04/07/2012 03:40:48
Sur ta pierre tombale, j'irai pleurer
Selon le mot de De Gaulle, des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Au Cameroun, les chercheurs meurent au pied de la citadelle, sans reconnaissance, sans stèle pour fixer la mémoire collective, une mémoire oublieuse au demeurant.
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Selon le mot de De Gaulle, des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Au Cameroun, les chercheurs meurent au pied de la citadelle, sans reconnaissance, sans stèle pour fixer la mémoire collective, une mémoire oublieuse au demeurant.

L’ossuaire camerounais est plein de ceux-là qui avaient voulu donner un sens à la vie, en sacrifiant à la recherche, afin que l’humanité en général et le Cameroun en particulier soient soulagés de quelques uns de leurs nombreux maux. Ils méritaient mieux qu’un mépris glacé de leurs contemporains. Victimes d’un meurtre intellectuel, les savants camerounais-si, si. Il y en a-, les savants camerounais s’en retournent dormir au cimetière anonyme de la pensée et de la recherche.

Dans les années 80, Max Mpanjo survolait l’Université camerounaise de ses connaissances scientifiques. Qui s’en souvient encore ? Tchundjang Pouemi s’en est mystérieusement allé, laissant des disciples sans âmes perdus dans la précarité existentielle, qui reprennent timidement le flambeau, sans réussir à traverser le mur de l’indifférence. Cet autodidacte par essence, éminent universitaire au demeurant, notera que l’Afrique devra choisir entre servitude et liberté, autour d’une monnaie soumise à l’arbitraire néo-colonialiste. Longtemps, nous croulerons sous le poids du diktat du Comptoir Français d’Afrique, ne gérant rien mais consommant tout, à l’autel du Cfa.

Nous porterons dans notre sang, le poison de l’anémie camerounaise, sans savoir que Monney Lobé, ouvrier avant-gardiste de la drépanocytose, méritait mieux que de mourir lamentablement quelque part au monde, loin de ses patients. Qui s’en souviendra ? Qui se souviendra qu’un ancien professeur de chirurgie de l’Université d’Ibadan, ministre de la Santé publique au Cameroun, lauréat de la recherche médicale sur la chimiothérapie clinique du cancer, médaillé de la Communauté de la santé de l’Afrique de l’Ouest et des États-Unis, viendra s’échouer aux pieds des intérêts de ‘Synergies africaines’ made in Cameroon ?

Pourtant les recherches sur le cancer du professeur Anomah Ngu lui ont valu d’être reconnu au plan international. Ayant travaillé durement à la mise au point du Vanhivax, un vaccin contre le Vih/Sida, jusqu’à sa mort il avait à cœur de faire avancer la science sur une pandémie qui navigue entre la santé de l’humanité et la cupidité de l’occident et de ses vassaux camerounais. Le cancer était sa passion. Convaincu que la chirurgie n’était pas la solution, grâce à la Fondation Rockefeller qui lui accorda en 1962 une bourse de formation à la chimiothérapie, il passa du Cancer au Vih, séparé par une mince couche de virus mortel. Mais l’homme n’a qu’une vie. L’année dernière, il s’en est allé sans avoir terminé ses recherches pour le perfectionnement du vaccin contre le sida. Le plus grand combat du défunt aura été celui de la reconnaissance par ses pairs, le gouvernement et la communauté internationale, du « Vanhivax » qu’il présentait comme un auto-vaccin curatif contre le virus du Sida.

Anomah Ngu mourra sans avoir obtenu l’aval du comité d’éthique médicale qui devait permettre l’évolution du projet, lequel se déclinait en la fabrication industrielle du Vanhivax. Pourtant les résultats obtenus classaient le Vanhivax parmi la meilleure thérapie contre le Sida dans le monde actuellement. Il devait être fabriqué à partir des cellules souches du virus prélevées sur le malade. Malgré le fait que les autorités scientifiques et politiques, nationales et internationales étaient au courant du progrès du Vanhivax, le travail infiniment méritoire d’Anomah Ngu est demeuré confidentiel comme frappé d’une omerta qui dissimule mal l’agacement du capital mondial pour ce savant venu de nulle part.

Selon le vieux chercheur décédé à l’âge de 85 ans, les antirétroviraux droguent la cellule et arrêtent le développement du virus, mais ne redonnent pas à la cellule son état normal. En plus, le malade doit les prendre toute sa vie. Alors que le Vanhivax intégré dans le sang, détruit le virus et rétablit la cellule dans son état normal. Pour mener à bien ses travaux, le défunt avait signé un accord avec le gouvernement camerounais, en vue d'une assistance financière de deux milliards F Cfa. Peu avant sa mort il déclarait n'avoir reçu que 100 millions F Cfa. De l'argent qui a servi à l'achat de quelques équipements, notamment des centrifugeuses et des congélateurs. Il est demeuré dans la vaine attente du reste de l’argent, perdu « entre Paris et Washington », selon le mot désormais célèbre du non moins célèbre Kontchou Kouomeni. S’ils étaient arrivés à bon port, les deux milliards l’auraient aidé à continuer ses travaux commencés il y a plus de 20 ans.

Le phénomène Anomah Ngu restera un des mystères scientifiques de ce début de siècle. Deux questions demeurent sans réponse : comment comprendre qu'un chercheur ait trouvé un début de solution à un fléau qui terrasse des millions d'humains et qu'il ne soit pas soutenu ? Pourquoi n’a t-il pas été encouragé par le gouvernement, repu en discours sur les ravages du Sida ? Deux malheureux milliards, c’est tout de même moins que le montant empoché par les acteurs de l’avion présidentiel ou du crash du Nyong, des thrillers camerounais de l’heure.

Selon des indiscrétions, la présence au Cameroun de Max Gallo et de Robert Montagnier, réputés avoir découvert le Sida, tuteurs à coups de milliards de l’organisation présidentielle Synergie, gênait considérablement le vieux savant, regardé comme un charlatan, dont le Vanhivax était susceptible de couper l’herbe aux avantages exorbitants de la trithérapie. Alors, les siens ne l’ont pas reconnu. Les autres l’ont frappé d’ostracisme. Anomah Ngu est décédé dans l’anonymat le 14 juin 2011.

Frantz Fanon a écrit dans les ‘damnés de la terre’ que «chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission et la remplir où la trahir». Le Cameroun officiel incinère au propre comme au figuré, autour des meurtres rituels, ceux qui comme Max Mpanjo, Tchundjang Pouemi, Monney Lobe ou Anomah Ngu, se sont présentés comme prophètes en leur pays…

Bon mercredi et à mercredi

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