06/07/2012 02:24:22
Mais quel cynisme
Comme un crime n’est jamais parfait, il aura fallu que Marafa Hamidou Yaya, hier grand commis, aujourd’hui paria en déchéance et comment ? ouvre son cœur et son ventre pour que la vérité soit connue... L’arrestation de l’ancien ministre d’Etat aura ainsi servi à quelque chose. Il est grand temps que les parents des victimes et les rescapés soient indemnisés. Avec des intérêts. Impérativement !
Le Messager
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Issa Tchiroma Bakary

De grâce, pardonnez mes infidélités de ces deux dernières semaines. Je n’ai pas les aptitudes du roi Mbouombouo, ce célèbre souverain Bamoun qui dérouta des colonnes ennemies à l’avant, comme à l’arrière. Je crois pouvoir bénéficier de votre cordiale indulgence.

Ainsi donc, revoici moi ! Le cœur gonflé d’amertume, mais incapable de trouver les mots pour restituer mes sentiments. Que n’avons-nous pas entendu depuis que l’ancien ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya a décidé de nous conduire dans les coridors du système dont il a contribué à consolider les fondements et les fondations ? Certes, le président de la République et président national du Rdpc a cru couper court le débat autour de certaines de ces publications en confiant à la Crtv que « je ne commente pas les commentaires ».

Bon ! On ne dit plus rien quand le chef a parlé. Mais en démocratie, on peut toujours oser un « oui, mais… ». Mon  mais-là c’est pour m’insurger contre tout ce cynisme qui s’étale devant nous comme dans les tauro-machies espagnoles, ou dans les arènes de la Rome antique. Je pense ici aux morts et aux rescapés du Nyong de la défunte Camair auxquels on a refusé de manière cynique une légitime indemnisation. Surtout le cynisme avec lequel les députés Rdpc ont refusé une enquête parlementaire sous le fallacieux prétexte avancé par l’un d’entre eux : « étant assureur, je sais que les victimes ont été indemnisées », a-t-il déclaré en substance pour faire échec à la proposition du Social democratic front (Sdf). Et pourtant dans cet aéronef, ont péri même des militants du Rdpc, convaincus ou de convenance. Mais, on va faire comment ? « A la santé des vivants, tant pis pour les morts » ! Exultent les épicuriens lors de leurs agapes et autres beuveries.

Il aura fallu qu’un confrère aille à la rencontre d’une rescapée : Maguérite Wèlissanè, pour ne pas la nommer, pour qu’on voit plus clair dans cette ténébreuse et triste affaire. Dans son interview au Front Hebdo, Marguérite Welissanè se souvient encore comme si c’était hier qu’aucune des personnalités qui devaient prendre à bras le corps le dossier du crash n’a daigné la recevoir dans ses tentatives légitimes de solliciter assistance, ni le Premier ministre d’alors qui était curieusement l’affable Peter Mafany Musonguè, ni le ministre des Transports de l’époque, Issa Tchiroma Bakary. Seul M. Marafa Hamidou Yaya, alors Sgpr l’a fait. Celui-là même qui a proposé une indemnisation de cent millions de francs par victime. En vain.

Voilà que depuis décembre 1995 rien n’a été fait dans ce sens et M. Issa Tchiroma Bakary vient de révéler aux militants de son parti à Garoua que « le chef de l’Etat dispose de l’argent versé (depuis bientôt 17 ans) pour les indemnisations, conformément à ses compétences ». malheureux oubli ou tentative de détournement de cet argent ? Serait-on tenté de demander. Alors que le tapage médiatique orchestré après ce crash ne laisait personne indifférent. Ce n’est pas cynique ça ? Et la rescapée Welissanè de se battre seule pour soigner le traumatisme qui résulte de ce crash.

En accusant l’Etat qui aurait gardé cet argent depuis tout ce temps-là, c’est un coup de pied que Issa Tchiroma Bakary donne dans la fourmilière. Et, l’Etat c’est qui ? Si ce que M. Issa tchiroma dit est vrai, comment expliquer un tel cynisme à l’égard des nationaux ? Surtout devant un tel drame. C’est ce qui fait dire à Marguérite Welissanè qu’ « au Cameroun, il faut être puissant pour bénéficier d’une attention gouvernementale ».

Ailleurs, les parents des victimes d’un tel accident, et les miraculés comme elle sont au petit soin. Dans son pays, personne ne s’occupe d’elle. Elle paie péniblement ses billets d’avion pour suivre ses soins en France. Et lorsqu’on a créé la Camair-co, elle n’a même pas eu le lot de consolation par un recrutement spécial ou exceptionnel. Encore qu’elle a l’expertise et l’expérience avérée pour ce faire. Quelle ingratitude ! Quel cynisme ! Et pourtant son argent dormirait dans le trésor public depuis bientôt…17 ans ? Incroyable ! On dirait qu’au Cameroun, seul le petit peuple est exposé au malheur. Et pourtant…

Comme un crime n’est jamais parfait, il aura fallu que Marafa Hamidou Yaya, hier grand commis, aujourd’hui paria en déchéance et comment ? ouvre son cœur et son ventre pour que la vérité soit connue. Et surtout que Issa Tchiroma Bakary, patron des Transports de l’époque crache le morceau pour que nous apprenions que « le chef de l’Etat dispose de l’argent versé pour les indemnisations conformément à ses compétences ». De ministre des Finances ou d’usurier ?

L’arrestation de l’ancien ministre d’Etat aura ainsi servi à quelque chose. Il est grand temps que les parents des victimes et les rescapés soient indemnisés. Avec des intérêts. Impérativement !

Avec des crimes comme celui-là, c’en est bien un, parmi tant d’autres, il est fort possible que des dirigeants camerounais attirent sur eux les tribunaux internationaux.

Jacques Doo Bell

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