22/07/2012 05:24:59
Ils sont fous ces...gaulois !
Empruntons cette exclamation intentionnellement déviée de son objectif initial, à Obélix, le compagnon d’aventures à la force herculéenne d’Astérix le Gaulois.
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Empruntons cette exclamation intentionnellement déviée de son objectif initial, à Obélix, le compagnon d’aventures à la force herculéenne d’Astérix le Gaulois.

Situons l’expression originelle dans son contexte humoristique, en précisant qu’à ce géant, tailleur de menhirs de son état, il lui était difficile de comprendre  pourquoi, alors que Astérix et lui étaient toujours contents de les croiser sur leurs chemins de chasse pour leur «donner des baffes», les Romains, eux, faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour les éviter. Alors, exprimant sa déception, Obélix soupirait : «Ils sont fous, ces Romains!»
Il ne pouvait pas admettre, Obélix, le simple d’esprit aux muscles d’acier, que le sale quart d’heure qu’ils faisaient passer aux légionnaires romains, et qui leur procurait autant de plaisir, à Astérix et à lui, soit, pour les soldats de  Jules César, une source de vive inquiétude, un cauchemar.

Voilà donc pour la petite histoire qui  sert d’introduction à cet article optimiste pour tous nos lecteurs, à l’image de ce que nous inspire le bouillonnement de l’actualité africaine.

Enfant, nous ne comprenions pas toujours les raisons de la confrontation sans fin de ces peuples et nous nous contentions des comportements et propos drôles de ces combattants gaulois et leurs adversaires.

Puis, avec le temps et l’expérience que son passage laisse en chacun de nous, nous avions commencé à prendre fait et cause pour la lutte de ces résistants gaulois aux noms terminés tous en « x » et dont la bravoure alimentait et impactait tous nos actes. Chers lecteurs avec lesquels nous souhaiterions partager la joie qui nous anime de voir l’Afrique qui s’éveille et tente de se défaire des liens de servitude qui la tenaient captive; détendez-vous un tant soit peu car les nouvelles de la Françafrique sont bonnes pour nous tous qui aspirons à la maîtrise du destin de nos peuples; relaxez-vous sans pour autant rien perdre de votre vigilance et imaginez un petit village de Gaulois irréductibles qui « résistent encore et toujours à l’envahisseur romain!».

Au fur et à mesure que nous lisions leurs aventures, nous comprenions que les Gaulois se battaient contre les Romains pour ne pas être colonisés par eux; ces Gaulois qui n’avaient pas une armée aussi puissante que celle de leurs adversaires, étaient heureux de lutter contre les Romains qui voulaient les assujettir; et l’enjeu des nombreuses batailles épiques entre ces deux peuples, c’était, pour les premiers, la résistance pour se dépêtrer de l’empire colonial romain quand, pour les seconds, c’était l’imposition de celui-ci à travers le monde.
Nous comprenions donc pourquoi les Gaulois combattaient et nos pensées les accompagnaient au fil de leurs aventures très drôles, très intéressantes mais très instructives aussi.


Mais, nous n’arrivons plus à comprendre les motivations des Français d’aujourd’hui qui sont les Gaulois d’hier. Eux, les héros persécutés de nos lectures d’adolescents; eux qui, hier, étaient les victimes de la boulimie impérialiste de la Rome de l’Empereur Jules César, ils sont devenus les bourreaux des peuples moins développés qu’eux. Eux, les gaulois d’hier, peuplade primitive, sans cesse en butte aux armées de conquête des Romains, combattant avec, qui des pierres, qui des ustensiles de cuisine, qui avec un poisson comme arme ou même avec une canne de vieillesse, dans un désordre caractéristique de leur état d’arriérés, eux qui ne devaient leur salut qu’à la potion magique de  Panoramix, leur druide,  les voilà aujourd’hui, qui sont  maintenant devenus, partout, les bourreaux de nos peuples en quête d’indépendance!

