17/07/2012 03:24:32
Cameroun. La cinquième déclaration de Marafa Hamidou Yaya
L’Intégralité du texte destiné aux juges et dont copie a été remise à la presse par les avocats de Marafa au sortir de l’audience d’hier. Marafa comme une star hollywoodienne...
Le Messager
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Marafa Hamidou Yaya

Acclamé au tribunal
 
Des centaines de badauds ont scandé  des « Marafa, président » à l’arrivée et au départ de l’ex-ministre d’Etat de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd) au palais de justice de Yaoundé-Centre administratif, hier, 16 juillet 2012, jour de l’ouverture de son procès en compagnie d’Yves Michel Fotso.  

1-    Longue attente

11h. Lundi 16 juillet 2012 au palais de justice de Yaoundé-Centre administratif. Précisément dans l’enceinte de la Cour d’appel du Centre, requise par le Tribunal de grande instance de céans pour les audiences  des procès de l’opération Epervier. Il y a longtemps que curieux, avocats, famille et amis des prévenus poursuivis dans le cadre des détournements de deniers publics ont investi les lieux. L’impatience se lit sur les visages et dans les attitudes. Le moindre mouvement suspect subit le regard inquisiteur de chacun et de tous. Surtout des journalistes venus nombreux. Viendra, viendra pas ? La question taraude les esprits. Certains ne peuvent s’empêcher d’interroger le confrère, le voisin. Comment arrivera-t-il ? Par où passera-t-il ? L’hypothèse selon laquelle il pourrait prendre l’entrée venant du parquet est évoquée. Mais vite abandonnée. « Cela l’exposerait davantage », argumentent certains.

« On attend, on, on, on attend ! L’enfant ne vient pas ! » Le public continue pour sa part d’affluer. La salle d’audience est pleine à craquer. Des éléments de la gendarmerie et de la police, armés pour certains, veillent au grain. Certains d’entre eux tentent parfois d’intimider. Interdisant aux cameramen de tourner quelques images. En vain ! Les journalistes s’y opposent faisant étalage de leur connaissance du droit. On s’ennuie et pour tuer le temps, les uns et les autres se trouvent des occupations. Les supputations vont bon train. Des politiciens ont fait le déplacement. Dans leur rang, Albert Dzongang, candidat malheureux à l'élection présidentielle d'octobre 2011. Des juristes tels Me Alice Nkom, venus « observer ».

12h. Un mouvement de foule fait penser que Marafa Hamidou Yaya arrive. Fausse alerte ! Il s’agit plutôt de Roger Ntongo Onguene, ex-directeur général des Adc (Aéroports du Cameroun).

2-    Comme une star hollywoodienne

12h55. Cette fois, c’est la bonne ? Un car  de marque, Toyota Hiace de couleur blanche, fait son entrée dans l’enceinte. Les regards se détournent de ce côté. « C’est lui », entend-on. Les cameramen braquent leurs objectifs. C’est à qui captera la plus belle image. L’ancien ministre Marafa Hamidou Yaya, inculpé puis incarcéré depuis le 16 avril 2012 pour détournements de deniers publics dans le cadre de l’achat d’un avion présidentiel, sort du véhicule de la gendarmerie nationale. Sanglé dans un costume bleu sur chemise immaculée, assortie d’une cravate rouge, l’ex-Minatd  est suivi de près par Yves Michel Fotso, ancien administrateur général de la Cameroon airline (Camair), un de ses coaccusés.

Une clameur s’élève. « Notre président ! ». L’allure majestueuse, l’homme semble serein. Une ovation du public accompagne « sa montée des marches » jusqu’à la salle d’audience. « Mon Dieu ! Qu’il est frais ! Vous dites que le père-ci est en prison ? Non gars, il est bien dans sa tête, etc. », entend-on. Ceux qui n’ont pas pu avoir de place dans la salle, se pressent aux portes et fenêtres pour le voir.

13h25. La sonnerie annonce l’arrivée du  collège des juges constituant le tribunal. Ce trio est  présidé par Gilbert Schlick, une autre star. Un brouhaha est de nouveau entendu, suivi d’une autre salve d’applaudissements pour l’accusé Marafa. Le procès s’ouvre ! On assiste à la même ambiance à sa sortie. L’homme est conduit sous les ovations jusqu’au car encerclé par des centaines de personnes, toutes admiratives. Il serre la main à quelques proches et résiste comme il peut, à faire des gestes à la foule.

Le véhicule dans lequel il vient de s’engouffrer avec son acolyte, Yves Michel Fotso peine à quitter l’entrée principale de la Cour d’appel. Et pour cause, il est coincé entre la foule et les bouchons que l’évènement a créés sur la route attenante. Quelques gendarmes sont obligés de couper la circulation pour faciliter la manœuvre à son conducteur. Sous les cris, les ovations et … youyous le car fonce en trombe vers le secrétariat d’Etat à la défense (Sed) situé à moins de 2 kilomètres.

