28/06/2012 01:05:47
Lions Indomptables. Des marabouts réclament 23 millions Fcfa au gouvernement
Selon leur coordonnateur, le non paiement de cette dette est  à l’origine de la méforme de l’équipe nationale.
Le Messager
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Lions indomptables

Selon Bernard Laurent Avom Bloup, leur coordonnateur, le non paiement de cette dette est  à l’origine de la méforme de l’équipe nationale


A en croire Bernard Laurent Avom Bloup, leur coordonnateur, le paiement de cette dette, qui est d’ailleurs à l’origine de la déconfiture de l’équipe nationale de football au Mondial 2010 en Afrique du Sud, reste la condition siné qua-none pour que les Lions retrouvent leur gloire d’antan.

L’homme que le reporter du Messager reçoit à la rédaction ce vendredi 22 juin 2012 est à la fois anxieux et exténué. Boule à zéro, il est vêtu d’un polo défraîchi et d’un pantalon jean’s assorti d’une babouche en cuir. Ses yeux écarquillés se promènent malaisément le long de la salle de rédaction comme s’il avait perdu quelque chose.

L’objet de sa visite ? « Je suis coordonnateur des marabouts traitants des Lions résidants à Tibati. J’ai passé de longues heures dans le train avant d’arriver à Yaoundé. Si je suis venu vous voir c’est parce que nous voulons que notre équipe nationale de football retrouve son auréole d’antan», lâche-t-il avant de dévoiler l’important contenu de la chemise qu’il garde jalousement entre les aisselles.

Dans cette pile de documents, des coupures de journaux, une lettre sans date, écrit dans un français décousu avec pour objet : « requête en vue d’intervention pour paiement de facture des sacrifices faits au sujet des Lions indomptables du Cameroun » adressée à Chantal Biya, première dame de la République du Cameroun. En prime, des photos de certains Lions indomptables trônant devant des taureaux égorgés, visiblement en pleine séance d’incantation. Pour Bernard Laurent Avom Bloup, ces documents sont la preuve irréfutable des déclarations qu’il fait tout au long de l’entretien ci-dessus. 

Celui qui se présente comme le chef de file des (ex) marabouts des Lions explique qu’à la veille de chaque compétition importante, les pouvoirs publics ont toujours fait appel à ces conseillers spirituels qui, à travers des sacrifices et l’invocation des aïeux ou des dieux protègent les joueurs et mettent à nu le plan de l’adversaire. Ce service, précise-t-il, se réalise généralement moyennant une forte somme d’argent. Ainsi des objets sont souvent enterrés sous la pelouse où le match va se jouer.

Seulement, « nous avons été floués à la veille du Mondial 2010. Michel Zoah, ancien ministre des sports à qui nous revendiquons 23 millions 800 000 Fcfa, nous a abandonnés pour faire confiance à d’autres marabouts et prêtres exorcistes qui n’ont pu éviter la déconfiture des Lions », explique-t-il. Et de poursuivre « Si ce préjudice n’est pas réparé, les Lions ne sortiront jamais des profondeurs abyssales dans lesquelles ils sont condamnés depuis deux ans »

Sérénité

Charlatan en mal de célébrité ou récit des faits avérés ? Par souci d’équilibre, Le Messager a joint au téléphone Michel Zoah qui rigole avant de nous apprendre que Bernard Laurent Avom est en effet un repris de justice qui tente par cette campagne de dénigrement de salir l’image de marque des Lions indomptables. Pour l’ancien patron des Sports, il s’agit d’un plaisantin « qui souhaite au moyen de chantage et de campagnes médiatiques, troubler la paix et la sérénité que connaît notre équipe nationale. Il n’en est pas à sa première tentative puisqu’il ne fait que ça. Je ne veux en aucun cas être mêlé à cette affaire avilissante ; j’ai passé trois années douloureuses à la tête de ce ministère et je voudrais rester à l’écart des affaires sportives pour le moment. Le Messager est un journal sérieux qui force du respect au Cameroun et ailleurs. Libre à vous de voir s’il faut ou non ouvrir vos colonnes à ce genre d’individus », indique-t-il. Avant de conclure, « monsieur Avom connait la procédure qu’il faut adopter lorsqu’on veut se plaindre. On se rend simplement au tribunal. Qu’il le fasse donc pour donner du crédit à ses accusations fantasmagoriques ».

