09/07/2012 02:35:26
Le double visage du pragmatisme politique
C’était Sarkozy hier; c’est maintenant Hollande. Et, comme le dirait le romancier : à l’Ouest, rien de nouveau !
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Sarkozy et Hollande

Peut-être était-ce dans l’euphorie de l’inéluctabilité de sa victoire à l’élection présidentielle française qui l’a vu coiffer au poteau le président sortant Nicolas Sarkozy. L’euphorie, cette allégresse, cette joie intense qui, semblable à une drogue, vous étreint, vous fait passer du statut d’homme à celui de super-homme et vous fait  prendre des résolutions qui, normalement, devraient être au-dessus de vos forces ; lui, Hollande, président enfin, vainqueur d’une élection dont l’issue était hautement incertaine, même au sein de son propre état-major électoral qui ne se privait pas de le couvrir de quolibets!

Oui, peut-être était-il réellement enivré par l’immense vague du changement ou du renouvellement de la classe politique française dont était porteur le peuple français lui-même d’abord, et qui a fini par se cristalliser sur les divers représentants du courant socialiste de son pays.

Mais, peut-être aussi était-ce l’effet de la pleine et claire conscience de l’attente de bon nombre de combattants de la liberté et de la démocratie, à travers le monde, y compris dans ses propres rangs, qui voulaient voir le quinquennat du mandat présidentiel socialiste engagé sur les voies de la restauration de la politique française dans nos états en voie de développement.

Oui, peut-être les engagements électoraux du candidat Hollande visaient-ils, à envoyer –effectivement- un signal fort d’avertissement à tous ces roitelets africains  qui ont  pour us et coutumes le musèlement ou la réduction de toute opposition à leur régime;  pour lesquels les principes de la bonne gouvernance sont inconnus, afin qu’ils freinent la répression féroce de leurs opposants, la négation des droits y compris les plus élémentaires de ceux-ci, en plus de cette fâcheuse tendance qu’ils ont à passer outre la volonté du peuple; des dirigeants qui se satisfont de tirer leur  légitimité et leur légalité de la reconnaissance de leur régime par leurs maîtres impérialistes.

Mais, peut-être était-ce plutôt une habileté d’homme politique, aspirant à ratisser large, qui, s’étant rendu compte de l’impact non négligeable sur les joutes électorales, d’une catégorie de votants, s’était engagé à satisfaire leur exigence de la mise en place, pour l’Afrique, d’une politique-sanction hexagonale contre les dictateurs tropicaux .

Les supputations peuvent aller leur train; toujours est-il que c’est François HOLLANDE lui-même, qui prononça cette phrase désormais célèbre, publiquement, apparemment sans aucune pression d’aucune sorte, à la grande joie de nous autres qui voulons participer à la passionnante quête de la liberté dans nos pays à démocratie variable: «je veux que le 06 mai 2012 (date de la proclamation du résultat définitif de l’élection présidentielle en France) soit une mauvaise nouvelle pour les dictateurs et une bonne pour les démocrates.»

François HollandeC’est donc ce nouveau président français-là qui a fait naître en beaucoup d’entre nous la flamme de l’espoir d’un soutien aux démocraties en lutte pour s’imposer à l’obscurantisme de leurs gouvernants ; c’est Hollande qui déclencha l’hystérie qui s’empara de la plupart des combattants de la liberté partout dans le monde ; surtout lorsque cette victoire qu’il remporta le fut au détriment du tristement célèbre Nicolas Sarkozy qui fit tomber, à coups de bombes et au nom d’une prétendue démocratie militaire à la française, des régimes légitimés par l’adhésion de leurs peuples à leurs politiques.

Oui, c’est donc Hollande qui nous fit rêver d’une France, puissance mondiale, plus regardante sur les questions des droits de l’homme et des peuples à disposer d’eux-mêmes; mais, c’est aussi la France elle-même, c’est-à-dire, son peuple dans sa grande majorité, qui, en rejetant Sarkozy et son slogan de campagne «La France Forte», nous sembla qu’elle nous donnait sa position de façon non équivoque sur l’utilisation, par ce dirigeant agressif et belliciste, de l’armée française dans des opérations militaires douteuses au nom du prétendu  rétablissement démocratique de politiciens ou de régimes notoirement corrompus, gangrénés, reconnus pour leur total mépris du peuple.

Sans préjuger du caractère hautement versatile des hommes politiques hexagonaux, surtout de la gauche française, qui ont déçu nos espérances, déjà du temps de François Mitterand sous la gouvernance duquel la France participa nous a-t-on dit à l’exécution de la politique d’extermination élaborée par des génocidaires du Rwanda, il nous faut quand-même noter que la récurrence et la conception de ce qu’ils appellent là-bas, entre eux, « le réalisme politique », nous semble être un exutoire trop commode!

Car, comment est-il possible, en effet, de reconnaître le caractère nuisible d’un pouvoir, son illégitimité, et, dans le même temps, de n’avoir aucune gêne d’éthique, aucun scrupule à recevoir avec faste celui qui en est l’incarnation?

Quel est ce jeu d’équilibrisme qui consiste à coopérer, malgré tout, avec un régime dont on est convaincu qu’il n’est pas l’émanation du peuple qu’il prétend incarner ?

