24/07/2012 03:20:29
La fin des subventions aux carburants... mauvais calcul politique et économique pour le cameroun
Dans un entretien fleuve que notre collègue non moins agrégé d’économie a accordé au quotidien Cameroon Tribune dans sa parution du vendredi 20 juillet 2012, Roger Tsafack Nanfosso affirme que «  74% des subventions au super sont captées par les riches. » Nulle part tout au long de son entretien, il ne nous montre comment il arrive à ce pourcentage.
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Dans un entretien fleuve que notre collègue non moins agrégé d’économie a accordé au quotidien Cameroon Tribune dans sa parution du vendredi 20 juillet 2012, Roger Tsafack Nanfosso affirme que «  74% des subventions au super sont captées par les riches. » Nulle part tout au long de son entretien, il ne nous montre comment il arrive à ce pourcentage.

Pire encore les chiffres qu’il avance ne s’appui sur aucune étude menée ni connue ainsi 13% seulement de pauvres bénéficieraient des subventions sur le pétrole lampant qui est subventionné à 100% ! Nous pourrons accorder un crédit à la première affirmation du Professeur Roger Tsafack Nanfosso s’il avoue s’appuyer sur une étude de la Banque Mondiale rendue publique le 18 avril 2012 à Washington qui affirme que «  les subventions aux prix des carburants en Afrique, profitent davantage aux riches qu’aux pauvres».

Nous pouvons lire ceci dans « Africa’s Pulse » qui est une analyse semestrielle des enjeux influençant les perspectives économiques du continent noir. A en croire donc les résultats de cette étude, « ces subventions sont trop élevées et représentent une perte moyenne de 1,4% du produit intérieur bur (PIB) pour chaque pays. Par un montage dont il est seul expert, le professeur Roger Tsafack Nanfosso a su partir d’une étude générale du continent noir pour une application particulière au Cameroun par induction ».

Le rapport dont il est fait allusion ici n’a jamais traité du cas spécifique du Cameroun, sur 25 pays étudiés sur le continent, (sans le Cameroun), six principalement des exportateurs de pétrole, ont dépensé en 2011 2% ou plus de leur PIB pour les subventions du carburant. Si nous partons des chiffres officiels avancés par les pouvoirs publics, 1089 milliards alloués aux subventions des carburants soit la répartition de 143 milliards en 2010, 323 milliards en 2011 et 400 milliards prévus en 2012. Quel est le PIB du Cameroun dans les années concernées ici soit 2010, 2011 et 2012 ? Ces chiffres équivalent-ils à 2% de notre PIB ? La réponse est évidente ! Non !

Maintenant l’enquête menée par la Banque Mondiale et qui est visiblement exploitée par le professeur Roger Tsafack Nanfosso à l’insu de son plein gré dit ceci : « Les résultats d’enquêtes menées dans 12 pays à travers le monde (exceptée au Cameroun – c’est nous qui le soulignons) montrent que ces subventions « bénéficient en grande majorité aux familles aisées. » Les familles aisées dans les pays riches pour le professeur Roger Tsafack Nanfosso deviennent dans son entretien, « 74% des subventions au super sont captées par les riches. » Ce qui est un non sens scientifique et qui ne reflète pas la réalité sociologique de notre pays !

Nous devons cependant reconnaître que le prix du pétrole (des carburants) sont élevés dans tous les pays du monde excepté dans certains pays du Golf, certains pays de notre continent ont augmenté les prix du carburant à la pompe et sur leur marché interne. C’est le cas du Ghana qui a augmenté de 30% les prix du carburant en janvier 2011. Dans le même sens, nous pouvons citer le Mozambique qui a augmenté le prix du carburant en 2011 de 10% en avril et de 8% en juillet et la Guinée a adopté des mesures pour réduire sa subvention du carburant. Sur ces quelques exemples, peut-il nous être accordé une interrogation simple ? Quel est le salaire moyen dans ces pays ? Ce que l’on appelle communément le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance ? Au Ghana il est de 75,30 euros soit en Cfa 46.000 environ, le SMIC au Cameroun est de 28 000 cfa environ ! Au Mozambique on ne parle pas de SMIC le salaire devant être convenu directement entre l’employeur et l’employer. En Guinée Equatoriale, le SMIC est de 915, 70 euros soit 599, 325 fr Cfa – ce sont les chiffres que communique la Banque Mondiale. Si nous le reconnaissons, alors pourquoi vouloir la fin des subventions ? Est-ce pour payer encore plus cher les carburants ?

Les économistes camerounais consultés tout au long de la semaine qui vient de s’écouler, l’émission de Charles Ndongo à la CRTV « Par Ici le débat » visent sur la base des analyses erronées à préparer l’opinion publique nationale à avaler la dernière pilule du règne du renouveau, celui qui a opéré 2 coupes de salaires aux fonctionnaires et autres agents, celui qui n’a pas préparé des millions de camerounais à la dévaluation du franc Cfa. Toutes les analyses faites par les uns et les autres n’ont pas ouvert le débat sur les programmes d’aide sociale qui devraient se mettre en place par différents mécanismes devant débouchés à renforcer le soutien que l’Etat doit à ses citoyens, à un véritable soutien des ménages les plus pauvres et les plus vulnérables de notre société.

L’augmentation des prix des carburants va paralyser le pays sans mesure d’accompagnement !

La fin des subventions des carburants va de pair avec l’augmentation du prix du litre des carburants à la pompe ! A cette augmentation il faut ajouter les dépenses contraintes que sont l’électricité, l’eau, le logement en raison de leur caractère « pré-engagées » chaque mois pour les familles qui en sont soumises dans notre pays, en ville comme dans la campagne. Lorsque ces dépenses augmentent, les ménages n’ont guère d’autres solutions que de subir de cette hausse qui vient rogner leurs revenus disponibles.

L’autre caractéristique de ces dépenses, partagée avec celles que l’on peut qualifier d’indispensables telles que l’alimentation, le transport, ou la santé, est qu’elles occupent une part bien plus importante dans le budget des ménages modestes que dans les ménages dits aisés. Le dernier rapport du Fonds National de l’Emploi et rendu public le 23 mai 2012, nous dit que 4 millions de camerounais ont entre 14 et 18 000 de francs par moi, ces camerounais ne constituent pas les 13% cités par le professeur Robert Tsafack Nanfosso et identifiés comme bénéficiaires des subventions au niveau du pétrole lampant ! Les populations des benskineurs, celles des taximen, les transporteurs-racoleurs c’est-à-dire ceux qui ne sont pas titulaires des engins qu’ils conduisent rentrent-elles dans les 13% cités par l’économiste consultant de Cameroon Tribune ?

Au regard de ce qui précède, il nous est difficile de parler de famille aisée dans notre pays au regard du niveau de vie des uns et des autres, tout cela est choquant. Prenons ce que nous appelons la part du salaire « arbitrale » c’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on s’est acquitté des dépenses incontournables et contraintes, si nous prenons le SMIC dans notre pays qui est de 24 000 Fr cfa avec une augmentation du tarif d’électricité de 8% sur le prix actuel, la fin des subventions des prix des carburants, pour un ménage qui dépense 4 à 6 000 fr d’électricité, cette dépense représente entre 20 et 35%, à cela il faudra ajouter 3 à 5 litres de carburants pour un propriétaire de moto, si vous faites le ratio avec les familles qui ont 14 ou 18 000 franc cfa, la part du revenu arbitral est situé à 10% ce qui fait que de nombreuses familles vont se retrouver avec – 6000 fr cfa pour vivre c'est-à-dire qu’il faudra recourir aux tontines et autres pour vivre !

La paix sociale

Sous d’autres cieux, il est souvent dit qu’on ne revient pas sur les acquis sociaux et la subvention aux produits pétroliers dans notre pays est un acquis social sur lequel il est difficile de revenir sans compensassions. Voilà pourquoi la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures a été créée. Par son intervention elle permet d’une part à l’Etat de tenir ses engagements vis-à-vis de ses populations et d’autre part dans son rôle de stabilisateur, de contenir les effets négatifs de la hausse des cours internationaux sur les prix à la consommation.

Peut-on valablement aujourd’hui mettre donc un terme aux subventions et permettre à la CSPH de continuer à fonctionner ? Va-t-on faire disparaître cette structure comme on l’a fait avec l’ONCPB sans expliquer aux peuples du Cameroun où sont passés les avoirs ? Aucune enquête ne semble avoir été menée ainsi que veut-nous faire croire Badjang ba Nken dans son article du jeudi 19 juillet 2012 et dans lequel il convoque une étude de l’Institut National de la Statistique ! Une enquête sans date ? Sans objectif ? A qui veut-on le faire croire ? L’Etat ne devrait pas prendre un tel risque même en consultant le prof. Roger Tsafack Nanfosso et les éditorialistes des médias d’Etat. Le Messager semble poser la question juste : Le régime en place au Cameroun peut-il prendre un tel risque social et économique et éviter un nouveau 28 février 2008 ?

Dr Vincent-Sosthène FOUDA
Socio-politologue

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE