02/09/2009 14:23:47
Vacances présidentielles : fric, trafics et frasques
Cinq jours après la mise sur la place publique des extravagances vacancières du chef de l'Etat et de sa suite à La Baule en France, le gouvernement réagit enfin. Sans toutefois apporter des éléments de réponse aux accusations portées par nos confrères de la presse française.
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Ceux qui sur STV s'attendaient à regarder ce soir l'émission "Cartes sur table" sur le thème "Biya, ses vacances et l'argent du contribuable" vont déchanter. Cette émission qui devait revenir sur la publication en fin de semaine dernière en France des informations sur les extravagances vacancières d'une cinquantaine de Camerounais sous la conduite du chef de l'Etat à La Baule, a simplement été annulée. Ou mieux, devra changer de thème de discussions. "Sujet délicat", indique-t-on dans les couloirs de cette chaîne où l'on ne veut pas rentrer dans les détails d'une décision prise par la direction de la télévision privée dirigée par Mactar Sylla. Cette mesure que des sources indiquent avoir été dictées depuis Yaoundé devra s'étendre à d'autres chaînes de radio et de télévision dans les jours qui viennent.

Il s'agit en fait d'un début de réaction des autorités de Yaoundé aux informations diffusées vendredi dernier sur le séjour à La Baule du chef de l'Etat Paul Biya, de son épouse et d'une cinquantaine d'autres personnes qui les accompagnent. Ouest France, France Inter et Radio Fidélité Nantes. Une présence de la délégation camerounaise dans cette station balnéaire, dans le cadre du "court séjour privé" du chef de l'Etat en France coûte, selon nos confrères, la rondelette somme de plus de 27 millions de francs Cfa par jour, rien qu'en ce qui concerne l'hébergement de la délégation camerounaise, qui a pour l'occasion réquisitionné 43 chambres dans deux hôtels (L'Hermitage et le Royal) classées respectivement en catégories 5 et 4 étoiles. Une classification qui a toute sa signification ; La Baule, étant au même titre que Biarritz, Cannes, Nice ou Paris situés au rang de ville touristique en France avec les établissements hôteliers les plus chers. La taille de la ville n'ayant rien à voir ici, selon nos confrères.

Entourage
Dans ce qui apparaissait comme une dénonciation du gaspillage opéré par les plus hautes autorités camerounaise par des médias français, une comparaison à très vite été faite entre le coût des vacances du numéro camerounais et certains de ses homologues étrangers, à la tête des plus grandes puissances économiques. On apprenait ainsi que le chef de l'Etat camerounais faisait "mieux que Sarkozy, Bush et Obama réunis...". Ouest France qui représente le plus gros tirage de la presse en France s'insurgeait surtout de ce que ces dépenses intervenaient au moment où "La France vient de réitérer son aide au Cameroun en confirmant le versement de 537 millions d'euros (plus de 350 milliards de francs Cfa ndlr) sur cinq ans pour le désendettement et le développement du pays".

En comparaison, lors de ses récentes vacances, le chef de l'exécutif américain Barack Obama avait loué pour sa famille, une villa pour la somme de 25 000 euros (soit un peu plus de 16 millions de francs Cfa). Une dépense qui n'avait pas manqué de provoquer la réprobation de ses compatriotes, au moment où son pays entrait en pleine récession, bien que le chef de l'Etat américain a assuré que la dépense était payée de sa poche. Une réaction qui avait probablement fait sourire les membres de l'entourage du chef de l'Etat camerounais. Au moment où nos confrères de France 24 s'interrogent encore pour savoir qui supportera la facture camerounaise qui monterait déjà à plus de 800 000 euros, soit plus de 520 millions de francs Cfa.

Dénonciations
A ces dépenses qui n'englobent que l'hébergement dans ce groupe hôtelier, nos confrères français indiquent qu'il faut y joindre les autres frais liés à "la restauration, les séances de thalasso, casinos et séances de shopping" et les frais de mission des nombreuses personnes qui accompagnent le couple présidentiel. Toutes choses qui font du président de la République et de sa suite des visiteurs de choix fort appréciés dans la région selon nos confrères "le maire, comme tous du coin apprécient ces généreux touristes qui ne lésinent pas à la dépense", une attitude qui de l'avis de la presse française, n'est "pas négligeable en temps de crise…", et qui a d'ailleurs valu au président Paul Biya, de recevoir "la médaille d'honneur de la ville en tant que "nouveau résident secondaire" “.

Des dénonciations qui ont valu des débats particulièrement animés dans la presse camerounaise durant le week end dernier. Un privilège auquel n'aura pas droit Stv qui s'est finalement vu interdire la diffusion d'une émission ce jour. Au chapitre des autres réactions, outre celles signalées ci-contre, nous pouvons indiquer celle de Grégoire Owona, le secrétaire général adjoint du Rdpc. Tout en souhaitant "Bonnes vacances à Monsieur le président", celui qui est également ministre délégué en charge des Relations avec les assemblées relève que "le président travaille et ce côté de non rupture dans le travail du Président est important :les décrets tombent tous les jours, les télégrammes à ses pairs aussi, pour ne parler que de deux aspects médiatisés, le suivi des affaires de l'état est continue", en même temps qu'il semble minimiser le coût de ces vacances estivales "Et quand bien même il faudrait débourser 1 million d'euros pour ces trois semaines de vacances, … j'ai envie de demander à ces inventeurs de chiffres si c'est avec ce soit disant million d'euros qu'ils vont régler les problèmes de développement du Cameroun ?"…

Jean Francis Belibi

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