24/07/2012 03:38:10
Syrie. La guérilla médiatique s'intensifie
La franco syrienne qui s’exprime ici affirme qu’il n’y a pas à Damas ce vent de panique décrit à l’extérieur et que les informations diffusées par la presse internationale seraient abondamment falsifiées, ne reflétant pas la situation telle que perçue par les Syriens qui en leur majorité soutiennent Bachar el-Assad et sont opposés à un changement par la force.
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Damas, Syrie

La franco syrienne qui s’exprime ici affirme qu’il n’y a pas à Damas ce vent de panique décrit à l’extérieur et que les informations diffusées par la presse internationale seraient abondamment falsifiées, ne reflétant pas la situation telle que perçue par les Syriens qui en leur majorité soutiennent Bachar el-Assad et sont opposés à un changement par la force.

Silvia Cattori : Depuis mercredi les experts et des opposants syriens se succèdent sur les plateaux télévisés. Ils laissent entendre que le pouvoir vacille, que le rapport de force a basculé en faveur de la rébellion armée. Quelle est votre perception ?
 
Ces jours-ci il y a eu, il est vrai, énormément d’affrontements entre les forces armées et les rebelles autour de Damas mais pas dans mon quartier. Hier quand je suis sortie je n’ai rien vu de spécial. Sauf qu’il y avait moins de gens dans les rues et moins de voitures que d’habitude. Cette nuit j’ai entendu des explosions. Je viens d’entendre trois fortes explosions. Je vois de la fumée dans le sud de Damas. C’est à Midane, au sud de la ville, que l’armée régulière affronte les rebelles depuis deux jours. Elle a été appelée par les habitants qui disaient avoir été infiltrés par des hommes en possession d’énormes quantités d’armes, étrangers à leur quartier. Je viens d’apprendre que l’armée a repris le contrôle de Midane.

Il y a également eu des affrontements du côté de Yarmouk. Les gens ont découvert qu’il y avait dans leur quartier des rebelles qui portaient l’uniforme de l’armée régulière. L’armée est tout de suite arrivée sur place et a vite maitrisé la situation. Elle a trouvé des grandes quantités d’armes et d’explosifs. Des rebelles ont été arrêtés. Parmi eux il y avait de nombreux étrangers ; des Tchétchènes, des Afghans, des Libyens…

S.C. : S’agit-il pour vous d’un mauvais moment à passer et non pas d’un tournant  ?

Je crois qu’une grande partie de la population de Damas considère en effet que c’est un moment difficile à traverser avant de retrouver la paix.

S.C. : On vient d’apprendre ici que les rebelles viennent de s’emparer de plusieurs postes de frontière, prenant ainsi le contrôle des frontières avec l’Irak et la Syrie. Cela ne vous inquiète pas ?

Je crois qu’il y a une véritable offensive médiatique, une vaste manipulation pour faire croire que la Syrie est en train de perdre pied, et que les rebelles sont aux portes du pouvoir. Cela s’inscrit dans une campagne de mensonges planifiée. Ce que notre gouvernement avait annoncé au sujet de cette offensive de désinformation médiatique s’est produit. Hier la télévision Al Dounia a disparu de nos écrans. Nous avons tout de suite compris que les satellites avaient déconnecté nos chaines syriennes. Les responsables de l’information nous ont donné les nouvelles fréquences de trois télévisions syriennes qui sont également menacées de disparaitre et sur lesquelles elles vont émettre. L’objectif de cette offensive médiatique est de diffuser des fausses informations, de désorienter les gens en présentant une réalité manipulée, et leur faire croire que le pouvoir est affaibli, en train de s’écrouler.

S.C. : Il n’y a donc pas une ambiance de fin de règne à Damas ?

Cette atmosphère de fin de règne présentée par la presse internationale est totalement fausse. J’ai le sentiment que notre gouvernement est très solide. Il n’y pas du tout ce vent de panique qui est décrit à l’extérieur. Tout fonctionne bien ici. On entend des explosions et des accrochages mais cela ne nous inquiète pas outre mesure. Nous sommes confiants. Nous savons que l’armée a les moyens de garder la situation sous contrôle. Nous savons que jusqu’ici seule une petite partie de l’armée est intervenue ; qu’elle est prête à repousser les agressions. On le perçoit nettement. Les gens sont très choqués et attristés par l’attentat qui a tué trois dirigeants de l’armée. Ils sont de plus en plus nombreux à soutenir le gouvernement et l’armée. Je ne dis pas que cette guérilla urbaine pratiquée par des rebelles, lourdement armés et encadrés par des forces étrangères, n’est pas inquiétante. Mais je pense que l’armée syrienne a la capacité de la contenir.

S.C. : Les télévisions montrent depuis mercredi des hommes en liesse. Nous venons d’entendre sur radio France culture un Syrien vivant à Paris dire que dans toutes les villes l’arrivée de l’ASL est accueillie chaleureusement par la population. N’êtes-vous pas dans une sorte de déni de la réalité ?

Ce sont des images diffusées par l’opposition, des mises en scène. Personne ne leur fait la fête. Je crois que la majorité des Syriens sont horrifiés par leurs actions violentes et qu’ils les haïssent de plus en plus.

S.C. : Un homme, quittant le quartier de Midane et à qui la journaliste Valérie Crova a demandé « Damas va tomber ? »a répondu « Damas est déjà tombée ». C’est une autre vision !

ll y a des gens en Syrie qui suivent les informations uniquement sur Aljazeera ; ils croient tout ce que cette chaine qui soutien la rébellion dit : donc ils croient que Damas est déjà tombée. De mon point de vue, ce n’est pas du tout le cas. Je vous parle de ce que je perçois depuis le quartier de Mezze où j’habite. Il n’y a rien qui ressemble à ce qui est décrit à l’extérieur ; tout est très calme.

Propos recueillis le 20 juillet 2012 à 9.00

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