Comment est-il possible de se dédire de la sorte, sans même sourciller, sans jeter un regard, ne serait-ce que craintif ou honteux, sur ce qu’étaient les engagements que l’on a pris soi-même, en son âme et conscience, publiquement ?

Le visage de ce pragmatisme politique-là, qui veut qu’un état ne recherche chez les autres que ce qui, seul, peut contribuer à son bonheur; ce réalisme politique-là, qui tend uniquement à préserver ses intérêts sans s’embarrasser de morale ni de justice, a, pour nous autres, animistes de la politique, le visage de la sorcellerie politique!

Et il est heureux qu’il se manifeste si tôt, à peine deux mois après l’élection, ce « real-politik», afin de «dés-ciller» tous les rêveurs qui continuent de compter sur l’extérieur pour renverser les dictatures qui les oppressent.   
Pour notre part, nous croyons qu’il est plus que temps de remettre au goût du jour, l’autre visage du pragmatisme politique, cette pensée d’un Laurent GBAGBO, visionnaire lucide, qui déclarait, comme un refrain pour nous galvaniser, au plus fort des tourments qui, comme une ombre, accompagnaient son combat pour toutes nos libertés: «il est indispensable, dans les luttes que nous menons, que nous ayons une mentalité d’orphelin ».   
Nous sommes convaincu que c’est cette mentalité d’orphelin-là, faite nôtre, qui peut nous faire redescendre sur terre et doit renforcer notre détermination à en finir avec nos dirigeants prédateurs.

C’est la prise en compte de cette réalité dans notre conception de la lutte pour la démocratie, si nous ne voulons pas que celle-ci soit une guerre à l’hivernage,  qui doit nous pousser à ne pas accorder au pays colonisateur du nôtre, les premiers rôles dans nos pays en butte à l’incompétence démocratique de leurs dirigeants. Et c’est pourquoi nous avions lancé, dans un précédent article, pour nous et pour les Français, cette réflexion: «les intérêts impérialistes (dans cette élection) l’emporteront-ils sur les intérêts démocratiques?» En termes plus clairs, «la France de 1789 (protectrice  des droits de l’homme et des peuples) l’emportera-t-elle sur celle, intrigante, corruptrice, sanguinaire et antidémocratique, de la Françafrique?»

Vivement qu’on comprenne une bonne fois pour toutes que le mauvais dirigeant pour nous, c’est-à-dire, celui qui est rétif à toute concession démocratique, est décrété bon et fréquentable par les politiciens impérialistes parce qu’il leur offre toutes les ressources dont ils ont besoin pour leur essor.

Voilà donc exposés de façon succincte les deux visages du pragmatisme politique qui doivent nous servir à comprendre le monde qui nous entoure.

D’un côté, nous avons le réalisme politique, qui dicte aux dirigeants français une démarche particulière et incompréhensible seulement en apparence; de l’autre, celui qui doit guider nos pas d’orphelin qui ne doit et ne peut compter que sur lui-même et sur lui seul.

Déjà, la similitude entre les agissements de Sarkozy et ceux de Hollande sont un indicateur idéologique de la nouvelle classe politique au pouvoir en France.

Le même scénario qui a conduit à la mise à mort du guide Libyen Khadafi et à l’éviction martiale du pouvoir suivie de la déportation du président Laurent GBAGBO se met progressivement en place contre le Syrien Bachar El Assad:

-La déstabilisation et la guerre civile en Libye et en Côte-d’Ivoire, c’étaient la signature de Sarkozy ; la Syrie porte déjà celle de Hollande.

-Tout comme son prédécesseur, c’est Hollande qui ameute tous les chiens de guerre occidentaux contre le président d’un pays souverain et exige son départ.

-C’est toujours la France-quelle soit de Gauche ou de Droite-qui décrète du haut de sa prescience démocratique- que le chef de l’état syrien est un dictateur qui, tel un fou, se délecte du massacre de son propre peuple.

-C’est la France, encore et toujours elle, qui reçoit, sur son sol, les opposants syriens, qui les forme, les équipe et fomente les désertions dans l’armée régulière.

-C’est la France actuelle, celle de Hollande, mais c’était déjà  la France d’hier, celle de Sarkozy ; c’était le comportement délinquant de Sarkozy, mais c’est maintenant  celui de Hollande.

C’était Sarkozy hier; c’est maintenant Hollande.

Et, comme le dirait le romancier : à l’Ouest, rien de nouveau !

Prenons donc la pleine mesure de nos responsabilités et organisons-nous ! Formons une longue, compacte et incassable chaîne de solidarité qui transcende nos particularismes nationaux et nos égoïsmes; expliquons à nos peuples que seule leur prise de conscience collective de ce qu’exige d’eux le pragmatisme politique de l’orphelin nous sortira tous de notre frustrante dépendance à l’extérieur. L’union, la belle unité d’action, de tous les démocrates, nous le répétons, par-delà nos frontières, qui éveillera ainsi la conscience politique de nos peuples, voilà ce qui permettra de faire reculer les tyrans qui, partout, nous oppriment.

Ce dimanche, 08 juillet 2012.

RATGO Emilio (Espagne)

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