Les Français d’aujourd’hui, ennemies d’hier des Romains, jettent aux calendes grecques, à chacune de leurs rencontres avec nos peuples en voie de développement, les résolutions philanthropiques, humanitaires, l’éthique républicaine, les serments faits pour respecter la démocratie qu’ils se sont pourtant engagés à appliquer dans leurs relations avec les autres nations du monde.

Ils fomentent des rébellions contre les régimes que nous avons établis ; ils nous massacrent par l’intermédiaire des armées coloniales qu’ils ont installées dans chacun de nos territoires dont les ressources agricoles et minières les intéressent; ils veulent être servis prioritairement dans la large panoplie de richesses dont la Providence nous a dotés; ils destituent eux-mêmes, de plus en plus officiellement et sans la moindre gêne d’éthique, ceux de nos chefs qui ne font pas leurs volontés et nous imposent des dirigeants à leur solde; ils décrètent lequel de nos pays respecte les canons de leur « démocratie à l’occidentale », c’est-à-dire qu’ils déterminent et récompensent de leur parapluie militaire le régime qui respecte et contribue à leur volonté hégémonique; c’est l’une des conditions qu’il nous faut remplir pour que nous laissent vivre en paix ceux qui se posent en maîtres de nos vies ; de plus, ils sont parvenus à mettre en place, pour pérenniser leur mainmise sur nos richesses, dans la plupart de nos pays, une chaîne de ces prétendus guides de nos peuples dont le seul rôle est de faire, contre notre volonté et à notre détriment, le bonheur du peuple de leurs maîtres. Ces dirigeants « françafricains », véritables hommes liges des puissances occidentales, qui, tels des hommes-sandwichs, affirment, sur leur pancarte ventrale, leur dévouement à la cause de leurs peuples respectifs alors que la pancarte dorsale jure fidélité, respect et soumission à leurs véritables maîtres : l’Occident!

Heureusement pour nous, et, contrairement à l’histoire sans fin des conflits romanesques entre Gaulois et Romains, la nôtre est en train de prendre une tournure qui est une récompense des efforts des combattants de la liberté africains.

Cette lente mais irréversible prise de conscience qui nous fait reprendre du poil de la bête dans nos relations avec nos colonisateurs; ce salvateur retour de manivelle qui oblige, partout, les bénéficiaires de la Françafrique à lâcher du lest et à perdre, l’une après l’autre, les positions privilégiées qu’ils avaient dans nos affaires ; c’est d’abord une conséquence de ce que de plus en plus d’Africains ont commencé à prendre conscience de la volonté impérialiste des pays avec lesquels nous avions commerce. Il va croissant le nombre de nos défenseurs qui sont maintenant convaincus des misères que nous font supporter les impérialistes et qui veulent s’affranchir de leur domination.

C’est ensuite une preuve de ce que, ayant pris la juste mesure du mal qui nous ronge, nous avons décidé d’afficher clairement et ensemble, notre volonté d’en finir avec un système qui nous avilissait tous.
C’est en fin que nous avons décidé de monter nous-mêmes au créneau; de ne rien attendre de personne; de passer la vitesse supérieure et de nous débarrasser de tout ce qui constitue pour nous un frein à notre épanouissement en tant qu’être humain: c’est-à-dire à la jouissance des biens et services générés par notre sol et nos efforts. C’est cela la potion magique de l’Afrique pour ses enfants combattants pour la dignité de tous: bon diagnostic et prise de conscience collective du mal, désir de s’unir pour lutter contre ce mal commun, agir de concert sans compter sur une quelconque aide extérieure.

C’est à l’honneur des combattants de la liberté africains de nous avoir ouvert les yeux sur le fait que, en Occident, chez les Blancs, qu’il soit de Gauche ou de Droite, le régime porté au pouvoir a une seule obligation: préserver, partout, sur quel qu’espace vital que ce soit, les intérêts de ceux qui l’ont investi de leur confiance.

Alors que, chez nous, principalement dans nos pays francophones, la tendance de nos roitelets françafricains n’est pas de sauvegarder les intérêts de leurs peuples.

Alors que chez nous en Afrique, les Gaulois, ce sont évidemment les Français et tous leurs alliés capitalistes, mais surtout et malheureusement aussi, tous les dirigeants africains qui, pour accéder au pouvoir et la préservation de leurs individuels et égoïstes intérêts, se liguent contre leurs propres peuples.

