21/08/2009 14:55:43
ABCA Symposium: les banquiers centraux plaident pour leur indépendance
Les banques centrales africaines, en réunion à Kinshasa, reconnaissent la nécessité d’asseoir leur politique monétaire sur le ciblage de l’inflation. Mais, le préalable reste le soutien
Le Potentiel
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« La formulation de la politique monétaire en Afrique : pertinence du ciblage de l’inflation » a été le thème du symposium organisé hier jeudi au Grand Hôtel Kinshasa, en marge de la 33ème réunion du Conseil des gouverneurs de l’Association des banques centrales africaines (ABCA). C’est depuis le lundi 17 août 2009 que les experts de l’ABCA se réunissent en commission technique en vue de planter les jalons au niveau des banques centrales africaines dans la perspective de la mise en œuvre en 2021 d’une monnaie unique africaine.

En ouvrant les travaux de cette 33ème Conseil de gouverneurs de l’ABCA, le ministre des Finances, Athanase Matenda Kyelu, n’a pas manqué de souligner l’importance que les chefs d’Etat africains attachent au grand projet d’intégration africaine. « L’intégration africaine est un projet ambitieux quoi matérialise la vision des pères des indépendances (...) Tous avaient souhaité la disparition des barrières artificielles politiques, économiques et sociales héritée de la colonisation », a-t-il indiqué, dans son mot des circonstances. « Aujourd’hui, l’Afrique, chemine véritablement vers la réalisation du rêve d’intégration économique », a-t-il déclaré, convaincu de grands progrès réalisés dans ce domaine dans le continent.

LEVER LES BARRIERES A L’INTEGRATION

Il a, à cet effet, évoqué la mise en œuvre du Programme de coopération monétaire africaine (PCMA) qui devra déboucher à l’horizon 2021 sur la création, d’une monnaie unique et d’une Banque centrale commune, comme l’a décidé l’Union africaine. « Notre continent doit aspirer à une Afrique sans murailles, c’est-à-dire une Afrique où les facteurs de la croissance économique joueront pour permettre à nos Etats respectifs de relever notamment les cinq défis majeurs », a-t-il souligné. Au nombre de ces défis figurent notamment la stimulation des échanges commerciaux intra-africains ; la stabilité monétaire et financière ; la pleine intégration de notre continent dans l’économie mondiale ; la création d’emplois et de richesses pour combattre la pauvreté ; et enfin le défi du développement humain. Selon lui, ces défis ne peuvent être surmontés sans une implication effective des banques centrales. Ainsi, s’adressant aux banquiers centraux en réunion à Kinshasa, il leur a fait savoir que « l’honneur revient à vous, gouverneurs des banques centrales africaines à qui les chefs d’Etat et de gouvernements, par le biais de l’Union africaine, ont confié la difficile mission de piloter cet ambitieux programme de coopération monétaire africaine ». « La mission est certes difficile », reconnaît-il. Mais, il a fait comprendre que « les diversités qui caractérisent nos pays doivent être considérés plus comme des passerelles que des obstacles ». Aussi pense-t-il que « les compétences dont dispose chaque Banque centrale du Continent peuvent contribuer à relever ce grand défi afin d’atteindre l’objectif sus-visé (Ndlr : une monnaie unique africaine) dans les délais raisonnables ». Bien avant le ministre Matenda, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo - hôte de cette réunion de l’ABCA - a présenté son mot de bienvenu à tous les participants, délégués de 30 banques centrales sur les 40 que compte cette association. Il a émis le vœu de voir les échanges inscrits dans ce symposium contribuer efficacement à l’accélération de l’intégration régionale dans le continent. Abondant dans le même sens que le gouverneur Masangu, Maxwell Mkwezalamba, commissaire aux Affaires économiques, représentant le président de la Commission de l’Union africaine (UA), a annoncé la mise en commun des efforts entre la Commission de l’UA et l’ABCA pour l’élaboration d’une stratégie de mise en place d’une Banque centrale africaine. D’où, l’intérêt, a-t-il dit, de ce symposium qui permet de s’imprégner de chaque pays. L’INDEPENDANCE D’UNE BANQUE CENTRALE

De son côté, François Kanimba, gouverneur de la Banque nationale du Rwanda, et président en exercice de l’ABCA s’est beaucoup plus appesanti aux remarques techniques portant sur le thème principal, à savoir le ciblage de l’inflation. Sur ce point précis, il a insisté sur le rôle essentiel de la Banque centrale, soulignant l’importance pour elle de calibrer sa politique monétaire sur l’objectif principal de la stabilité du niveau général des prix, dont la maîtrise de l’inflation. Cependant, note-t-il, le ciblage de l’inflation comme base de la politique monétaire n’est possible qu’avec une banque centrale réellement indépendante et un soutien effectif des institutions à cette vision, notamment le pouvoir législatif.

Pour nombre de spécialistes du secteur, cette stratégie constitue davantage un cadre pour la politique monétaire qu’une règle stricte. Au cours des années 90 et 2000, cette politique a été adoptée de manière croissante par différents pays : pays développés, pays émergents, et pays en transition. On peut en déduire que ce choix de politique apparaît aux yeux de nombreux pays comme le plus efficace pour juguler l’inflation, réduire les incertitudes, en somme, assurer un meilleur fonctionnement de l’économie dans son ensemble.

Dans son exposé, François Kanimba n’a pas manqué d’énumérer un certain nombre des préalables pour une bonne manipulation par les Banques centrales d’une politique monétaire calquée sur le ciblage de l’inflation, comme principal objectif. Il a soulevé une série des questions abordées dans les exposés prévus dans la deuxième partie de ce symposium. Sur chacune des questions, il a mis l’accent sur la transparence de la politique monétaire qui sert ainsi de fil directeur à l’ensemble de l’action d’une banque centrale.

Selon lui, la réunion de Kinshasa a l’avantage d’amener les banques centrales à entreprendre des discussions techniques appropriées et aussi créer une « synergie » dans la perspective de la création d’une Banque centrale africaine.

C’est aujourd’hui vendredi que se clôturent dans la soirée les activités prévues dans le cadre de cette 33ème réunion du Conseil des gouverneurs de l’ABCA. Ce sera aussi l’occasion pour François Kanimba, gouverneur de la Banque nationale du Rwanda, de céder le bâton de la présidence de l’ABCA à la RDC, qui l’assumera par le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo.

Faustin Kuediasala

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