06/07/2012 04:32:27
L'illusion démocratique
L’actualité sociopolitique internationale, surtout en France où le pouvoir socialiste de François Hollande semble déjà en proie à ce qu’ils appellent là-bas «réalisme ou pragmatisme politique», nous aurait donné du grain à moudre; tenter de la décrypter aurait été plus passionnant et plus instructif.
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L’actualité sociopolitique internationale, surtout en France où le pouvoir socialiste de François Hollande semble déjà en proie à ce qu’ils appellent là-bas «réalisme ou pragmatisme politique», nous aurait donné du grain à moudre; tenter de la décrypter aurait été plus passionnant et plus instructif. Mais celle dont nous allons parler aujourd’hui, qui est plus près de nous, mais bien moins sérieuse -c’est selon- est une actualité qui mérite cependant que nous marquions une pause.

Elle a trait à un fait, malheureusement récurrent, qui nous conduira, une fois de plus, à sonder pour mieux la comprendre, la pensée de nos contempteurs locaux. Il y a vraiment de quoi ; car la conception que nos amis d’en face ont de la démocratie mérite que nous réservions notre propos de ce jour à ce qui semble être, entre eux et nous, une pomme de discorde. Et cette idée nous est venue après la lecture de la réponse, parue dans Le Patriote du 04-07-2012, «d’un conseiller du président de l’assemblée nationale à dame Chamois» mère de Michel GBAGBO.

Faisons remarquer de prime abord que nous n’avons décidément pas les mêmes repères ou contraintes morales qui nous font obligation de « polir nos écrits» avant de les porter à la connaissance du public; tant les attaques et atteintes à la dignité de la personne sont légions dans ces écrits de Félicien Sékongo publiés sûrement –ce doit être une condition de leur embauche dans le camp de ceux qui nous dirigent- pour justifier ou mériter leurs salaires. Nous ne répondrons donc pas, et ce, quand même les raisons de nous mettre au niveau de ces insulteurs publics ne manquent pas. Mais, peut-être est-ce là, fondamentalement, ce qui différencie notre esprit, l’esprit des «journaux bleus» de celui des «journaux verts». Mais, passons!

Oui, passons sur ce ramassis d’injures qui vont jusqu’à nier à «dame Chamois» sa qualité de mère  et refusent de concevoir qu’elle ait une quelconque notion de ce qu’est la bonne éducation; ne retenons pas non plus cette tentative de récupération de l’opinion française en faveur de leur camp ; car ce n’est que pour cela que «Michel» est traité de «chantre de l’ultranationalisme et d’acteur incontournable dans la chasse aux Français» opérée en Côte-d’Ivoire probablement à l’occasion de la destruction sans sommation de nos aéronefs par l’armée française en 2004 ; passons et retenons ce que disait Laurent GBAGBO déjà  du temps où il était dans l’opposition : « quand j’entends ces hommes et ces femmes (du PDCI et du RDR) parler eux aussi de liberté et de démocratie, je me demande si nous parlons de la même chose». 

Felicien Sekongo
Félicien Sékongo

Oui, passons, sans nous retourner, sur ces écrits malveillants de monsieur Félicien Sékongo qui n’a aucune retenue quand il parle d’éducation ; surtout celle à laquelle le président GBAGBO aurait soumis son fils.

Pour ne pas donner dans l’invective qui, comme le disent les sages, se retourne toujours contre son auteur en laissant clairement comprendre de quelle source nourricière culturelle il est, passons notre chemin et allons plus en détails à la raison d’être de l’article de ce jour. 

Voilà donc une réponse d’un des proches de Guillaume Soro ; il se présente lui-même, n’en rions pas, comme citoyen ivoirien, sûrement pour nous faire croire qu’il est libre, en tant que tel, de toute pression clanique et qu’il est également la voix des Ivoiriens sans voix qui supportent de plus en plus difficilement les agissements antidémocratiques des pro-Gbagbo. Ne dit-il pas, à ce propos, que  «pour les Ivoiriens, les autorités ivoiriennes sont trop tendres avec leurs bourreaux»? C’est donc tout naturellement qu’il demande à la mère de Michel Gbagbo d’«arrêter ses délires si elle ne veut pas s’attirer le courroux des Ivoiriens». Ce serait énoncer une vérité de La Palisse que de dire que les victimes sont les gens de son camp qui ont pris le pouvoir le 11 avril 2011 et les bourreaux sont tous ces prisonniers politiques qui foisonnent dans les prisons des partis qui nous gouvernent actuellement.

