03/07/2012 04:41:48
Affaire Koné Katinan. La réconciliation nationale ŕ la Ouattara
Entre fantasmes et mirages
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Kone Katinan Justin

La vrai fausse nouvelle de l’arrestation au Cameroun de Justin Kone Katinan, ancien ministre du budget et porte-parole de Laurent Gbagbo, a eu l’effet d’un tremblement de terre à Abidjan. C’était la consternation ou le triomphalisme, selon qu’on appartient au FPI ou au régime Ouattara. La nouvelle avait une valence politique d’autant plus majeure que la présumée prise de ce gros morceau était faite au Cameroun, dont des millions de citoyens avaient bruyamment pris fait et cause pour Laurent Gbagbo l’ancien président ivoirien, au plus fort du contentieux postélectoral dans ce pays, avec l’issue que l’on sait.

Un contexte tendu

Les deux postures dans les deux camps se justifient largement par le contexte actuel, pourri par  la méfiance et la suspicion, et envenimé par la traque  des  membres du FPI et proches de Gbagbo, et surtout par les  affrontements armés entre insurgés et FRCI.

L’arrestation et pire, l’extradition de Kone Katinan si elle était avérée aurait installé la panique dans les rangs des membres du FPI en exil, qui se sentiraient désormais en danger partout où ils se trouvent, dans les pays d’Afrique notamment.

L’arrestation, puis l’extradition spectaculaire le 06  juin dernier  par les autorités togolaises, de Moise Lida Kouassi, ancien ministre de la défense de Laurent Gbagbo, avait donné le signal d’une volonté résolue du pouvoir d’Abidjan, de liquider la diaspora frontiste, soupçonnée par ailleurs d’alimenter des groupes armés qui essaiment le long de la frontière libérienne.

A l’opposé, les partisans de Ouattara voulaient voir dans ce « coup de filet » de la police camerounaise, l’expression concrète de la vitalité de la nouvelle diplomatie ivoirienne, ou mieux, l’appui bienveillant des pays africains à « l’effort de réconciliation nationale », entrepris par Alassane Ouattara depuis son arrivée au pouvoir.

Dossier embarrassant

Issa Tchiroma Bakary
Issa Tchiroma Bakary

Malgré la vive polémique suscitée par cette fausse nouvelle, le gouvernement camerounais est resté muet. Comme rarement, le très prolixe ministre camerounais de la communication porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary, n’est pas monté au créneau  pour donner la position du gouvernement. Interrogé par Cameroonvoice, Issa Tchiroma disait n’être pas en mesure d’affirmer que Justin Kone Katinan séjournait au Cameroun ou pas. Sur son arrestation par contre, il a reconnu sans trop de conviction que c’est un réfugié ivoirien qui avait été arrêté et confondu à Kone Katinan, sans plus de précision.

Le moins qu’on puisse dire est que le dossier ivoirien en général constitue une pierre dans les bottes de Biya, ce depuis que  des millions de camerounais ont décidé de soutenir à bout de bras Laurent Gbagbo dans son « combat pour la libération de l’Afrique ». Le Cameroun était ( et l’est peut-être encore) le seul pays africain où la crise ivoirienne avait volé le vedette à certains faits de  politique intérieure, en net contraste avec une posture assez floue du gouvernement, tantôt alignée sur les positions de l’Union Africaine et surtout de la France ( reconnaissance de Ouattara), tantôt arcbouté sur son indifférence  habituelle.

L’indécision de Yaoundé dans ce dossier est peut-être due au rapprochement présumé entre Gbagbo et Biya. Paul Biya on le sait avait invité Laurent Gbagbo à prendre part aux célébrations marquant le cinquantenaire de l’Etat du Cameroun. On sait également que le Cameroun avait trainé les pieds avant de  féliciter Alassane Ouattara après son  investiture le 21 mai 2011. L’ambassadeur de Gbagbo à Yaounde  Eugène Wanyou Biti Allou avait continué à exercer ses fonctions au contraire d’autres pays où ses collègues étaient pourchassés sans autre forme de procès.

Entre fantasmes et mirages

Ainsi, venant de Yaoundé, la nouvelle de l’arrestation de Kone Katinan était perçue à Abidjan comme une grande victoire et un signe évident du ralliement ou tout au moins du rapprochement du Cameroun. L’empressement des médias ivoiriens proches du pouvoir à publier cette nouvelle, sans les vérifications d’usage, participait de ce désir quasi obsessionnel du régime Ouattara, de capitaliser les effets psychologiques de cette annonce sur la masse et la troupe et d’impliquer à tous prix les exilés dans les escarmouches survenus le long de la frontière libérienne.

Mais la réalité est toute autre. La nouvelle très vite a été démentie per l’intéressé lui-même et par les autorités camerounaises. Selon nos informations Justin Kone Katinan se trouve bel et bien en liberté dans un pays africain au moment de la publication de la nouvelle et y serait toujours peut-être.

La résurgence des poches de tension en Côte d’Ivoire est plus liée à l’absence d’une volonté réelle des autorités d’Abidjan de créer un véritable cadre de dialogue et de réconciliation national, seul propice à l’exorcisation des démons de la haine et de la division. Elles lui ont manifestement préféré la logique de la terreur et du rouleau compresseur, tout le problème est là. Si le malaise perdure, le ressentiment peut croitre avec des conséquence incalculables sur la cohésion nationale, Ouattara devrait bien le savoir.

Joli-Beau Koube

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