25/08/2009 03:05:54
Mombio vs Tchuinté:La défense se livre la pratique du vodou.
Divination, diversion, distraction : voilà en 3d le tableau de la dernière audience. les avocats de la ministre se sont transformés en mages noirs. Un vrai exercice de maraboutage judiciaire...
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Dommage qu’ils aient oublié leur matériel ! C’est la boule de cristal, le grimoire, le marc de café ou la pendule de radiesthésiste qu’il aurait fallu aux trois avocats de Madeleine Tchuinté. Et on aurait alors connu une première mondiale : voir des hommes de loi ressortir des preuves basées non sur les écrits d’un journaliste, mais plutôt sur ses intentions. Cette séance de spiritisme a duré près d’une heure, sans que nos (apprentis) sorciers ne parviennent à leurs fins. Hélas pour la science. On l’a dit, ils avaient oublié leur matériel. Nos sondeurs de rein ont pourtant déployé tout leur talent. Exemple, cette sortie de Me Tagne : « Vous avez écrit que Paul Fokam Kamga avait mis le pied de Madame Tchuinté à l’étrier, en échange de ce que l’on peut deviner. Pouvez-vous nous dire ce que vous devinez vous-même ? Que lui a-t-elle donné ? » Michel Mombio : « Je devine qu’elle lui a donné   ce que nos femmes bamilékées donnent en signe de gratitude : le taro à la sauce noire avec des petits champignons secs. C’est un met de choix chez nous à l’Ouest, qu’on sert aux princes. Fokam Kamga en était un. » Cette réponse du journaliste a pratiquement désarçonné l’avocat, lequel, en tombant du balai à manche qu’il chevauchait tel Harry Potter, a lâché : « Je ne crois pas que c’est ce que vous pensiez en écrivant cela... »

Authentique procès en sorcellerie disons-nous. Avant lui, c’est Me Bopda qui a fait le déplacement de Bafoussam pour apporter son expérience en matière d’occultisme juridique à ses confrères, qui était tombé la fiole à la main. Député à ses heures perdues, il comptait régler ses comptes avec un journaliste qui l’avait dénoncé ailleurs. Mal lui en a pris, car c’est tout penaud qu’il s’est rassit. Le pauvre, après avoir laborieusement lu (il trébuchait piteusement à chaque mot, qu’il prononçait pratiquement en bayangam sa langue maternelle) des extraits de l’article incriminé, a posé les questions les plus niaises du jour. De quelques chiquenaudes verbales, Michel Mombio l’a envoyé valser avec son balai. Face à son incurie, le journaliste l’a même renvoyé en fac pour des études complémentaires. Le sens des mots aussi simples que « polysémique », lui échappait. En fait, c’est encore à une guerre de mots que l’on a eu droit.

Des sorciers bantous au prétoire

Chaque terme prononcé par l’infortuné Michel Mombio était pris au deuxième ou au troisième degré. Ses intentions primant apparemment sur le sens énoncé. Ainsi, lorsqu’il fait remarquer que le procureur de la République (PR) fait une lecture « parcellaire » d’une de ses correspondances, la Présidente Akoa (Et non Noah comme nous l’avons écrit par erreur), sort de ses gongs et se fait menaçante. « Monsieur Mombio, la prochaine fois que vous employez un mot qui insinue un manque de respect envers le Procureur, je revoie cette affaire dans deux mois » Les observateurs se sont alors demandé en quoi ce terme est insultant. Plus loin, dans un souci apparent de calmer les choses, et s’adressant au PR Michel Mombio dit :« Si je vous ai offensé, je vous prie d’agréer mes plus plates excuses. Vous êtes un grand magistrat ! ». Crise de nerfs (ou presque !) de la juge. « Pourquoi plates excuses ? Pourquoi le mot plate ? Je vous ai prévenu, vous devez respecter le Procureur sinon… » Réponse de l’impertinent Mombio : « Madame la présidente, en bon français, c’est la formule la plus aboutie pour exprimer sa désolation à quelqu’un… ». « Vous voulez dire qu’on peut trouver cela dans le dictionnaire ? Nooon… »S’indigne la juge. A se demander si l’on ne devrait pas instituer des cours de sémiotique à l’Enam, l’école qui forme les magistrats camerounais. Vous avez dit procès d’intention ? Pour en trouver mieux, il faut sans doute remonter aux temps de la très sainte Inquisition !  Mme Akoa s’est apparemment fixé pour objectif de ne pas laisser malmener son collègue PR par le journaliste.

Les observateurs supposent également qu’elle a reçu des instructions pour faire traîner le procès. Ainsi, répondant au troisième avocat de la ministre, Michel Mombio a dit « Oui Monsieur ». « Vous devez m’appeler Maître, je suis avocat ! » a précisé Me Souop. « Bien Maître. Veuillez m’excuser » a répondu Mombio. Dans son coin, Me Mbitha, un des avocats du journaliste, a fait une remarque qui a tout chamboulé. « Avant d’être maître, il est d’abord un monsieur …» a-t-il indiqué mezza voce à ses collègues assis à ses côtés.  Une occasion en or pour Mme Akoa. Faisant preuve d’une acuité auditive exceptionnelle elle a saisi la phrase au vol : « Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? C’est très grave pour un avocat comme vous de tenir de tels propos. J’ai un devoir de pédagogie. En tout cas, vous étiez prévenu. Il y a plusieurs manières de demander un renvoi. Je considère que vous avez demandé le renvoi de cette cause. Alors, je renvois au 7 septembre ».  Avec de telles aptitudes à la voyance, avec un tel potentiel de devins chez nos hommes de loi, le matériel de sorciers bantous pourrait bientôt être homologué pour côtoyer les différents Codes.

Didier Tchuenkam

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