Jetons ensuite un regard sur la présentation qu’il nous fait de celui dont il est le conseiller; elle est digne d’intérêt. Ne voilà-t-il pas que nous semblions ignorer le rôle hautement bénéfique pour nous, pauvres mortels ingrats, du président de notre Assemblée nationale? Alors, sentencieux, Sékongo nous rappelle que « le démocrate Guillaume Soro, défenseur des vertus démocratiques, est au travail pour réduire la douleur des victimes de Michel Gbagbo et ses coauteurs ».

Décidément, nous n’avons pas la même conception de la notion de démocratie. Ce n’est pas – en tout cas pour nous- l’accession au pouvoir qui octroie la qualité de démocrate; nous voulons dire par là qu’il ne suffit d’arriver au pouvoir pour être décrété démocrate; c’est le mode d’accession, c’est l’idéologie mise en pratique, ce sont les moyens utilisés pour présider aux destinées d’un peuple qui confèrent à un pouvoir sa légitimité, sa légalité et donc son caractère démocratique.

Nous, nous émettons des doutes sur « ce défenseur des vertus démocratiques» que nous avons vu proclamer qu’il était le chef du MPCI( Mouvement Patriotique de Côte-d’Ivoire) et ses démembrements qui ont occupé et géré par les armes le Centre, le Nord et l’Ouest de notre pays; un homme qui n’a pas caché qu’il était rebelle; qui s’est comporté comme Attila, tuant et détruisant tout sur son passage; qui a pris les armes pour combattre le pouvoir d’un président légal et légitime; un homme dont les armées qu’il a levées, carnassières, féroces, impitoyables, sanguinaires et vampires, ont fait vivre aux populations ivoiriennes les heures les plus sombres de leur histoire; un homme dont la gestion du pouvoir a consisté à ruser avec la bonne foi d’un président qui leur donnait à lui et à ses hommes une chance de se repentir. GBAGBO voulait convaincre du pardon de la nation tous ces opposants sanguinaires à son régime en les graciant et en les intégrant à ses gouvernements, pour la bonne marche du pays; il croyait que ceux qu’il prenait pour les fils du pays finiraient par comprendre que l’intérêt de notre peuple exigeait que nous fassions la paix ; il pensait, le candide Gbagbo, qu’ils dépasseraient nos divergences idéologiques pour éviter à notre nation en construction le désastreux spectacle d’un pays dans lequel les citoyens seraient irrémédiablement divisés. Mal lui en a pris. Il a été payé en monnaie de singe.

 Chanter les louanges d’un tel homme et de sa clique, qu’on a montés au sommet de l’Etat, qu’ on a associés à la gestion du pouvoir d’Etat, sans autre mérite que celui d’avoir été rebelles et d’avoir pris les armes contre leur propre pays,  c’est vraiment poussé le bouchon trop loin. Mais peut-on s’étonner de la logique de ce camp? Ils sont arrivés au pouvoir après avoir massacré une grande partie de ceux qui n’apprécient pas leur idéologie politique: prendre le pouvoir en Côte-d’Ivoire par tous les moyens de la violence; autrement, c’est-à-dire démocratiquement, elles sont nulles ou inexistantes leurs chances d’arriver un jour au pouvoir.

Sékongo parle, ici, en Côte-d’Ivoire, devant les survivants de l’hécatombe des hommes du pouvoir, de son chef comme d’un démocrate, alors que l’histoire de la rébellion créée par lui et apparue dans cette nuit de septembre 2002 est encore douloureusement vivace dans nos esprits; il veut déjà blanchir son patron en falsifiant notre histoire commune alors que les exactions de ses hommes sont quotidiennes.

Rétorquons-lui simplement, pour espérer éviter les mesures de représailles que les hommes de leur camp n’hésitent pas à prendre contre quiconque les contrarie, que ce nous semble être une simple erreur, une illusion d’optique; bref, qu’il s’agit ni plus ni moins d’une illusion démocratique… que nous nourrissions. Qu’en fait, c’est nous qui avons tort; c’est nous qui avons souffert mais c’est nous les bourreaux; ils ont raison de se dire démocrates puisqu’ils sont les plus forts.

Ce jeudi 5 juillet 2012.

RATGO Emilio (Espagne)

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