02/07/2012 16:24:17
Cameroun. A vous le tour ?
Nos sources révèlent que Jean Tabi Manga a été surpris par le décret du chef de l’Etat, alors qu’il liquidait des dossiers urgents dans son bureau. Sachant ce qui pourrait lui arriver dans les prochains jours, il a d’ailleurs  tenté de susciter la sympathie des étudiants à son égard, en faisant le bain de foule à sa sortie du bureau.
Le Messager
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Bruno Bekolo Ebe

C’est déjà connu de tous. Vendredi dernier, le chef de l’Etat par décret présidentiel a déchargé Jean Tabi Manga le recteur de l’Université de Yaoundé II-Soa de ses fonctions. Le même acte présidentiel limoge également Bruno Békolo Ebé de l’Université de Douala et Vincent Titanji le vice-chancellor de l’Université de Buea.

S’il est établi que Jean Tabi Manga est épinglé par le conseil de discipline du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), pour de multiples fautes de gestion assimilables aux détournements de deniers publics, Bekolo Ebé est convoqué par le Conseil de discipline financière et budgétaire logé au Consupe pour répondre de certains actes de gestion du temps de son magistère à l’Université de Douala. Et après ?

Seul Paul Biya sait ce qui se passera par la suite. Mais tout laisse croire que cette déchéance est une façon claire pour le président de la République, de signifier à ces intellectuels chevronnés ayant servi le prince pendant de longues années, que la recréation est terminée. Ces militants convaincus du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) pourraient subir le même sort que leurs camarades aujourd’hui emprisonnés.

Nos sources révèlent que Jean Tabi Manga a été surpris par le décret du chef de l’Etat, alors qu’il liquidait des dossiers urgents dans son bureau. Sachant ce qui pourrait lui arriver dans les prochains jours, il a d’ailleurs  tenté de susciter la sympathie des étudiants à son égard, en faisant le bain de foule à sa sortie du bureau. Une façon de dire aux «cops» de ne pas le lâcher dans les ennuis judiciaires qui pourraient être enclenchés. Son collègue Békolo Ebé de l’Université de Douala a été surpris en plein conseil d’administration.

Mais il n’aurait  pas oublié de dire son attachement au chef de l’Etat, interrogé par une chaîne de télévision locale. Il est peut-être temps, en attendant le déclenchement des procédures, que ces deux «grands camarades» du Rdpc se mettent au travail. Pour préparer des lettres, pouvant faire savoir aux Camerounais comment les fonds extérieurs alloués au financement de l’enseignement et de la recherche sont utilisés à d’autres fins au Cameroun.

Joseph Flavien KANKEU

Déchéance. Tabi Manga, Bekolo Ebé et  Titanji évincés

Les recteurs des Universités de Soa et Douala, ainsi que le vice Chancellor de l’Université de Buea ont été limogés vendredi le 29 juin dernier,  par décret du président de la République. Les ennuis judiciaires pourraient commencer pour Jean Tabi Manga et Békolo Ebé, déjà en indélicatesse avec le conseil de discipline budgétaire du Contrôle supérieur de l’Etat.

Depuis quelques jours, un groupe de 36 étudiants ont réclamé bruyamment le départ de Jean Tabi Manga. Ils estiment que cet intellectuel chevronné n’a plus qualité de diriger une université, parce que épinglé par le Conseil de discipline du Contrôle supérieur de l’Etat.

Vendredi le 29 juin 2012, le chef de l’Etat a trouvé une solution à leur revendication, en limogeant Jean Tabi Manga de la tête de l’Université de Yaoundé II à Soa. Le recteur de l’Université de Douala Bruno Bekolo Ebé et le vice Chancellor de l’université de Buea Vincent Titanji l’accompagnent dans sa chute.

Pour les remplacer, Paul Biya fait appel à trois universitaires bien connus. A l’Université de Douala, va désormais officier un spécialiste de l’histoire des relations internationales. Dieudonné Oyono puisqu’il s’agit de lui, était jusqu’à sa nomination, le coordonnateur du programme national de gouvernance. Originaire de l’arrondissement d’Akono dans la région du Centre comme son prédécesseur, ce politologue à la silhouette imposante  a enseigné pendant de longues années à l’Institut des relations internationales (Iric).

C’est une femme qui prend les commandes à l’université de Buea. Nalova Lyonga remplace Vincent Titanji à la tête de cette Université située dans le chef lieu de la région du Sud-Ouest. Cette spécialiste de la littérature anglaise qui a enseigné pendant de très longues années dans cette Université y était vice recteur avant sa nomination vendredi dernier.

C’est d’ailleurs, l’unique femme recteur d’une Université d’Etat au Cameroun. A Yaoundé II, c’est le physicien Oumarou Bouba qui remplace Jean Tabi Manga. Ce fil du département de la Bénoué dans la région du Nord est juste muté, puisqu’il occupait la même fonction à l’Université de Yaoundé I. Maurice Aurélien Sosso l’y remplace. Ce chirurgien aux qualités de service irréprochables était jusqu’à sa nomination, inspecteur général des services au ministère de l’Enseignement supérieur. Originaire  du département du Nkam, il  prend donc les commandes de la mère des Universités d’Etat, où il a été vice recteur, en d’autres temps. C’est dire que Paul Biya a limogé trois recteurs, et en a muté un dans son décret rendu public vendredi le 29 juin 2012.

Ennuis judiciaires

La déchéance de Jean Tabi Manga et Bruno Békelo Ebé est interprété par plusieurs observateurs de la scène politique nationale, comme le début des ennuis judicaires. Ce d’autant plus que le conseil de discipline budgétaire est à leurs trousses depuis quelques mois déjà. 