Christian TCHAPMI

Une deux avec... Bernard Laurent Avom Bloup: « Les Lions sont condamnés à marquer le pas sur place»

Qu’est ce qui justifie votre présence au Messager ce jour ?

C’est une longue histoire. Je travaille avec les Lions depuis l’époque du feu lamido Abdoul Kadri Bello de Tibati. Mon apport a contribué au rayonnement et à l’invincibilité de cette équipe. J’ai été confié aux Lions en fin 2009 par une haute personnalité de ce pays au ministre Michel Zoah pour travailler mystiquement autour de l’équipe nationale. Pour commencer ce travail, ce dernier m’a remis 02 millions Fcfa en guise d’avance. Arrivé à Tibati, nous avons commencé nos incantations mais les marabouts ont découvert que les Lions sont en danger et qu’ils seront bientôt sevrés de bons résultats puisque dans la tanière, certains joueurs se livrent à des guerres mystiques contre d’autres pour avoir le monopole. Il fallait donc beaucoup de sacrifices pour annuler tout cela.

Quelques mois avant le départ des Lions pour le pays arc-en ciel, nous étions sans nouvelles du ministre. Pourtant il était convenu que les Lions devaient séjourner à Tibati pendant 48 heures, question d’évacuer le sacrilège. Mais des anciens ministres des Sports ont quitté Yaoundé pour se rendre chez certains marabouts de Tibati qui ne travaillent pas avec nous afin que ceux-ci fassent de l’expédition sud-africaine un véritable fiasco. Ce qui a donc provoqué une grande guerre mystique dans le chef lieu du département du Djerem.

Finalement, ces marabouts sont venus nous avouer leur forfait. Personnellement, je suis allé à la rencontre de Michel Zoah et je lui ai rappelé qu’il nous doit des arriérés qui s’élèvent à 23. 800 000 Fcfa et que s’il ne les épongeait pas avant le jour-j, le Mondial des Lions sera une vraie catastrophe. Je reviens donc à Yaoundé en début juin 2010 pour le paiement de ma note mais je ne suis pas reçu. J’appelle le ministre au téléphone pour l’aviser que si la dette n’est pas payée, l’expédition des Lions en Afrique du Sud sera un vrai fiasco puisque pour signifier leur mécontentement, les marabouts jurent de tout bloquer.

C’est donc à cause de vous que le Cameroun est sorti par la petite porte au Mondial ?

Le ministre ayant préféré emmener avec lui des prêtres exorcistes plutôt que des vrais marabouts, nous n’avions d’autre choix que de lui prouver que nous sommes vraiment puissants. Nous aimons notre pays mais il fallait qu’on lance un signal fort à leur endroit pour que la tutelle comprenne qu’on ne plaisante pas avec les marabouts.

Que s’est-il donc passé par la suite ?

Après la Coupe du monde, précisément le 21 août 2010, le ministre m’a rappelé pour que je puisse apporter des explications et des preuves de l’échec cuisant des Lions. Il m’a alors demandé la conduite à tenir ; je lui ai répondu qu’il fallait faire des sacrifices énormes pour purifier les Lions.

Il m’a remis 1 million Fcfa et m’a demandé d’aller finir le jeûne de Ramadan et de revenir plus tard pour le reste. Mais à mon retour il s’est fendu en jérémiades, estimant que ce sont ces supérieurs qui lui avaient imposé des prêtres exorcistes pour accompagner la délégation camerounaise au Mondial et qu’il n’avait d’autre choix que de nous écarter. J’avais pourtant apporté des photos de certains Lions en pleine séance de sacrifice en compagnie de leur maman. Le 8 juin 2012, nous avons rencontré le haut commis de l’Etat qui nous avait mis en contact avec Michel Zoah. Celui-ci nous a promis de verser le total de nos dus. Il nous a d’ailleurs remis 500 000 Fcfa ce jour-là pour que nous retournions à Tibati.

