24/04/2009 21:47:01
Valsero : J'arrête en 2011 si le régime ne change pas !
Le meilleur artiste rap 2008 parle de son album et de sa vision sur la gestion du pays.


La Nouvelle expression
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Vous venez de remporter le prix de meilleur artiste rap décerné par Canal d’or. Qu’est-ce que cette récompense représente pour vous ?

Ce prix c’est une récompense du travail accompli je crois, une récompense pour la qualité du travail. C’est ce que ça représente pour moi. Peut-être que c’est une reconnaissance, on va aussi dire ça, c’est-à-dire une reconnaissance de la part de ceux qui gèrent la culture, de ceux qui gèrent la musique. Je suis bien content que mon travail ait été reconnu.

 L’album ‘Politiquement instable’ qui vous a valu ce prix est réputé contenir des textes  très durs notamment envers le régime en place. Qu’est-ce qui vous a inspiré cet aspect critique ?

Je n’ai pas un problème avec le régime en place. Dans mon album je parle des problèmes que vivent actuellement les jeunes dans notre pays. Surtout le problème d’insertion. Et si les jeunes ne sont pas insérés c’est que le régime en place ne fonctionne pas bien. Donc ce que moi je dis c’est qu’il faut une alternance. Et quand je parle d’alternance ce n’est pas une alternance entre un parti politique et un autre. Ça se passe entre un programme et un autre.

Ça veut dire que l’alternance sera plutôt générationnelle. Même à l’intérieur du Rdpc on va aller chercher l’alternance. Parce que nos amis en face n’ont pas un programme. Mais les vieux qui divisent le Rdpc en ce moment doivent laisser les jeunes du même parti essayer de matérialiser un programme aussi riche que le libéralisme communautaire. Les autres n’ont plus de moyens, ils sont fatigués. Après vingt six ans si tu n’as pas pu mettre un programme politique sur pied tu laisses quelqu’un d’autre le faire. C’est la moindre des choses.

 Ne redoutez-vous pas d’éventuelles représailles ?

Nous sommes un pays de droit. Et la liberté d’expression ce n’est pas pour les animaux. Moi je pense qu’il y en a marre qu’on fasse des choses pour la jeunesse. Voilà ils ont tout cassé chez ceux qui vendaient en route et eux ils vont les mettre où. Nul part. Parce qu’ils n’ont aucun programme à long terme. Il faut faire comprendre aux jeunes que vous pouvez influencer le système par votre existence. Et c’est ça qui est important.

Vous avez suivi une formation professionnelle, que faites-vous d’autre en dehors de la musique ?

Je suis sorti de l’école des Postes et télécommunication en 2002. En 2003 je suis allé travailler à la radio. J’ai travaillé pour Magic Fm, j’ai travaillé pour Siantou et là je travaille pour satellite Fm. J’anime une émission qui s’appelle première classe. Mais en 2007 je suis allé à Siantou pour faire un Bts et à la fin de cette année je fais une licence professionnelle à l’Esstic.

 C’est pour quelle finalité ?

Je ne veux pas exercer un métier en fait. C’est des trucs que je fais pour le plaisir. Ça fait du bien d’être un mec intelligent, c’est important. Moi je suis un chanteur de rap et c’est déjà important pour moi d’être chanteur. Je travaille à la radio c’est déjà aussi important de le faire. Pour le reste j’ai laissé tomber. Je fais l’école pour dire aux autres qu’il faut aller à l’école, pour dire aux jeunes que si vous voulez que ça change, il faut par-dessus tout aller à l’école.

 A quel moment avez-vous été intéressé de faire de la musique ?

En 90 j’ai fait du rap par plaisir, en 2002 j’ai fait du rap par frustration et en 2007 j’ai sorti un album parce que j’avais décidé de faire de ça un travail.

Vous êtes en ce moment perçu comme le porte-parole des jeunes. Pensez-vous être capable d’assumer cette responsabilité jusqu’au bout ?

