27/06/2012 12:55:06
Cameroun. Foumane Akame : l'ombre du président en pleins projecteurs
Docteur Jekyll ? Mister Hide ? Difficile de coller une étiquette à Jean Foumane Akame, auteur du « code pénal camerounais », École nationale d'administration et de magistrature, 1973 et avec Etoga Eyli, d’un essai biographique sur le deuxième président de la République unie du Cameroun intitulé « Paul Biya, ou l'incarnation de la rigueur »
Le Messager
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Docteur Jekyll ? Mister Hide ? Difficile de coller une étiquette à Jean Foumane Akame, auteur du « code pénal camerounais », École nationale d'administration et de magistrature, 1973 et avec Etoga Eyli, d’un essai biographique sur le deuxième président de la République unie du Cameroun intitulé « Paul Biya, ou l'incarnation de la rigueur » paru aux éditions Sopecam en  1983.

Président du Conseil d’administration de l’Université de Yaoundé I, Jean Foumane Akame est un magistrat hors échelle qui a eu un parcours professionnel élogieux : ancien chancelier de l’Université de Yaoundé, ancien ministre de l’Administration territoriale, ancien Secrétaire général du ministère de la Justice, il occupe actuellement le poste de conseiller technique aux affaires juridiques  du président de la République et accessoirement secrétaire du conseil supérieur de la magistrature.

En 2010 Jean Foumane Akame a été nommé en toute discrétion, au poste de président du tribunal de première instance de l’Organisation internationale de la francophonie (Oif). Juridiction créée en application du nouveau statut du personnel de l’Oif, dont les litiges dépendaient jusqu’alors des tribunaux français. Proche des livres, c’est aussi  un homme proche de la terre.  Avec son cadet Edouard Akame Mfoumou, promoteur d’une huilerie et d’une savonnerie, ils animent et participent au développement de  Ndonko, un village situé sur le tronçon Sangmélima, Mvomeka’a où Foumane Akame s’est essayé à  l’agro-industrie, par le biais d’une unité de traitement de confitures d’ananas et de coupelles entièrement bio. « Grâce à Jean Foumane Akame, les Yékombo de Ndonko dans l’arrondissement de Sangmélima disposent d’un centre de santé développé, d’une station-service, d’un bureau de poste et d’un collège d’enseignement technique industriel (Cetic), entièrement construits par ses soins ».

Côté jardin, les frères Akame n’entretiennent pas des relations au beau fixe. Personne n’ignore l’adversité réciproque. Il n’y avait qu’une place dans les petits papiers de Paul Biya entre Foumane Akame et Akame Mfoumou.  Il fallait que l’un soit mis sous l’éteignoir et c’est bien l’ancien Minefi qui fut sacrifié au profit du conseiller juridique du chef de l’Etat dont la proximité donne libre cours à tous les excès de pouvoir, au détriment du frère jugé moins docile et plus indépendant, donc peu fréquentable…Etrange destin que celui de ce haut magistrat qui était appelé à devenir un magistrat de …haut vol, si Biya ne l’avait pas retiré de la lumière comme ministre de l’Administration territoriale pour en faire un homme de l’ombre, un homme à tout faire dans les affaires réservées et pour tout dire occultes du chef de l’Etat.

Janvier 2008, le nom de Jean Foumane Akame figure bel et bien dans une liste des personnalités soupçonnées de crimes économiques contre le Cameroun, publiée par la presse, aux cotés de Meva’a M’Eboutou Michel, ancien ministre des Finances. Juin 2008, Bedzigui et Milla Assouté le dénoncent au cours de l’émission «Sans Détour», sur la radio Cameroon voice à Montréal. Dissident du Rdpc et fondateur du Rdmc, Le chief Milla Assouté déclarait détenir une liste de 49 personnes accusées de détournement de biens publics; liste qui proviendrait du cabinet du ministre de la Justice. Il affirmait  y relever, entre autres, Zé Méka, Foumane Akame. Milla Assouté attribuait déjà à l’époque une grande responsabilité à Foumane Akame dans le détournement « d’au moins 29 millions de dollars provenant de la South african Airways qui réglait un litige l’opposant à la Camair ».

Depuis quatre ans donc, le nom de Foumane Akame, ancien ministre de l’Administration territoriale, et proche conseiller du chef de l’Etat revient comme un métronome dans les dénonciations relatives à la prévarication. Depuis que Marafa Hamidou Yaya l’a mis en cause dans l’affaire du crash du Nyong, Milla Assouté en a rajouté une couche s’agissant des fameux 32 milliards sud africains : «L’argent avait été reçu à Paris  à  la Sgbc sur un compte ouvert au nom de l’État du Cameroun  par Foumane Akame Jean, le conseiller juridique de Paul Biya, et géré sous sa seule signature ».

Milla Assouté est formel : « C’est  Foumane Akame Jean qui  sait avec son mandant Paul Biya  où est  passé cet argent ».  Officieusement chargé de la campagne d’assainissement du fléau de la corruption au Cameroun, Jean Foumane Akame, avait dit-on,  fait tourner à merveille la machine « du bouc-émissaire opportuniste du pouvoir, non seulement contre les jeunes loups de l’oligarchie Béti rassemblés réellement ou fictivement dans le fameux G11, mais aussi contre la remontée en puissance des lobbies politiques du Nord qui ont reconquis une respectabilité notoire dans l’équation politique globale du régime Rdpc». Pour retrouver les fonds détournés, Jean Foumane Akame avait dit-on,  mandaté en 2003 des avocats camerounais et un certain  Christian Ntimbane Bomo, ainsi que la société Tamer Ltd domiciliée à Monrovia au Liberia.

C’est en 1983, soit un an jour pour jour après l’arrivée au pouvoir de Biya, que Foumane Akame a mis le pied à l’étrier en entrant au gouvernement de Bello Bouba Maïgari. Reconnu discret et peu porté sur l’extravagance, il rejoindra très vite le président de la République pour des missions de haute confidentialité dont on imagine aujourd’hui l’ampleur  et la portée négative pour le Cameroun. Rattrapé aujourd’hui  par l’actualité récente, voici l’homme de l’ombre en pleins projecteurs. Sera-t-il lâché par le Prince après tant de nombreux et loyaux sévices contre la fortune publique ?  L’édifice du Rdpc se fissure inexorablement. Un verrou qui saute prépare plutôt l’avalanche comme dans le jeu des chaises musicales…
 
Edouard Kingue

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