Qui est donc ce haut commis de l’Etat dont vous refusez de dévoiler l’identité ?

Je suis tenu du droit de réserve et pour rien au monde je ne dévoilerais le nom de cette haute personnalité. Dans ces choses-là, nous n’exposons pas des gens. Je m’en tiens à cela. Deux mois et demi après (le 17 novembre 2010), je repars à la rencontre de Michel Zoah comme promis.

Mais au lieu de me payer, il se met plutôt à m’injurier, menaçant au passage de me faire disparaître parce que je détiens les secrets du pays. Quelques temps après ces menaces de mort, j’ai appris qu’il a fait convoquer la maman d’un Lion qui n’est plus convoqué en équipe nationale pour lui montrer des photos de son fils en pleine séance d’incantations alors que ces photos étaient des preuves irrécusables que ce joueur et sa mère étaient bien à Tibati.

Qu’attendez vous donc aujourd’hui de Michel Zoah ?

Nous n’attendons plus rien de lui parce qu’il n’est plus au gouvernement. Nous sommes comblés. Ce que nous voulons c’est éclairer la lanterne du peuple camerounais, lui dire que le malheur des Lions part de la veille du Mondial 2010, qu’ils sont « attachés » dans les profondeurs du fleuve Lom et Djerem. Nous attendons donc une réparation de la part du gouvernement camerounais. Qu’il nous fasse au moins payer les taureaux que nous avons pris à crédit chez les bergers. C'est-à-dire 13 millions 800 000 Fcfa.

Depuis lors, avez-vous approché certains membres du gouvernement ?

Tout à fait. Entre temps, j’ai rédigé une requête que j’ai adressée à la première dame du Cameroun pour lui expliquer les faits et la situation compromettante dans laquelle se trouve l’équipe aujourd’hui.

Vous a-t-elle répondu ?

Je crois que même si elle ne l’a pas fait directement, elle a apporté un début de solution en contribuant à la révocation de l’ancien ministre des Sports.

Pourquoi n’avoir pas discuté de cela avec le nouveau ministre ?

Nous n’avons pas encore envisagé cette démarche là, parce que je devais d’abord avoir des renseignements à son sujet. Mais aux dernières nouvelles, il ne reçoit pas d’audiences. Cependant je vais insister pour prendre un rendez vous avec lui en fin juillet pour qu’on discute de cette traversée du désert dont sont sujets les Lions.

Si on vous paye vos arriérés, les Lions vont-ils finalement renouer avec leur indomptabilité?

Bien sûr puisque le football n’est pas que jeu sur le stade ou appui des entraîneurs et directeurs technique. Le jeu et la sorcellerie parlent le même langage. Pour autant que je sache, je ne crois pas que les ministres avec qui les Lions ont remporté des titres n’étaient pas ceux qui s’enfermaient dans des bureaux cossus et des belles voitures. C’étaient des hommes qui se battaient nuits et jours pour chercher la victoire de cette équipe. Le sacre des Lions vient du Cameroun profond.

Et si vous prenez plutôt la poudre d’escampette ?

N’insultez pas mon vécu. Je sais de quoi je parle. Je ne suis pas un charlatan. J’ai 56 ans, à cet âge on ne raconte pas des balivernes. J’ai travaillé sur cette équipe depuis plus de 13 ans. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer à marmonner. Je parle de cette équipe avec autorité et je sais que si toute cette facture est réglée, les Lions vont remonter en surface et redevenir les Rois d’Afrique qu’ils étaient avant. Avec les anciens ministres, j’ai parfois convoyé des sommes allant au-delà de 50 millions ; ce n’est pas pour 23 millions que je vais m’enfuir. Si cette dette n’est pas réglée nous sommes condamnés à marquer le pas sur place.

Entretien avec C.T

 

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