3-    Yves Michel Fotso veut parler

« …Je tiens à préciser d’entrée de jeu que j’ai été présenté comme quelqu’un qui défiait la Justice pour n’avoir pas comparu devant le juge d’instruction, et n’avoir pas déféré à vos deux convocations des 29 juin et 02 juillet 2012 ». Extrait de la déclaration liminaire d’Yves Michel Fotso, également poursuivi dans le cadre de cette affaire. Le prévenu veut expliquer les raisons pour lesquelles il ne s’est pas présenté. Mais le juge l’interrompt.

Mais… il « aura le temps de le faire », rassure Gilbert Schlick. Sur ces entrefaites, l’audience est  renvoyée au mardi 24 juillet 2012. Après un échange. La défense a besoin de trois semaines. Le ministère public estime que ce délai est long. Le juge tranche. Il faut, explique Me Alice Nkom, « un minimum de préparation qui n’a pas été faite. Un : le président veut permettre aux parties de faire comparaître leurs témoins dont il a demandé et obtenu la liste séance tenante ». À cette audience du 16 juillet 2012, seul le principal  accusateur (le procureur) a communiqué  la liste de ses témoins. Il y en a à peu près 14. Maintenant, il faut que la défense aussi produise ses témoins.

« Elle n’a pas pu le faire aujourd’hui, parce que les avocats de la défense n’ont jamais eu affaire au dossier. Bien qu’ayant commandé la copie du dossier d’instruction comme le veut la loi, le juge n’a jamais permis qu’ils aient une copie du dossier. Donc ils se sont dits peut-être on va avoir des témoins mais nous voulons commencer par demander que le tribunal nous permette d’avoir une copie du dossier. Parce que c’est à partir de là qu’on sait qui peut témoigner et qu’est-ce qu’on va dire », justifie Me Alice Nkom au sortir de cette audience. La prochaine audience se tiendra  ainsi mardi prochain. « Ce sera pour écouter le ministère public accuser et prouver ». Marafa Hamidou Yaya est défendu par le bâtonnier Monthé, Pr Kofele Kale, Me Abdoul Baguil, etc. Toutefois, apprend-on, cette défense pourrait s’étoffer au fur et à mesure. Début de l’audition des témoins annoncé par le procureur le 24 juillet 2012.

Nadège Christelle BOWA

Focal. La cinquième déclaration de Marafa Hamidou Yaya

L’Intégralité du texte destiné aux juges et dont copie a été remise à la presse par les avocats de Marafa au sortir de l’audience d’hier. L’ex-Minatd y donne les raisons du refus de recevoir le juge d’instruction ainsi que  celles de son absence au tribunal le 2 juillet 2012 et promet de livrer toutes les dédalles de l’achat du Bbj.
 
« … Monsieur le président et honorables membres de la collégialité, permettez-moi tout d’abord de vous présenter mes très sincères excuses pour n’avoir pas pu me présenter devant vous lundi 02 juillet dernier. Je croyais que je devais le faire en présence de mes avocats que je n’avais pas pu joindre dans les délais, compte tenu de mes conditions de détention.

Par rapport à mon prétendu refus de déférer aux convocations du juge d’instruction, j’avais cru demander sa récusation pour des raisons qui me semblaient fondées. La Cour d’appel a rejeté ma requête. Je me suis naturellement plié à cette décision. Cependant, le juge s’obstinait à vouloir m’entendre sans la présence de mes avocats que je ne pouvais pas voir, ni joindre pendant les premières semaines suivant mon transfert au secrétariat d’Etat à la Défense.

D’autre part, mon mandat de détention n’indiquait pas le motif précis de mon inculpation et de mon incarcération ; et le juge me refusait l’accès aux pièces de procédure du dossier d’instruction. Pièces que je n’ai toujours pas reçues au demeurant.

Mes avocats l’ont saisi à maintes reprises à cet effet, mais en vain. Le 26 juin, soit 70 jours après mon arrestation, le juge d’instruction a rendu son ordonnance de renvoi.
Monsieur le président et honorables membres de la collégialité, je ne m’attendais pas à me présenter devant vous comme détenu ; car depuis plusieurs années, je réclame un procès transparent et équitable afin que je m’explique sur toutes ces affaires où l’amalgame se le disputait avec la manipulation de l’opinion.

L’ordonnance de renvoi permet enfin de circonscrire les faits par rapport à ce qui m’était reproché au moment de mon arrestation et j’espère que toute la vérité sera faite sur ce chef d’accusation également.

Je réitère toute ma disponibilité et tout mon engagement à contribuer et à collaborer pleinement à cet effet. Je crois à la vérité qui seule permettra enfin de me rendre justice dans cette affaire d’acquisition d’un avion Boeing Bbj-II neuf dont je n’ai connu que le début d’exécution et où je n’ai été guidé que par la volonté de doter notre pays d’un instrument de souveraineté et d’un instrument de travail permettant au président de la République d’effectuer ses déplacements en toute sécurité, dans un environnement particulièrement difficile. Je vous remercie… »

 

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