant eux. Avec toutes les conséquences néfastes que ce désamour ne manquera pas de provoquer dans la sphère diplomatique et sur le plan économique.

Jean-Paul Pigasse

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