11/07/2012 02:57:56
Brutalement civilisť
Il y a des jours sans pain, mais aussi des jours de cauchemar  comme ces pingouins sans toit,  ni lit, ni couverture qui dorment à la belle étoile sous la pluie à la prison de New-bell; la tête hors de l’eau juste pour ne pas se noyer, grelottant de froid, le corps bardé d’abcès fétides,  le regard hagard, le ventre creux et des idées de meurtre contre la vie...
Le Messager
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Benskin Douala

Il y a des jours sans. Des jours où rien ne va. Votre femme qui vous quitte en pleine audience;  la voiture qui vous lâche ou le bendskinneur qui vous engueule; l’ordinateur qui fait sa ménopause ou le chef qui vous balance une demande d’explication venue de nulle part...

Il y a des jours sans pain, mais aussi des jours de cauchemar  comme ces pingouins sans toit,  ni lit, ni couverture qui dorment à la belle étoile sous la pluie à la prison de New-bell; la tête hors de l’eau juste pour ne pas se noyer, grelottant de froid, le corps bardé d’abcès fétides,  le regard hagard, le ventre creux et des idées de meurtre contre la vie.

Ces pingouins subissent une double peine. Condamné pour des crimes commis ou non, ils doivent aussi subir la mauvaise gouvernance qui fait des prisons du Cameroun des mouroirs par excellence, des usines pour viande froide qui iront meubler le boulevard des allongés.

Ô vous qui passez par le plateau Atemengue  en voiture, à pied ou à bicyclette, savez-vous que sous vos pieds, des hommes nés libres,  accusés d’avoir distrait la fortune publique,  sont condamnés à ne pas aller en prison? Ils vivent comme des reclus, des fauves en cages qui tournent en rond, quêtant la lumière du soleil et l’oxygène.

A part déféquer dans des réduits insalubres, Ils sont exclus de toute expression humaine : visite rationnée, repas contrôlé, sommeil conditionné. Ô vous peuple brutalement civilisé qui vivez la démocratie apaisée comme une tumeur maligne, savez-vous que vous êtes des prisonniers en sursis ? Nous sommes entrés de plein pied à l’ère  du goulag soviétique. Les nouveaux crimes non écrits sont : délit de faciès, délit d’ambition, délit de non-consommation de motions de soutien, délit de silence, délit de déférence, délit d’indépendance,  délit de foi en Dieu etc.… Il est écrit : «nous sommes tous des créatures de Biya». Que ceux qui n’auront pas assimilé ce credo se préparent à être les prochaines victimes d’une société carcérale.

Mais il y a aussi des jours où même l’inspiration semble vous lâcher. Les sujets de la chronique se bousculent au portillon de vos pensées, sans que l’angle d’attaque se présente, pour un monologue pluriel avec le lecteur  tranquillement assis dans son fauteuil préféré, dégustant du Ndomba au poulet tandis que le forçat de la plume se masturbe les méninges, l’angoisse dans l’âme, pour honorer son contrat hebdomadaire. Mais on peut vous refuser à manger. On peut vous refuser la liberté. On peut faire de vous des non- personnes, comme Enoh Meyomesse, menacé par la cécité, qui n’a même pas le droit de se soigner. Il y a des jours où le silence est un livre ouvert à la page de la vie, ou chacun peut puiser ce que Dieu lui donne comme message. Voici pour vous la vieille légende d’un homme appelé Haakon, qui contemplait toujours une représentation du Christ crucifié ; des gens y venaient pour prier et obtenir un miracle.

Un jour Haakon s’agenouilla devant la Croix et dit : «Seigneur, je veux souffrir et mourir pour toi. Laisse-moi prendre ta place.» Miracle ; le Seigneur ouvrit ses lèvres et parla: « Mon fidèle serviteur, je t’accorderai ce que tu désires, mais seulement à une condition ; quoi qu’il arrive et sans te soucier de quoi que ce soit que tu dois toujours garder le silence».

Haakon répondit : «Je te le promets, mon Seigneur!» Et ils exécutèrent l’échange. Personne ne s’aperçut du subterfuge et ne reconnut l’ermite, pendu par des clous à la croix ; à la place de Jésus. L’ermite a gardé l’accord pendant longtemps sans ne jamais rien dire à personne. Mais un jour, un homme riche vint, et après avoir prié, il oublia sa bourse là-bas. Haakon le vit et resta silencieux. Il ne parla pas non plus quand un pauvre homme, qui vint deux heures plus tard, prit la bourse de l’homme riche et la garda. Et il resta également silencieux lorsqu’un jeune homme s’agenouilla ensuite rapidement devant Lui, demandant sa grâce avant de partir pour un long voyage. L’homme riche revint alors pour chercher sa bourse. Et ne la trouvant pas, il pensa que le jeune homme l’avait prise.

L’homme riche exigea sa bourse au jeune homme qui répondit : « Je n’ai volé aucune bourse ! » L’homme riche se mit à le frapper. Alors une voix puissante emplit l’air : Stop ! L’homme riche leva les yeux et vit que l’image sculptée lui parlait ; Haakon ne put garder le silence ; il réprimanda l’homme riche pour la fausse accusation. L’homme riche fut étonné et quitta l’endroit. Le jeune homme, du fait qu’il était pressé de partir naviguer, s’en alla aussi.

Quand la Croix se trouva seule, le Christ s’approcha de son serviteur et lui dit : « descends de la Croix. Tu n’as pas été capable de garder le silence»

«Seigneur, -dit Haakon-, comment pouvais-je admettre une telle injustice ?»

Jésus reprit sa place sur la Croix et reprit la parole : «il était bon pour l’homme riche de perdre sa bourse, parce qu’à l’intérieur il emportait l’argent pour commettre un péché sexuel avec une jeune vierge. Alors que l’homme pauvre avait besoin d’argent dans son absolue pauvreté. Il aurait été aussi préférable que le jeune homme soit assommé par l’homme riche dans son malentendu, auquel cas il ne serait pas parti pour son voyage en mer. Maintenant tu vois, il est mort dans un naufrage il y a quelques minutes. Tu ne savais pas toutes ces choses, MAIS MOI OUI. C’est pourquoi je suis silencieux.» Et le Seigneur une fois de plus garda le silence.

Souvent nous nous demandons  pourquoi Dieu ne répond-il pas à nos prières… Pourquoi Dieu reste-t-il silencieux ? Un grand nombre d’entre nous aimerait qu’Il réponde conformément à nos désirs et caprices…mais le chemin de Dieu est différent. Il connaît le passé, le présent et le futur.

Mais surtout, Dieu nous répond même dans le silence…nous devons être prêts à L’écouter et à L’attendre, « car vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies, oracle du Seigneur. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au- dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. Car je sais, moi, les desseins que je forme pour vous - oracle du Seigneur - desseins de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance»

Que le pingouin ne désespère pas, ni toi d’ailleurs, du fonds de ta prison interne. Repends-toi et garde le silence. Dieu veille…

Bon mercredi et à mercredi

Edking

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