Le ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, président de ce Conseil de discipline, Henri Eyebe Ayissi, a rendu public le 12 juin dernier les décisions prises à l’encontre de Jean Tabi Manga, le recteur de l’Université de Yaoundé II-Soa et les autres.

Jean Tabi Manga  est  accusé d’avoir commis neuf fautes de gestion, durant la période allant de 2006 à 2009, et condamné à payer la somme de 30.000.000 Fcfa au trésor public et une amende de 2.000.000Fcfa. Bruno Békolo Ebé, l’ancien recteur de l’Université de Douala, lui, est traduit au conseil de discipline budgétaire depuis le 1er juin dernier. Il devra y répondre de sa gestion à la tête de cette université, durant la période allant de 2008 à 2010. C’est une mission de vérification conduite à Douala en 2011 par des inspecteurs d’Etat qui a constaté des irrégularités dans la gestion de Bruno Békolo Ebé. Celui qui, jusqu’à son limogeage était le  président de la conférence des recteurs et vice président de la conférence des Universités africaines sort par la plus petite porte d’une Université qu’il a longtemps dirigée.

Ces derniers temps, il était très contesté, pour avoir laissé prospérer autour de l’Université de Douala des délits de boisson et autres auberges. Son départ est peut-être l’ouverture d’une nouvelle page pour cette Université située au cœur de la ville de Douala.

A  Douala… Les étudiants fêtent le limogeage de Bruno Bekolo

Nombreux, ils n’ont pas caché leur joie après le décret du chef de l’Etat limogeant le Pr Bruno Bekolo Ebe.

Vendredi 29 juin 2012. Contre toutes attentes un décret du président de la République tombe au journal de 13 heures sur la Crtv radio. Jean Tabi Manga, recteur de l’Université de Yaoundé II à Soa, Bruno Bekolo Ebe, recteur de l’Université de Douala et Vincent Titanji, vice chancellor de l’Université de Buea sont limogés. Au campus de l’Université de Douala au carrefour Ange Raphaël, la nouvelle tombe comme un couperet.

Quelques heures après le décret, des commentaires vont bon train. On dirait que la vie s’est arrêtée dans ce temple du savoir. Des étudiants regroupés dans la vaste cour échangent sur le sujet. Les enseignants ne sont pas en reste. Dans les bureaux c’est le calme plat. Certains responsables n’osent pas se prononcer ouvertement sur le sujet. Préférant le faire sous cape.

Seuls quelques étudiants ne cachent pas leur satisfaction. Aussi fondent-ils bien d’espoirs sur le nouveau recteur.   « C’était prévisible depuis qu’il avait été auditionné sur sa gestion financière, à la légion de gendarmerie, après une mission du Contrôle supérieur de l’Etat dans ses services. Le recteur et plusieurs de ses collaborateurs dont les vice-recteurs et les directeurs de services centraux  bénéficiaient abusivement de l’argent de l’Université. Il était dans le viseur de l’Epervier », commente Elie Kamdoum, étudiant.

« Nous nous réjouissons de ce décret qui met fin aux fonctions de ce recteur qui n’a eu de cesse de contribuer à ternir l’image de notre Université. A ma connaissance, il n’a rien apporté de nouveau. Il a créé un climat délétère entre lui et ses collaborateurs. Il n’a pas contribué au développement de notre Université, et au-delà, au développement de notre pays », déclare sèchement Serge Tankou. 

Pour une bonne franche de ses collaborateurs, Bruno Bekolo est l’homme qui aura apporté un développement notable à l’Université de Douala. « Qu’il en soit remercié et par delà sa personne, il a créé des liens forts qui unissent les membres de cette communauté qu’est la famille universitaire. Parlant de son bilan , je souligne les avancées pour notre Université dans sa quête d’excellence, et pour en cerner les contraintes dont le poids permet non seulement de comprendre les difficultés et obstacles qu’il a dû surmonter, mais aussi de mesurer à sa juste valeur, la contribution par lui apporter pour le développement de notre Université», confie un enseignant.

Poursuivant il déclare que  «C’est aussi pour cela que l’on ne peut qu’avoir un sentiment de tristesse après ce décret du chef de l’Etat. Sa contribution a été décisive. On regrette cependant que  certains résultats n’aient pu arriver à terme»
Certains collègues enseignants, personnels d’appui, vice-recteurs, secrétaire général, conseillers techniques, doyens, directeurs des grandes écoles, directeurs et responsables de service témoignent par contre la richesse et la qualité de l’apport  de Bruno Bekolo Ebe à l’Université de Douala dans l’accomplissement de la mission de formation et de production de la connaissance. « Il faut le féliciter pour le calme et la sérénité qui ont marqué le climat social dans notre Université ».

Ils affirment le faire d’autant plus que dès le début de l’année 2011, les craintes, parfois vives, mais souvent diffuses se sont exprimées à divers niveaux par rapport aux échéances qu’allait connaître notre pays et à ce qui pouvait en advenir pour l’Université de Douala. Bien plus, et au-delà des craintes, des doutes s’étaient développés quant à la capacité de la communauté estudiantine à préserver la sérénité dans le campus et à assurer la continuité de la réalisation des programmes de formation et de recherche, ainsi que de l’exécution optimale de leurs activités.

« Avec lui, chutent-ils,  l’Université est restée calme, le climat social est resté serein, la paix a continué à régner dans tous les campus et nous avons accompli nos missions et progressé résolument dans cette quête d’excellence qui est notre objectif et l’asymptote vers laquelle nous tendons ». Mieux, s’en vantent-ils, « l’Université de Douala a continué à tracer son sillon et à consolider sa position de leader et de pôle universitaire de référence tant sur le plan national que sous-régional et continental ».

J.F.K / Blaise-Pascal Dassié


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