27/06/2012 13:00:56
Etat de lois
Autrefois nous vivions dans la barbarie, mais comme un soleil qui commence à paraître, sortirons-nous de la sauvagerie ? Rien ne peut l’indiquer au moment où la montée des périls est chaque jour plus grande et s’inscrit en lignes continues selon la respiration propre à notre pays.
Le Messager
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Moto Taxi Douala

Autrefois nous vivions dans la barbarie, mais comme un soleil qui commence à paraître, sortirons-nous de la sauvagerie ? Rien ne peut l’indiquer au moment où la montée des périls est chaque jour plus grande et s’inscrit en lignes continues selon la respiration propre à notre pays.

On peut le constater dans le vécu quotidien des habitants. Les maisons sont détruites et des familles jetées dans la rue sans ménagement, au nom de l’urbanisation ou au nom de la force ; du fait des longues préventions sans jugement, les prisons sont surpeuplées et débordent dans les rues où la justice est rendu à coup de barres de fer et de pneus incandescents ; l’incivisme des  automobilistes et  autres usagers de la route est patente ; tout le monde est pressé et personne ne veut céder une parcelle de son temps pour l’autre ; les marchés sont pleins et débordent sur les trottoirs ; malgré les efforts des pouvoirs publics, les soins de santé primaires sont inaccessibles et le personnel médical est devenu des marchands de la santé ; sur les plateaux de télévision, les débats deviennent des combats de gladiateurs ; les intervenants se claquemurent dans des camps retranchés, préfigurant ce qui pourrait devenir la conflagration sociale ; les journaux sont instrumentalisés à outrance, non pas pour éclairer l’opinion, mais pour jeter en pâtures de respectables pères et mères de famille, au nom d’éphémères prébendes ; l’argent et le bien public sont devenus la propriété privée d’individus sans foi ni loi qui comptent s’enrichir avant qu’il ne soit trop tard.

Barbarie et sauvagerie traduisent notre mal-être. La violence s’est installée dans tous les strates de la société, où les plus forts écrasent les plus faibles en toute démocratie apaisée. Rien n’a changé ? Ho, certes, le niveau de vie s’est amélioré depuis les années soixante, mais les rapides  mutations sociales en dégradent la qualité.  Nombreux sont les camerounais qui ont fait de bonnes écoles. Mais l’expression politique est restée la même. Des parlotes, des promesses à n’en plus finir. Aujourd’hui les candidats  aux élections cherchent  un petit coin de parapluie pour s’abriter et promettent en retour, un petit coin de paradis pour les électeurs. Hélas, si le camerounais va debout et jaloux de sa liberté, par contre, les symboles ardents de foi et d’unité sont devenus de pâles copies des rêves de l’indépendance.

Qu’avons nous fait de notre drapeau ? Qu’est devenue la tombe où dorment nos pères, le jardin que nos aïeux ont cultivé ? Travaillons-nous encore pour  rendre prospère notre pays ? Alors que le Cameroun devrait être notre seul et vrai bonheur, à quoi arriverons-nous si les germes de la colère grandissent sans cesse pour faire de la terre chérie un volcan endormi ? Une terre de haine qui cannibalise la vie. Une nation qui tue ses enfants ou les vend aux plus offrants.

Vanessa pleurera toutes les larmes de son corps. Nous aussi. Son bébé grandira entre les bras d’une mère ‘inconnue’, car ainsi en a décidé d’autres camerounais à la puissance établie.

Moumié et Ahidjo dorment sous des terres ignorées, à la merci de l’indifférence et de l’oubli. Um Nyobe git sous  une sépulture, soldat méconnu des discours, soldat  sans parenté autre que sa soif de liberté, inextinguible soif de la mère patrie en attente d'exorcisme et de réconciliation. Um Nyobe est un repère interdit de mémoire, aiguillon manquant pour nos descendants à la généalogie improbable. Ossende Afana lui, n’a même pas de sépulture. On refuse de savoir d’où venait ce maquisard en lunettes, sans armes autre que sa foi en un Cameroun de l’horizon ‘paix, travail, patrie.’ On refuse de se souvenir de lui, car on ne sait pas où allait ce mathématicien fragile mais courageux, qui déclinait le nom Cameroun en marche au nom de la liberté.

Me reviennent alors en mémoire ces vers pathétiques  de l’écrivain cinéaste sénégalais Sembene Ousmane, pleurant son ami Pathé, dans ‘Vehi-ciosane’, ce chapitre oublié à la périphérie du livre ‘le mandat’ : « De nulle part ne s'amoncelle ta tombe/As tu même un amoncellement de déchets/Un ourlet de terre/Un semblant de corps/Un reste de tige ?/Qui planterait quelque chose/sur ta mort morte » ? Qui dira la douleur de ce peuple donc les héros sont ensevelis sous les décombres de la haine ? Pour Ossende,  « Plus de croix/Plus de terre/Où est-elle ta tombe/C'était une petite vie/Epithète de bois ». Il était trop jeune quand il épousa la lutte pour l’indépendance du Cameroun, il était si jeune quand il tomba sous les balles de la soldatesque dans la forêt de Djoum, non loin du barrage de Menve’ele.  Pour cette brindille de paix, « Pas une larme d'épouse/de promise, de mère, et d'enfant/Même pas une tombe ». Mort pour une cause juste, sa mémoire ne sera pas ressuscitée pour autant.

C’est ainsi que chaque jour, nous mourrons tous du manque d’amour, de l’absence de paix, dans un état de lois ou l’ordre est à la baïonnette. Nous mourrons tous de torture morale. L’ainé Jean baptiste Sipa a écrit : « La torture ce n’est pas seulement quand le policier gifle le citoyen pour lui démontrer la force de son uniforme qui cache mal sa faiblesse psychologique, ou quand il lui lacère la peau avec une machette pour obtenir des aveux. La torture morale est souvent pire que la torture physique, et beaucoup de personnes en meurent ».
Nous mourrons tous de « l’insensibilité gouvernante ». C'est-à-dire, « l’absence de toute sensibilité morale et politique chez ceux qui nous gouvernent, ou autrement dit, leur aveuglement froid, indifférent et délibéré à l’égard des préoccupations légitimes, voire de l’existence des citoyens, et de l’opinion publique qui est faite naturellement pour inquiéter les consciences dirigeantes, ainsi que leur manque totale de compassion devant les souffrances causées au peuple par leurs carences ».

Le Général de Gaulle disait fort à propos,  « Celui qui veut commander aux hommes doit se souvenir de leur souffrance, et de sa propre faiblesse »

1960 est-il si loin, si proche de nos turpitudes ? Après André Marie Mbida, après Albert Bernard Ndongmo, qui a donné l’ordre de placer des prévenus  camerounais dans des cellules d’isolement du Sed, où ils ne voient ni le soleil ni les étoiles, décryptant dans le noir et la solitude, le bruit des bottes et le cliquetis des mitraillettes, afin de déceler le cri d’alarme que pousse le Cameroun.

C’est un cri d’agonie. C’est un cri blessé…depuis la veille des indépendances

Bon mercredi et à mercredi

Edking

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