25/06/2012 09:03:46
Celestin Bedzigui. Ce que nous révèlent les « Lettres de Marafa »
Le Droit du Peuple de savoir la Vérité
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Celestin Bedzigui
A l’heure où l’actualité bruisse  de ‘’révélations’’  d’un  ex-épigone  du régime, le peuple camerounais doit saisir l’occasion exceptionnelle qu’offrent ces ‘’ révélations’’   pour comprendre les pratiques cachées  du régime et demander des comptes  à ceux qui le  gouvernent depuis trois décennies.

La posture que certains jugent être de reniement et d’ auto- absolution que M. Marafat  se donne a beau être considérée comme un acte de haute trahison par ses camarades  du Rdpc  qui enjoignent  au public à l’ ignorer, les citoyens avisés ne sauraient  céder   à cette injonction qui équivaudrait à jeter le bébé avec l’ eau du bain, le bébé ici étant une confirmation de première main de la vérité sur une gestion calamiteuse de l’ Etat, chose que nous subodorions et avons tant de fois dénoncée au fil des années...en nous faisant traiter d’ « apprentis-sorciers’’ par le chef de ce régime.

Notre propos  n’est pas de  juger le motif invoqué par ses amis d’ hier pour l’incarcérer aujourd’hui, ayant eu depuis des années déjà à critiquer les pratiques suspectes auxquelles ceux qui sont aux commandes de ce régime, privilège que M. Marafat a eu à partager  avec eux  pendant des années, se livrent,  au prétexte de l’assainissement des mœurs publiques. Pour le politique que nous sommes et qui lui fait face depuis tant d’années, le Rdpc est une véritable ‘’tanière de diablotins’’ ; nous ne saurions faire du ‘’ baise- corne’’ au premier  qui en réchappe.  Toutefois, nous restons ouvert à l’ idée que ces ‘’ lettres’’ pourraient indiquer une réelle repentance de son auteur  pour le tort qu’ il a causé au peuple durant toutes ces  années passées aux commandes de la machine de fraude électorale  qui a permis à ce régime de confisquer le pouvoir jusqu’  à ce jour.

Les ‘’ coups de... plume ’’ et le «Camair/SSA- GATE »

 Dans ces circonstances,  les ‘’coups de... plume ‘’ de M. Marafat- une vieille connaissance depuis le campus universitaire à Ngoa Ekelle en 1972, il y a quarante ans,  dont le sort,  du fait d ‘ une complicité  générationnelle et des  proximites sociales,  ne saurait nous laisser indifférent, -   ont  à  notre sens un intérêt et une utilité significatifs, exclusion faite de toute  accointance politique  qui nous est prêtée par certains journaux spécialistes en  pure spéculation.

L’utilité de ces ‘’révélations’’ tient à ce que  certaines des informations délivrées sont de vérités qui confirment  les pratiques inacceptables dans un Etat modèle. Une des vérités livrées par ces ‘’coups de plume’’  sur le vrai visage de ce régime est l’ incertitude de la  destination prise par les 30 milliards Fcfa perçus en Afrique du Sud pour  le compte de la Camair par Jean Foumane Akame,  conseiller technique et plus proche ami et confident du président de la République, argent dont personne ne peut produire la trace du reversement dans le budget et la caisse de l’ Etat.  L’implication personnelle du président de la République dans cet épisode  peut difficilement  être écartée par un esprit un tant soit peu rationnel.  Sinon,  comment expliquer que M. Foumane Akame soit parti de la Présidence pour aller s’occuper du recouvrement d’une créance, par dessus la tête et de la Camair,  et du  Ministère de tutelle,  et du Ministère des Finances et ... du Premier ministre ?

Jeter en pâture à l’opinion comme on le voit venir l’affaire de la commission de 87 millions Fcfa  qu’aurait touchée le ministre de Transport de l’époque, pour être répréhensible, n’est  qu’  une grossière manœuvre de diversion par rapport à ce sujet grave. Le peuple ne devrait donc pas se laisser distraire. Les professionnels des medias doivent éviter de tomber dans cette  trappe, au contraire, ils doivent approfondir l’investigation.

Marafa Hamidou YayaLes Camerounais ont le droit de connaître la vérité et avoir la réponse à la question que je pose ici, en tant que citoyen et homme politique : Quelle a été  la destination des  30 milliards Fcfa virés par la Ssa  dans le compte ouvert en son nom par le ‘’Conseiller Technique- ami et confident’’ du président de la République, mis selon toutes les apparences  en mission par ce dernier  pour collecter cet argent ? Cet argent n’ayant pas été reversé a la Camair pour servir à indemniser les victimes du crash de son avion et  financer son redressement, le président de la République sait- il l’usage qui en a été fait, un usage  qui de toute manière aura été inapproprié ?

Le président de la République aurait- il bénéficié de l’usage inapproprié de ces fonds  et laisser ainsi couler une entreprise nationale emblématique ? Voila les questions graves qui se posent. Voila les  lourds  soupçons dont doit se laver le président de la République aux yeux des citoyens de ce pays.  Pourquoi  n’évoquerais-je pas ici le cas similaire des dizaines de milliards Fcfa  récupérés dans une banque aux Caraïbes  dans le dossier  de la liquidation de la défunte Banque  Bcc au début des années 2000 par le même personnage, dans le même rôle bien curieux ,  et  qui cette fois-là conduisait une mission composée d’ un représentant du ministère des Finances et d’ un représentant de la Src, la  Société Camerounaise de Recouvrement,  dizaines de milliards dont  le peuple  est également en droit de savoir où ils sont passés  ?

