27/07/2012 04:12:05
La confiance populaire envers le nouveau président français est déjà en train de tomber
Dans une étude publiée mi-juillet dans le magazine Nouvel Observateur, l’institut de sondage LH2 a trouvé que 50 pour cent de la population française ne croyaient pas que leur nouveau président, François Hollande, tiendra les promesses présentées en mai lors de la campagne électorale du Parti socialiste.
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François Hollande
Dans une étude publiée mi-juillet dans le magazine Nouvel Observateur, l’institut de sondage LH2 a trouvé que 50 pour cent de la population française ne croyaient pas que leur nouveau président, François Hollande, tiendra les promesses présentées en mai lors de la campagne électorale du Parti socialiste.

Quarante pour cent estiment que Hollande respectera ses promesses et 4 pour cent ne se sont pas prononcés. Seuls 37 pour cent ont pensé qu’il tiendra son engagement de faire baisser le chômage. La défiance exprimée dans le sondage LH2 a été totalement confirmée par le rôle joué par le gouvernement du Parti socialiste (PS) de Hollande pour aider le plus grand constructeur automobile de France, PSA Peugeot, à éliminer 8.000 emplois et à fermer l’usine d’Aulnay dans le département de Seine-St Denis.

Alors que Hollande et son gouvernement feignaient le 15 juillet l’indignation et l’horreur face à l’intention de PSA de supprimer 10 pour cent de ses effectifs en France, les ministres se consacraient déjà au point suivant de l’ordre du jour. Le ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social, Michel Sapin, souhaitait simplement connaître quelles étaient les « propositions » offertes « en matière de reclassement. »

Le manque de confiance populaire dans le gouvernement PS de Hollande après deux mois seulement est clairement lié à l’abstention record de 44 pour cent lors des élections présidentielles. Toutefois, cette dose de scepticisme sain à l’égard de Hollande et de sa politique contraste avec l’attitude adoptée par les tendances pseudo-gauches en France qui avaient soutenu Hollande aux élections et qui continuent d’affirmer que le Parti socialiste fait partie de la « gauche » en ne constituant qu’un « moindre mal. » Dans la pratique, ceci fournit une couverture au PS pour rendre le capitalisme français plus compétitif aux dépens de la classe ouvrière.

À grand renfort de fanfare, Hollande avait récemment annoncé l’augmentation du Smic mensuel (salaire minimum) qui s’élève actuellement à 1.096 euros net (1.346 dollars US), une augmentation d’un minable 2 pour cent du salaire (l’équivalent de 21,50 euros [26,40 dollars US] par mois !) En réalité, il y a déjà eu une revalorisation automatique de 1,4 pour cent en raison de l’inflation et qui sera déclenchée le mois prochain, donc Hollande n’a rien fait pour les 10 pour cent des travailleurs tributaires du Smic. Son gouvernement projette aussi de supprimer dans tous les ministères 5.000 postes de fonctionnaires chaque année, à l’exception de l’éducation et de la police.

Hollande a clairement fait comprendre que les employeurs seront exonérés du coût de la sécurité sociale du fait de la création de l’impôt de la Contribution sociale généralisée (CSG) qui sera extraite des travailleurs. Des dizaines de milliards d’euros sortiront des poches des travailleurs pour financer le programme social dans un pays où les contributions des travailleurs à la sécurité sociale représentent déjà 22,6 pour cent du PIB, contre une moyenne européenne de 17,5 pour cent. Cette mesure est destinée à rendre l’industrie « plus compétitive. » Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a affirmé, « Nous ne pouvons pas continuellement avoir des charges sociales qui pèsent sur le travail [coût]. La CSG est une piste parmi d’autres. »

En réagissant à l’attaque de PSA contre l’emploi, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a simplement demandé « le maintien d’une activité industrielle sur tous les sites français », une acceptation de fait du plan de PSA. A titre de simple consommation publique, le ministre du Redressement productif (ministre de l’Industrie), Arnaud Montebourg, a critiqué la direction PSA pour avoir versé en 2011 78 millions d’euros de dividendes à la famille Peugeot. Il a fixé une réunion avec Thierry Peugeot qui aura lieu le 26 juillet où « Je veux savoir ce qu’il [Peugeot] veut faire. »

Avant même que Montebourg n’ait reçu une réponse, ils avaient déjà, lui et son gouvernement, annoncé leur intention d’assister massivement PSA et l’industrie automobile française en général dans la construction de véhicules hybrides et électriques destinés à l’exportation en en subventionnant leur achat en France. PSA avait déjà reçu en 2009 un prêt de 3 milliards d’euros du gouvernement du président Nicolas Sarkozy.

Un plan facilitant la suppression d’emploi et la « compétitivité » de l’industrie automobile sera dévoilé lors du conseil ministériel du 25 juillet. Selon Le Figaro, Hollande a suggéré d’inciter la population à « acheter plus de véhicules ‘made in France’, » en plus de l’octroi de crédit aux acheteurs et d’un soutien plus grand de la recherche et de l’innovation.

Des appels à « acheter français » seront une musique douce aux oreilles des syndicats (qui la semaine passée ont collaboré à la « Conférence sociale » avec les employeurs et le gouvernement pour réduire les coûts de la main-d’œuvre) qui cherchent à canaliser l’opposition des travailleurs contre les licenciements de masse dans le nationalisme français, c’est-à-dire l’unité avec le patronat pour imposer les pertes d’emplois aux travailleurs étrangers.

Les syndicats peuvent compter sur le soutien des partis anciennement de gauche, tels le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (LO) pour fournir des prétextes et une couverture au gouvernement du Parti socialiste. Ces groupes se plaignent inutilement du « néolibéralisme » en préconisant une intervention du gouvernement et un retour à une politique nationale de protection sociale qui a été rendue impossible par l’intégration économique mondiale. Ce que l’« extrême gauche » veut réellement, c’est adoucir les coups assénés à la classe ouvrière ou leur rythme, et donc la préservation de la paix sociale.

De manière étonnante, l’éditorial du 20 juillet de Lutte ouvrière affirme, en faisant référence à la réunion entre Montebourg et Thierry Peugeot, « On ignore quelles seront les exigences du gouvernement à son égard [Thierry Peugeot]. L’occasion aurait été pourtant belle de montrer aux travailleurs et à l’opinion tout entière dans quel camp il [le gouvernement] se situait. » Comme si la question se posait !

Dans le même ordre d’idée, la dirigeante de LO, Nathalie Arthaud affirme que le gouvernement est « passif » face aux événements de PSA, comme si le Parti socialiste n’avait pas été pendant des décennies l’un des instruments de gouvernement adopté par le capitalisme français.

Le 19 juillet, lors de son passage sur la chaîne de télévision France 2, Olivier Besancenot du NPA a également lancé un appel au gouvernement Hollande pour sauver PSA : « L’État a les moyens d’empêcher concrètement la fermeture du site (d’Aulnay) parce qu’il y a des centaines de millions, peut-être des milliards d’aides publiques qui ont été donnés à PSA. »

Au fur et à mesure que l’opposition des travailleurs croît à l’encontre de la politique droitière du gouvernement PS, les syndicats (tout comme en Grèce et dans l’UE en général) fonctionneront comme les gendarmes de l’austérité, et le NPA et LO (comme SYRIZA en Grèce) chercheront à étouffer tout mouvement indépendant des syndicats et qui menacerait le gouvernement du Parti socialiste.

Pierre Mabut

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