22/07/2012 05:14:16
Camdiac, ou l'imposture permanente
Une Révolution incantatoire et héliportée ?
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On sait désormais que la réunion de la Cameroon Diaspora for Change (Camdiac), organisée en juillet 2010 aux Etats Unis, et qui avait inutilement coûté la vie à Pius Njawe,  avait pour principal objectif  de renverser Paul Biya, contrairement aux motivations officiellement affichées, qui étaient d’apporter un soutien didactique logistique, matériel et financier à l’opposition politique camerounaise.

Cette révélation, aussi choquante que maladroite, a été faite clairement faite par Jean Bosco Tagne, un des cadres de la Camdiac le dimanche 14 juillet 2012 sur Sans Détour, une des émission politiques de Cameroonvoice.

Passée l’émotion des premiers instants et avec deux ans de recul après la disparition de l’illustre journaliste, l’affirmation du Docteur Tagne, vient jeter encore plus d’ombre, encore plus de doute tant sur les intentions réelles de la Camdiac, que sur la  véritable capacité de la diaspora camerounaise dans son ensemble, à influer, ou mieux, à impulser un changement politique concret au Cameroun.

Ce que Jean Bosco Tagne ne sait pas

Il est apparu dans le discours de ce professeur en médecine, à la fois une mauvaise lecture des bouleversements sociopolitiques du monde arabe tout au long de l’année dernière et une méprise exaspérante des paradigmes basilaires d’une révolution accomplie. Il nous semble urgent ici de recontextualiser des faits qui échappent manifestement à Jean Bosco Tagne et à la Camdiac.

1    D’abord, la prise de conscience accrue des camerounais sur l’incapacité du régime Biya à impulser un quelconque changement, dans la vie économique, politique, sociale et culturelle des camerounais, ou sur l’inexistence d’une opposition politique à même d’incarner l’alternance à la tète de l’Etat, n’est nullement le fait de la Camdiac ni de quelques autres groupuscules du même acabit.  Ce changement d’état d’esprit est le  fruit d’une série de facteurs essentiellement endogène, liés notamment au contact rugueux de la réalité quotidienne ; l’indolence des gouvernants, l’inconséquence des opposants, la fragilité de la société civile ont fini par obliger les camerounais à se détourner de la politique et à se concentrer sur leur survie. L’organisation de la justice populaire, le renforcement du secteur informel en sont par exemple des corolaires.  Cependant ,leur indifférence vis-à-vis de la chose politique, n’immunise par pour autant le gouvernement de la grogne populaire, comme il est advenu en 91-92 ou en février 2008, et pour cela les camerounais n’avaient pas attendu la Camdiac .

2   Le changement de régime dans le monde arabe, en Tunisie et en Egypte notamment ont  été impulsés non par la diaspora de ces pays respectifs, mais bien par les citoyens du terroir, qui ont animé de bout en bout la contestation, parfois au prix de leur vie. Par millier, ils sont allé au chaudron avec dans l’esprit, la seule ambition de dessiner les contours d’un pays neuf, juste et égalitaire, qui appartienne à tous.

3  La crédibilité et l’emprise populaire  des mouvements de la diaspora est d’une importance capitale, dans ce sens que seule des organisations crédibles et représentatives  sont à même de porter un message fort en direction des camerounais du pays. Seul un élan populaire venant de l’extérieur peut faciliter une sensibilisation plus efficace des classes sociales du terroir. Pareille perspective laisse peu de place à des organisations marginales ou unipersonnelles  comme celles qui encombrent le plancher associatif camerounais  hors du pays.

Une Révolution incantatoire et héliportée ?

Les leaders des mouvements camerounais et quelques hommes politiques de la diaspora, nous ont habitué ces temps derniers à des scenarii rocambolesques de prise de pouvoir à Yaoundé, qui n’ont rien à envier aux meilleurs films de guerre qu’on puisse imaginer.

Brice Nitcheu et ses lieutenants du code , à la veille de la présidentielle de 2011, avaient, sur cameroonvoice promis de prendre, d’occuper toutes les représentations diplomatiques du Cameroun en occident et d’ installer au pouvoir le soir même de l’élection, un de leurs alliés, infiltrés parmi les candidats au scrutin. Inutile de vous dire que près de neuf mois après, on a toujours rien vu passer, même pas un début d’initiative dans ce sens.

Pierre Mila Assouté
Pierre Mila Assouté

De la même manière, Jean Bosco Tagne, Guy Simon Ngankam et quelques autres bavards, bercés par le confort douillet des studios  de radio ou assis derrière des ordinateurs en occident, décochent sans discontinuer vers Etoudi, des  bombes à fragmentation à guidage laser, tout ce qu’il y a de plus dévastateur dans l’industrie de l’armement verbal non conventionnel.

Pour sa part, Pierre Mila Assoute, la patron du Conseil national de résistance et de libération du Cameroun (cnl), l’aile militaire du RDMC, de son refuge parisien, s’est vu comme par enchantement propulsé en tenue militaire dans les mangroves d’Ida Bato, d’où, à la De Gaule il a lancé un vibrant appel aux généraux et aux hommes de troupe camerounais, de la rejoindre pour le combat final !

On le voit bien, si une révolution ne tenait qu’à des agitations verbales et à des projections chimériques, il y a longtemps, très longtemps que le régime Biya aurait été démantelé.

Une révolution, comme celle française en 1789, ou celles tunisienne et égyptienne en 2011, ou encore la révolution cubaine du 26 juillet 1953, nécessitent des actions concrètes sur le terrain, le prix à payer étant très souvent le sacrifice suprême.

Par exemple, la poignée de généraux très mal armés qui décida en juillet 1953, d’en finir avec le régime pro-américain de Fulgencio Batista, en attaquant la caserne de Moncada à Santiago de Cuba, avait été presque décimé.  Fidel Castro, ainsi que son frère Raoul avaient écopé des peines de prison de 15 et 13 ans respectivement. Et pourtant, le 26 juillet 1953 est resté gravé dans l’histoire comme le point de départ de la révolution cubaine, et pourtant, Fidel et Raoul Castro,  aux côtés d’un certain Ernesto Che Guevara et bien d’autres nationalistes cubains ou non, ont réalisé leur rêve en libérant leur pays du joug américain ; et pourtant l’histoire les a absout comme le prophétisait déjà Castro.

En Tunisie, Mohamed Bouazizi a posé un acte concret pour marquer son ras-le-bol  face à une injustice sociale qui n’avait que trop duré. Bien entendu, il ne s’attendait nullement que cet acte extrême, désespéré à la base, aurait débarrassé son pays d’une « kleptocratie monarco-clanique ». Pour sûr, même habillée aux couleurs d’Enhadda, plus rien dans la Tunisie d’aujourd’hui et de demain ne sera  comme avant.

En Palestine,  l’apport des membres de la diaspora était canalisé sur le terrain encore une fois par des cadres de l’OLP dont Yasser Arafat ou Mahmoud Abass.

Paul Biya
Paul Biya, déjà 30 ans au pouvoir

Même dans le cas du Cameroun notre pays, l’Union des Populations du Cameroun a mené son combat de libération national de l’intérieur. Um Nyobe avait misé sur une organisation capillaire des structures du parti, pour intensifier la sensibilisation des masses. Les appuis extérieurs, très nombreux aussi, servaient à amplifier une action déjà évidente et concrète sur le terrain. L’action militaire du Comité National d’Organisation CNO, dirigée par Nyobe Pandjock, doublait l’action politique menée à l’intérieur et à l’extérieur du pays, par les chefs successifs de l’UPC qui ont tous péri au Cameroun, à l’exception de Roland Félix Moumie.

Ainsi, dire ou penser que les leaders des mouvements à caractère politiques des camerounais de la diaspora, ne peuvent pas s’investir physiquement au Cameroun,  au motif que le régime Biya  est liberticide, est un prétexte pour le moins fallacieux. Cette attitude intellectuellement malhonnête et politiquement désespérante,  traduit simplement l’incapacité des uns et des autres à prendre leurs responsabilités. Tout le monde veut voir Paul Biya partir du pouvoir, mais personne de ceux qui veulent utiliser la force ne veut aller au charbon. Jean Bosco Tagne par exemple, ne veut rentrer au Cameroun que  pour « faire les funérailles des uns et des autres ». traduction, des Etats-Unis où il gagne très bien sa vie selon ses propres termes, il voudrait financer ceux des camerounais du terroir, qui sont prêts à sacrifier leur vie pour débarrasser le Cameroun de Paul Biya.

Le rôle de victime virtuelle d’une éventuelle répression policière devient donc trop facile à incarner, pour qui n’a ni des idées claires sur les vraies solutions aux problèmes du pays, ni la volonté d’être un acteur décisif d’un changement durable  au Cameroun.

Oui, Paul Biya et son système doivent s’en aller après trente ans de navigation à vue,
Oui, les camerounais de la diaspora peuvent et doivent jouer un rôle important  pour précipiter l’alternance dans notre pays.

Seulement, la révolution ou le changement ne se décrètent pas. La révolution se fait ou ne  se fait pas  et le changement se construit au jour le jour par des actions concrètes et résolues sur le terrain, et non par des grimaces et des incantations  à distance.

Joli-Beau Koube

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