Beaucoup d’autres compatriotes pourraient citer plusieurs ‘’ curiosités’’  de la même veine.  Je pourrai ajouter à la liste les 14 milliards Fcfa des Fonds Stabex débloqués  en son temps par l’Union européenne pour dédommager les créanciers de l’Oncpb dans la filière cacao.  La liquidation de l’Oncpb n’en avait reçu en son temps que 3 milliards Fcfa. Le reste de l’argent n’est  jamais arrivé au Trésor. La Sacherie qui était classée en tête de liste des créanciers  s’est vu refuser le paiement de sa créance de 2 milliards Fcfa qui lui aurait pourtant procuré les ressources nécessaires au financement de sa restructuration... Face à  une telle insouciance du régime sur le  sort de cette  entreprise à capitaux majoritairement public,  le directeur général de  la Sacherie que j’étais à l’époque n’avait  eu d’autre choix que d’envoyer sa lettre de démission motivée  au ... président de la République. Ceux qui ont vécu les moments dramatiques de la tentative de putsch du 6 avril 1984 ont certainement gardé en mémoire cette bribe du  discours des putschistes : " L`armée nationale vient de libérer le peuple camerounais de la bande à Biya...et de leur rapine incalculable.’’ Les termes ‘’ bande’’ et  ‘’ rapine’’  entendus  ce jour-là voient-ils  ici leur  illustration révélée au grand jour ?  Le peuple a-t-il ici  un début d’éclairage sur  certaines causes de la mort de la Camair, la Scb, l’Oncpb, la Cnr  et j’en passe?...

Si le Cameroun était un pays normal...

Les ‘’Lettres de Marafat’’  ouvre une boîte de Pandore qui permet au peuple de comprendre  avec quelle duplicité désinvolte et  coupable est  gérée  la fortune publique. Lorsqu’ on en saisit la substance et les non-dits, on ne peut que s’interroger sur le cynisme insouciant des hommes au pouvoir  vis-à -vis  des drames où sont  plongées  des milliers de familles dont les parents ont été victimes de la  calamité économique que représente une fermeture d’ entreprise.  Les quelques cas évoqués  ci-dessus et qui pourraient ne représenter qu’une infime minorité de cas    fournissent des indications sérieuses sur  ce que notre pays est peut-être sous la coupe d’une véritable maffia d’Etat.

Si le Cameroun était un pays normal, face au  constat accablant révélé par ces épisodes,  le chef de l’Etat   commettrait  sans délais  l’ouverture d’une enquête et s’adresserait  au peuple pour lui demander  pardon pour sa négligence ou,  s’il sait avoir trempé dans cet immense scandale, rendrait sa démission, sa responsabilité politique dans  ces méfaits étant indéniable.   La promesse tonitruante  d’ un avenir radieux de   ‘’ pays émergent’’ à long terme - quand nous serons tous morts comme l’ a dit l’ économiste Keynes- , sans même d’ une part se donner la peine de préciser  les caractéristiques de ce qu’on nomme ‘’ pays émergent’’ , lesquelles caractéristiques  auraient servi   d’objectifs chiffrés de l’ action gouvernementale, sans d’ autre part présenter un programme économique articulé pour atteindre ces objectifs ,  est une fumisterie politique et intellectuelle d’ un régime qui veut détourner l’ attention du peuple sur le  bilan de son action qui après trente ans, affiche un taux de chômage de jeunes que certains observateurs évaluent   à plus   85%, une énergie électrique rationnée, l’eau potable considérée  comme  une denrée précieuse, et j’ en passe...

Aux Etats-Unis, le président Obama est tenu comptable du taux de chômage et du nombre d’emplois créés chaque mois. En  comparant au Cameroun où  le président de la République n’en a cure, on comprend la nécessité et l’urgence  des changements à opérer au sommet de l’Etat, pour mettre notre pays sur les rails d’une prospérité effective, au lieu des incantations aux allures de propagande des ‘’ Grandes Réalisations’’. Plus préoccupant, l ‘ incertitude politique générée par  l’ atmosphère perceptible de fin de règne aggravée par une absence de lisibilité des politiques  sectorielles  permettant d’envisager  une baisse  de la tension sociale  résultant du chômage et  de la dégradation des conditions de vie des populations sont des facteurs qui plombent  la notation financière du risque- pays du Cameroun.  La conséquence en est qu’en dehors de la Chine, aucun investisseur international de référence ne considère notre pays comme une destination favorable à l’investissement a court et moyen terme.

De l’effondrement de l’empire romain au 4ème siècle de notre ère  à l’accession  au pouvoir des Merovingiens au 8ème siècle,  l’Europe a vécu une période connue par les historiens sous le nom de ‘’ Dark  Age”. Examinée à travers le prisme des caractéristiques du régime actuel  qui sont le  refus avéré de la culture et des pratiques d’une véritable démocratie, la violation permanente de l’ éthique et de la morale publiques, la répression systémique, une économie perpétuellement  en berne,  la situation que nous vivons depuis une trentaine d’années pourrait  être consignée dans  l’Histoire politique de notre pays  comme le  ‘’ Dark Age’’ du Cameroun, le ‘’Temps des Ténèbres’’.  En sortir est la bataille à laquelle  dans un avenir proche, les authentiques patriotes devront s’ impliquer, sous un leadership d’ expérience,  éclairé et avisé des enjeux de notre époque.

Celestin Bedzigui
Homme Politique
CEO, Global Rating Services, Wall Street, New York.

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE