25/07/2012 00:50:17
Affaire Marafa. Une foule en liesse réclame sa libération
Deux fois plus nombreuse qu’à la première audience, elle a scandé des « libérez le président » hier mardi 24 juillet. L’audition renvoyée à demain jeudi 26 juillet 2012.
Le Messager
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Marafa vers le tribunal le 24 Juillet 2012

Deux fois plus nombreuse qu’à la première audience, elle a scandé des « libérez le président » hier mardi 24 juillet. L’audition renvoyée à demain jeudi 26 juillet 2012.

«Bonjour Madame c’est pour ? Je vais assister au procès de Marafa. Ce n’est plus possible. La salle est pleine. Regardez vous-même, on ne veut pas que les gens aillent se mettre debout. Regardez de l’autre côté de la route. S’il fallait laisser tout ce monde entrer où est-ce qu’il allait se mettre ? » Extrait d’une discussion entre le reporter et un agent de police hier mardi 24 juillet 2012. C’est ce jour que se tient la deuxième audience du procès Ministère public, Etat du Cameroun contre Marafa Hamidou Yaya, Yves Michel Fotso et compagnie. Poursuivis en coaction de détournement de deniers publics dans le cadre de l’achat d’un avion présidentiel  «aéronef BBJ II » à la société Boeing. Le montant évalué à 29 millions de dollars a été débloqué par la Société nationale des hydrocarbures (Snh). Faits qui se sont déroulés entre 2001 et 2004.

Il faut montrer patte blanche pour avoir accès à l’esplanade de la Cour d’appel où se tient le procès. La vue de cette foule quêtant l’arrivée de son « prési » rendrait assurément jaloux un Paul Biya en route pour le sommet de la Cemac à Brazzaville au Congo. Ils sont des centaines à s’être massés le long de la rue. Comme si les reportages dans les médias ne leur suffisent plus. Les mamans ont sous le bras leurs enfants. Sous les ovations, une malade mentale exécute le pas cérémonial des hommes en tenue pendant les parades. Personne ne semble sentir la canicule. Le temps passe. « Si on veut nous décourager, ils ont menti. Même si c’est à 20 heures, je serais là pour le voir», lance un curieux. L’approbation de la tête de ces voisins fait penser qu’il a« dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ». « Libérez prési ; libérez notre président… »,  scande une foule en liesse.

Il est environ 13h45. Les curieux ont été déjoués. Marafa, n’est pas arrivé par la voie principale comme lors de la dernière audience. Ses geôliers déjouant l’attention l’ont fait emprunter l’entrée de la Cour suprême pour accéder à la salle d’audience de la Cour d’appel. Cette ruse rondement menée n’a pas pour autant pu émousser l’ardeur des « fans » de Marafa. Même tenue à distance, elle a manifesté son soutien au « Prési ». Moins d’une heure après l’entrée des juges, le procès est de nouveau renvoyé. C’est un Marafa apparent très détendu qui est reconduit par la même voie qu’à l’arrivée. Seulement cette fois, la foule présente dans l’enceinte du palais de justice qui sait déjà qu’il va passer par là le précède. Cette fois, l’homme que suit de près Yves Michel Fotso, n’hésite pas à saluer « son public » d’un geste de la main. Avant de s’élancer au pas de course dans les escaliers.

Non coupable

C’est l’option choisie par les trois accusés présents au tribunal. Marafa Hamidou Yaya, Yves Michel Fotso et Julienne Nkounda, employée à la Cbc à l’époque des faits, doivent répondre des crimes réprimés par les articles 74, 96, 97 et 184 du Code de procédure pénale. Et d’après Me Simplice Voufo, le premier article parle de l’intention délictuelle, c’est dire que « l’auteur en prenant cet argent savait qu’il détournait » ; les deux seconds de complicité et coaction. Tandis que l’article 184 puni le détournement des deniers publics. Ces accusés risquent l’emprisonnement à vie. Au regard des montants réclamés.

Les avocats de la défense ont sollicité un renvoi pour mieux prendre connaissance du dossier. On se souvient que lors de la dernière audience, l’affaire a été renvoyée « parce qu’il [le tribunal, Ndlr] pensait qu’il allait pouvoir rentrer dans les débats. On devait juger », renseigne Me Alice Nkom. Laquelle avocate s’est constituée pour défendre la cause de Julienne Nkounda. Les avocats avaient demandé un délai de 15 jours «pour pouvoir accéder au dossier de l’information judiciaire et l’étudier parce que ce n’est pas un roman pour pouvoir préparer la défense de leurs clients. Cette formalité devait être faite déjà au niveau du juge d’instruction ». L’avocate explique « qu’il y a une disposition du Code de procédure pénale qui prévoit en son article 165 qu’au fur et à mesure que le juge d’instruction instruit, les parties doivent obtenir communication de tous les actes de procédure. De sorte que quand il a fini, s’il l’avait fait, tout le monde aurait son dossier complet au moment où on doit passer en jugement devant le tribunal où il les a renvoyés ».

Seulement, les avocats de la défense soutient Me Alice Nkom se sont rendus compte que les huit (8) jours à eux accordé par le tribunal pour étudier le dossier ont en fait été réduit à quatre (4) jours. « Parce que le dossier n’était pas toujours prêt. Et il y a trois ou quatre jours que les avocats ont eu accès à ce dossier. Vous avez vu la hauteur de ce gratte-ciel ?», interroge ce conseil de la défense. Le dossier pèse 26kg selon Me Kofele Kale.

Or poursuit Me Nkom, « il n’y a qu’un seul dossier et tous les avocats ne peuvent pas avoir accès à ce dossier au même moment. Il faut attendre qu’on ait terminé de faire les photocopies pour le passer à l’autre. Et vous avez vu le nombre d’avocats qu’il y a ». Les avocats de la défense qui pour toutes ces raisons ont dit qu’ils n’étaient pas prêts « car ils n’avaient pas fini d’étudier et d’aller discuter avec leurs clients pour une défense à la hauteur des intérêts en présence », ont de nouveau sollicité un renvoi. Parce que justifie Me Alice Nkom, « les Camerounais ne comprendront pas que pour un dossier aussi important on ne puisse pas assurer une défense à la hauteur des attentes même des Camerounais. Parce que c’est en notre nom que les décisions sont rendues. C’est au nom du peuple camerounais mais aussi que tout le monde entier attend les résultats de ce procès qui peut aboutir à l’emprisonnement à vie de ces personnalités ou à leur acquittement».

Pour elle, la défense se situe au niveau de la possibilité d’obtenir leur acquittement aussi, « il faut donc préparer très sérieusement la défense de ces messieurs ». L’accusation qui ne souhaite pas un autre renvoi a pour sa part soutenu que la défense est mal organisée, incompétente et fuit les débats au fond. Deux de ses 14 témoins dont l’ancien ministre des Finances et du budget, Michel Meva'a  Meboutou, sont d’ailleurs présents. Le juge Gilbert Schlick tranche. L’audience est renvoyée à demain jeudi 26 juillet 2012. La défense se résigne : « Ce n’est pas grand-chose, mais on va pouvoir faire avec ».

Nadège Christelle BOWA

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