Maintenant, nous sommes fondés à dire à nos bourreaux  d’aujourd’hui ce que eux-mêmes pensaient des Romains d’hier: « Ils sont fous, ces... gaulois! »

Oui, ils sont fous, ces Gaulois occidentaux, qui n’ont pas accepté la domination romaine qui était sûrement pour les conquérants «la Démocratie romaine» et qui, pourtant,  veulent nous imposer la leur!

Oui, ils sont fous ces Français qui ont fait appel à l’esprit de sacrifice et au savoir-faire militaire des Africains, pour fuir la «démocratie hitlérienne» qui les pourchassaient pendant les deux guerres mondiales, et qui nous reprochent de prendre des dispositions à notre tour, pour briser le joug qu’ils nous imposent!

Oui, ils sont fous, ces Gaulois africains qui nous reprochent d’avoir jubilé lorsque Sarkozy a été éjecté du pouvoir à son tour, lui, l’ex- président de France qui a fait bombarder la résidence du président de la République de Côte-d’Ivoire, détrôner le Président élu Laurent GBAGBO pour installer son homme de main!

Oui, ils sont fous, ces présidents africains qui nous en veulent d’avoir éclairé et influencé le vote des électeurs français, par nos prières, nos marches, nos sit-in, nos meetings, nos conférences de presse et nos écrits, contribuant ainsi à la défaite électorale de celui qui usait de la puissance de son armée pour changer négativement le cours de nos vies!

Oui, ils sont fous, ces français! Oui, ils sont fous, ces gaulois qui ne veulent pas que l’Afrique se réjouisse quand nous constatons que c’est notre persévérance dans la lutte pour la liberté qui leur a fait perdre beaucoup de leurs forces de nuisance!

Où sont-ils et à combien ont-ils été réduits désormais, ces chefs d’état africains, survivants momentanée de l’inhumaine et sanguinaire Françafrique? Eux qui n’ont pas eu de scrupules à soutenir la guerre impérialiste de Sarkozy contre leur pair africain qui avait proposé à eux tous, le recomptage des voix des électeurs, pour éviter mort et désolation à son peuple?

Où sont-ils et à quoi sont –ils maintenant réduits, tous ces dirigeants de nos institutions politiques et économiques africaines, qui ont préféré se prostituer et brader la respectabilité des instances qu’ils dirigeaient pour faire plaisir à Sarkozy, affamant des populations qui ont eu le tort de suivre un dirigeant africain autonomiste?

Après deux décennies de gestion francophone de l’Union Africaine caractérisée par l’abandon des leviers de décisions aux mains des occidentaux, le tour est enfin arrivé, pour les anglophones-pas n’importe lesquels- de lui imprimer leur savoir-faire, leur savoir-être et leur caractère trempé de lutteurs pour la liberté!

Ils sont vraiment fous, ces Gaulois qui veulent nous empêcher de saluer ce changement dans la donne historique!
Oui, décidément, ils sont fous, tous ces Gaulois! 

C’est le monde qui bouge autour de nous! Ce sont les puissants d’un soir qui commencent à trembler, à vaciller sur leurs bases et à comprendre la mise en garde de Rousseau dans le Contrat social: «le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance (à ce droit du plus fort) en devoir»!

A ce droit du plus fort qu’il prenait d’ailleurs ironiquement, est, comme il le prévoyait lui-même, en train de se substituer de nos jours, le devoir bien compris de tous les peuples opprimés d’inverser la tendance, de bousculer toutes les certitudes de ces hégémonistes renégats, de s’unir pour user et imposer leur droit à s’autodéterminer pour ne plus être mis au rebut.

Tous ceux qui contribuaient à perpétuer la Françafrique sont entrain de tomber les uns après les autres et nous, nous devrions nous garder de montrer notre joie?

Ils sont vraiment fous, ces gaulois noirs et blancs!

Ce vendredi 20 juillet 2012
RATGO Emilio (Espagne)

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