27/07/2012 04:22:36
Retrait des fonds. Des militaires séquestrent le chef d'agence d'une microfinance à Douala
Ambiance de guerre à l’agence First investment for financial assistance (Fiffa) d’Akwa non loin du consulat de Russie hier jeudi 26 juillet 2012. Ils ont exigé le paiement complet  des découverts et de leurs épargnes. Sinon...
Le Messager
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Ambiance de guerre à l’agence First investment for financial assistance (Fiffa) d’Akwa non loin du consulat de Russie hier jeudi 26 juillet 2012. Une marée noire a investi les locaux de cet établissement de microfinance. Il s’agit des militaires, policiers et gardiens de prison. A l’intérieur, le chef d’agence et tout son personnel. Tout à côté, un communiqué est affiché sur le mur.

On peut y lire : «Pour des raisons de connexion au réseau Internet, l’agence fermera ses portes ce jeudi 26 juillet 2012 à 12 heures ». « Ils ne pourront sortir que lorsqu’ils nous auront donné notre argent. Lorsque nous sommes arrivés ce matin, ils nous ont dit qu’il n’avait pas l’argent dans les caisses. Il a fallu que nous haussions le ton pour qu’il consente à vouloir nous accorder des découverts. Ils passeront tout le temps que cela prendra s’ils ne nous donnent par la Saint Sylvestre», fulmine un militaire en tenue. A sa suite, un gardien de prison visiblement en colère sort de ses gongs. «Nous voulons notre argent. Si vous êtes déjà au bord de la faillite, donnez-nous notre argent. Trop c’est trop. Cessez de vous moquer des Camerounais. Nous ne voulons plus prendre des découverts. Il est temps que cela cesse», tonne-t-il.

Et de poursuivre : «selon un contrat qui me lie à cette microfinance, tous les mois, et ce depuis le mois de décembre 2011, 15% de mon salaire étaient retenus à la caisse. Lorsque je fais les calculs, il se trouve que j’ai au moins 15.000 Fcfa dans mon compte. A présent que les inscriptions ont commencé dans certains établissements, j’ai besoin de cet argent pour payer la scolarité de mon fils qui est en classe de 3è cette année ».

Dans cette marée noire, il y a également des civils. Parmi eux des commerçants en colère. «Cela fait des semaines que je réclame mon épargne pour relancer mon activité. Tout le temps c’est la même chanson. Je suis fatigué d’aller et de venir tous les jours», déclare les yeux presque larmoyants, Alain D. commerçant au marché central de Douala. Présents sur les lieux très tôt hier matin, ils affirment avoir au moins un million Fcfa dans les caisses de la société. L’un d’entre eux, Daniel T. donne le principal motif de leur présence : «on manifeste pour que les pouvoirs publics réagissent, qu’ils puissent prendre notre affaire en main ».

Des bouts de papier en main, les manifestants dénoncent le mutisme auquel ils font face depuis le début de l’affaire. Ils décrivent également leurs conditions de vie devenues déplorables, car sans moyens, « On a assez souffert. On est obligé de mendier… Dans les foyers, ça ne va pas, les enfants ne vont plus à l’école… ». Il a fallu l’intervention énergétique du colonel Lucien Dzou de la base aérienne pour que la sérénité soit observée malgré les autres grincements de dents observés. «Je demande que toutes mes épargnes me soient reversées. Je ne veux plus être client de cette coopérative car ça sent du roussi. C’est toujours comme cela que ça a commencé dans les autres coopératives. Il y  a des signes qui ne trompent pas», dit un militaire.

Blaise-Pascal Dassié 

Focal. Malaise dans la maison

Habitués à un traitement de faveur de la part de cet établissement de microfinance, ces hommes en tenue sont surpris par cette nouvelle donne des responsables de la Fiffa qui veulent revoir leur partenariat avec les bidasses, les flics et les geôliers. «Nous avons eu des problèmes au mois de mai, au mois de juin et maintenant au mois de juillet. C’est sûr qu’il y a un problème en interne dans la maison et je ne serai pas surpris que cette coopérative ferme du jour au lendemain. Je ne suis plus sûr de rien», dit Manga Talla, un client de la coopérative. D’après ce dernier, cet établissement connait des problèmes de fonctionnalité. «Il y a toujours une foule devant les guichets. J’ai fait des heures pour pouvoir rentrer en possession de mon argent envoyé par mon frère. Je pense bien qu’il y a un problème de liquidités qui se pose».

A contrario, certains employés parlent d’un traitement de faveur longtemps accordé aux bidasses qui usent et en abusent. «Les militaires se croient tout permis même dans un pays de droit comme le Cameroun. Ils fonctionnent à crédit tous les mois. Ils prennent des avances sur salaires tous les mois. Au moment où la banque veut les mettre au pas, ils s’agitent. C’est une situation créée par la Fiffa qui doit trouver des solutions à ce problème. Au nom de quoi les militaires peuvent avoir des découverts totaux (il y a certains qui bénéficient de plus de la moitié de leur solde, ndlr), et quand ils reviennent à la fin du mois, ils demandent un peu plus». Dans l’impossibilité de rencontrer la chef d’agence, une guichetière parle. «La banque se porte bien. Il n’y a pas de problème de liquidité. Il est anormal qu’on accorde des faveurs à certains et pas à d’autres. Il n’y a aucun client supérieur à un autre. Tout va rentrer dans l’ordre progressivement».
E.K.

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