18/07/2012 03:26:50
Justice des vainqueurs. La guerre de Ouattara contre les jeunes cadres
La chasse aux partisans de l’ancien pouvoir n’est près de s’estomper. La cible : les jeunes cadres de l’administration nationale auxquels la mise en quarantaine ne suffit plus, apparemment, comme punition. Leur nouveau point de convergence : la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), généralement après avoir été enlevés et torturés.
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Maca Abidjan
La chasse aux partisans de l’ancien pouvoir n’est près de s’estomper. La cible : les jeunes cadres de l’administration nationale auxquels la mise en quarantaine ne suffit plus, apparemment, comme punition. Leur nouveau point de convergence : la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), généralement après avoir été enlevés et torturés.

Depuis le changement de régime le 11 avril 2011, avec l’aide des bombardements de la résidence du président Laurent Gbagbo par les forces françaises actionnées par Nicolas Sarkozy, l’ami personnel de Dramane Ouattara, une vaste opération d’épuration dans l’administration nationale vise les jeunes cadres taxés ou à raison de pro-Gbagbo. Au sein des régies financières particulièrement, c’est le sentiment qui se dégage clairement. La situation est si préoccupante que la police militaire de Koné Zakaria, qui n’a rien à envier à la Gestapo, monte en puissance ces derniers temps sans que cela n’émeuve ni les organisations des droits de l’homme et ni les chancelleries occidentales qui ont accompagné Ouattara au pouvoir.

Il y a quelques jours, c’est un inspecteur des impôts, le nommé Niagne Gueye Patrick en poste à la Direction des opérations des  assiettes (DOA) qui a été enlevé sur ordre de Koné Zakaria et enfermé au bataillon du génie qui abrite la police militaire. Le jeune cadre que les sécurocrates du régime accusent d’être un membre du GPP, mouvement assimilé à une milice, a été précédé dans ce lieu par le président par intérim du Cojep, Martial Yavo, Conseiller d’éducation de son état. Il a été déféré depuis quelques jours à la MACA où il a rejoint un autre jeune cadre travaillant à l’AGEPE, proche collaborateur lui aussi de Charles Blé Goudé. Il s’agit d’Angénor Youan Bi qui a été arrêté en 2011 à Aboisso où il était en fonction. Si les cas de ces cadres de l’administration ont été suffisamment médiatisés, le sort d’innombrables jeunes cadres ivoiriens jetés en prison dans les semaines qui ont suivi le changement de régime est à plaindre. C’est notamment le cas d’un grand nombre de travailleurs du port d’Abidjan et d’agents des douanes, au nombre desquels figure un des garde du corps de Mangly Alphonse, l’ancien DG.

Le cas Siahou Vitalien à la Douane

Combien d’anonymes arrêtés ainsi arbitrairement et sous des chefs d’accusation «prêt-àporter » d’atteinte à la sureté de l’Etat ou trouble à l’ordre public croupissent aujourd’hui à la Maca ou dans des prisons réparties sur l’ensemble du territoire national ? Seuls le ministre Hamed Bakayoko, Koné Zakaria et le procureur Simplice Kouadio pourront répondre à cette question.

Outre ces cas, de nombreux travailleurs jugés pro-Gbagbo sont contraints à l’abandon de poste. A défaut de les arrêter, le régime fait régner un climat de terreur qui met ces jeunes cadres dans l’obligation d’entrer dans la clandestinité. Dans l’attente de pouvoir les radier des effectifs de l’administration nationale. L’exemple le plus patent dans ce cadre est la situation de Siahou Vitalien, administrateur des douanes affecté en complément d’effectif à la direction des ressources humaines mais qui a échappé de justesse à un enlèvement planifié par le directeur général adjoint Kouadio Yao Marcellin.

Depuis, le cadre des douanes qui ne fait pourtant l’objet d’aucune procédure judiciaire est condamné à errer dans la nature ; sans ressources pour assurer le minimum à sa famille. Son salaire est suspendu, tout comme les différentes primes auxquelles il a droit. Récemment, alors que sa promotion prêtait serment au palais de justice, la direction générale qui n’a pourtant pas la prérogative de radier un administrateur a rayé son nom de la liste. Le haut cadre des douanes qui ne peut être radié que par décret – ce qui n’est pas le cas à ce jour - n’a point été convoqué et tout se passe comme s’il n’a jamais appartenu à cette promotion sortie de l’Ena. Ainsi va la Côte d’Ivoire sous Dramane Ouattara. Torture, enlèvement, arrestation arbitraire, insécurité grandissante, chantage, etc.

Emmanuel Akani

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