27/08/2009 03:55:55
Les contradictions de l'Affaire Abah Abah l'instruction
Le juge d’instruction a de nouveau auditionné l’ancien ministre des finances détenu à la prison centrale de Yaoundé pour détournement de deniers publics. L’information judiciaire s’éternise
edouardtamba
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Polycarpe Abah Abah n’est pas au bout de ses peines. Cet ex ministre de l’économie et des finances (Minefi) au Cameroun était devant l’un des juges d’instruction du tribunal de grande instance du Mfoundi hier, 25 août 2009. Il répondait à une convocation du magistrat Dr Batoum, dans le cadre d’une information judiciaire dont il fait l’objet, pour détournement de deniers publics. Que voulait savoir le juge d’instruction ? La défense de l’inculpé n’est pas diserte, au nom du secret de l’instruction. L’on y a tout de même appris que l’audition portait sur la réaction d’Abah Abah au sujet des documents de décaissement des fonds produits par le Crédit foncier du Cameroun (Cfc). En plus de l’ex Minefi, le juge d’instruction a auditionné une autre inculpée de cette affaire, en la personne de Mme Mballa Hélène. Ce sur le même sujet. L’affaire s’apparente déjà à une course d’endurance qui ne dit pas son nom. Car c’est depuis c’est depuis avril 2008 que cette information judiciaire est en cours.

Interpellé le 31 mars 2008, Polycarpe Abah Abah a été inculpé et placé en détention préventive le 10 avril suivant pour détournement de deniers publics. Lesdits détournements se situent entre 1999 et 2004. Période durant laquelle le principal suspect était directeur des Impôts. La justice lui reproche, d’après des sources proches du dossier, d’avoir dissipé une somme de 6,867 milliards de Fcfa dans la redevance que prélève la direction des Impôts pour le Crédit foncier du Cameroun. Le déficit, selon un rapport de contrôle effectué en avril 2006, a été observé entre les sommes que la direction des Impôts déclare avoir perçu entre 1999 et 2004, et le montant perçu par le Cfc. Soit près de 22,775 milliards de Fcfa déclarés, et près de 15 milliards reçus. Le deuxième chef d’accusation concerne une somme d’environ 900 millions de Fcfa sortie des comptes du Cfc par la Direction des impôts (Di).

Contradictions

A propos du premier chef d’accusation, Abah Abah, directeur des Impôts, aurait versé la redevance due au Cfc sans prélever les frais d’assiette et de recouvrement revenant à son institution. Il s’agit officiellement de 10% du montant collecté par les Impôts. La Di et le Cfc ont ensuite signé une convention pour que le trop-perçu soit recouvré. Ce par le biais d’un compte bancaire logé au Cfc où 6 des 10% du trop-perçu devrait être déposé ; tandis que les 4% restant seraient récupérés progressivement. L’ouverture d’un tel compte n’est pas autorisée par les textes en vigueur. Mais la grande interrogation porte sur les 6,867 milliards de Fcfa sus évoqués. Evidemment que Polycarpe Abah Abah nie tout en bloc. Arguant que les sommes déclarées par la Di (22,775 milliards) ont plus un caractère statistique que réel.

A cela, s’ajouterait le fait que les experts financiers n’auraient pas tenu compte des différents frais bancaires et qu’il y’aurait durant cette période, des chèques impayés de l’ordre de 3 milliards perçus par la Di. Les proches du principal accusé affirment par ailleurs que ce dernier avait laissé une somme de 4,057 milliards de Fcfa en décembre 2004 dans le compte du Cfc. Le juge d’instruction a donc trouvé nécessaire de faire procéder à une autre expertise. Le rapport de cette expertise financière effectuée en février 2009 relève un manquant de 5,9 milliards de Fcfa. D’où la réalisation d’une contre expertise judiciaire en mai dernier. Cette fois, le rapport des experts évoque un détournement de 2,155 milliards de Fcfa.

Pour le second cas, Mme Mballa Hélène, aurait affirmé pendant les auditions, avoir décaissé, en tant que « billeteur », des sommes d’argent qu’elle aurait ensuite remise Abah Abah, sans la moindre pièce le prouvant. Une brèche permettant à Abah Abah de tout nier, encore. Ici les témoignages sont dissonants voire contradictoires. Autant que les trois rapports des experts financiers. A quel saint s’est donc voué le magistrat Batoum ? L’on ne tardera pas à le savoir. Puisque des indiscrétions annoncent que le dossier a été envoyé au niveau du procureur de la République pour réquisitions, depuis des semaines. Signe que une ordonnance renvoyant Polycarpe Abah Abah et ses coaccusés devant le tribunal est imminente ? Rien n’est moins sûr...

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