J’aimerai bien que les jeunes apprennent à se regarder en face dans ce sens et dire, oui je peux. Je ne suis pas le parachute qui  va sauver la jeunesse. Non. Je suis un jeune qui est là pour donner le courage aux autres jeunes de s’en sortir par eux-mêmes. Etre le porte-parole ou quoi pour la jeunesse, non. Chaque jeune a en lui-même cette force. Moi je suis qui je suis, mais là j’assume mon rôle d’aîné parce que j’ai 30 ans. Et un aîné ça fait des sacrifices, un aîné ça se bat pour les plus jeunes et c’est ce que je fais. C’est-à-dire je me bats pour les plus jeunes, j’essaye de leur arranger quelque chose qu’on n’a pas arrangé pour nous. Je ne suis pas un guide mais juste un aîné qui pense qu’il est maintenant tant que la jeunesse face les choses par elle-même.

Etes-vous certain de ne pas un jour arrêter de dire ce que vous pensez, parce qu’on vous aurait acheté...

Moi je tiens à ce que les gens arrêtent de poser le problème comme ça. J’ai l’impression que les Camerounais attendent impatiemment le jour où on aura peut-être acheté Valsero. Non on ne doit pas prendre le problème comme ça, ce n’est pas la guerre contre des personnes. Non, ça ne risque pas d’arriver. Il pourra même arriver que Valsero prenne de l’argent sur un business, mais moi je suis un homme inachetable. Ça veut dire que ça ne m’empêchera pas de dire ce que je pense parce que c’est ça qui fait ma musique. Elle est basée là-dessus. Le jour où je prends de l’argent pour ne plus faire cette musique ça veut dire qu’elle n’existera plus. Et puis moi je dis il ne faut pas insulter l’intelligence des autres. Ceux à qui c’est arrivé, je crois qu’ils avaient un déficit d’intelligence. C’est-à-dire qu’il arrive à un moment où vous avez des valeurs qui ne sont pas monnayables.

Pensez vous que le rap se porte bien au Cameroun ?

Le rap se porte comme toute la musique au Cameroun. Sinon le rap influence les autres musiques en ce moment qu’on va dire qu’il se porte plutôt bien. On fait du makossa on met du rap, la même chose pour le bikutsi. Lorsque les chanteurs des autres genres veulent faire des clips ils vont chercher ceux qui montent les clips des rappeurs parce qu’ils sont en avance sur la technologie. C’est vraiment un mouvement qui est en essor.

Quels types de défis il vous reste à relever pour atteindre le stade dont vous rêvez dans votre carrière ?

J’avais dis que je ferai du rap professionnellement pendant cinq ans. C’est-à-dire que je ferai cinq albums. Là j’en ai fait un, j’en ferai un  pour février 2010 et en février 2011 il me restera deux albums et si on n’a pas changé le régime en place, ça ne vaudrait plus la peine de faire de la musique. Parce que c’est sur ça que j’ai basé ma musique. Si après on a évolué c’est-à-dire qu’on a réussi à faire bouger le Cameroun, on continuera à faire de la musique.

Vous aurez donc baissé les bras …?

Musicalement parlant, oui je crois. On n’aura pas baissé les bras, on aura perdu. On aura perdu une bataille qui est primordiale. Parce que le truc avec les batailles qui sont des batailles de fond, c’est que quand tu les perds ,pour remonter c’est dur. Je prends le cas simple avec Lapiro, depuis qu’il a perdu un combat pour la moralité, il ne s’est plus jamais relevé. Il a essayé de faire des albums de musique qui étaient n’importe quoi. Parce qu’en 2011 il faudra préparer la jeunesse aux élections. Et nous musicalement parlant on est en train de mettre sur pied un certain nombre d’albums qui feront office de campagne et de réveil. Pour nous c’est très important. On est allé jusque dans les églises, il y a un jeune gars qu’on va produire il fait du rap gospel. Vous voyez quand on a peur de Dieu, on ne peut pas être aussi corrompu.

Pélagie Ng'onana

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