27/07/2012 04:52:00
La probabilité de la sortie de la Grèce de la zone euro représente 90%
La probabilité de la sortie de la Grèce de la zone euro dans les 12-18 prochains mois a augmenté de 50% à 90%, a annoncé ce jeudi la banque américaine Citi, notant qu'Athènes va probablement quitter l'organisation dans deux ou trois prochains trimestres.
ruvr / wsws
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Grèce euro

La probabilité de la sortie de la Grèce de la zone euro dans les 12-18 prochains mois a augmenté de 50% à 90%, a annoncé ce jeudi la banque américaine Citi, notant qu'Athènes va probablement quitter l'organisation dans deux ou trois prochains trimestres.

« Nous restons pessimistes à propos de la crise européenne », écrivent les économistes de Citi. « Au cours des prochaines années, la fin du jeu pour la zone euro sera sans doute la combinaison de départ de la Grèce et la restructuration de la dette souveraine et bancaire importante (celle du Portugal, de l'Irlande, et puis celle de l'Italie, de l'Espagne et de Chypre), avec le partage de la responsabilité budgétaire limité ».

Les représentants de l’UE discutent de la sortie de la Grèce de la zone euro

Une sortie de la Grèce la zone euro est de plus en plus probable. Ces derniers jours, des représentants de la « troïka » – le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) – ont indiqué qu’ils souhaitaient contraindre la Grèce à faire faillite si elle n’imposait pas davantage de mesures d’austérité.

Hier, des représentants de la troïka se sont de nouveau rendus en Grèce pour examiner l’évolution des mesures d’austérité. Selon des articles de presse, l’opposition populaire incessante et particulièrement la suspension des mesures d’austérité durant la campagne électorale, ont entraîné un retard dans l’application des coupes sociales exigées par les créanciers de la Grèce.

Le nouveau gouvernement grec a demandé à ce que la période d’application des mesures d’austérité imposées à la Grèce soit prorogée de deux ans et que ces mesures soient mises en oeuvre progressivement, car ne voyant pas la possibilité comme prévue d’appliquer les coupes à l’encontre de la population. Selon le magazine d’information Der Spiegel, un tel report nécessiterait entre 10 et 50 milliards d’euros de plus pour financer le fardeau de la dette grecque.

Les mesures d’austérité qui ont déjà été appliquées ont engendré une pauvreté de masse, le chômage et des réductions des salaires, en occasionnant une profonde récession. Cette année, l’économie grecque devrait se contracter de 7 pour cent, plus que les 4,5 pour cent initialement prévus.

Compte tenu de la rapidité de l’effondrement de l’économie grecque, le volume de sa dette par rapport à son économie est en fait en train de s’accroître alors même que la Grèce rembourse sa dette. Le ministre grec des Finances estime que le fait de vouloir atteindre les objectifs de réduction de la dette nécessitera donc des coupes supplémentaires de 14,5 milliards d’euros au lieu des 11,5 milliards d’euros prévus initialement.

Néanmoins, les représentants de la troïka ont refusé de même envisager une réduction des mesures d’austérité. Au lieu de cela, ils discutent à présent ouvertement de contraindre la Grèce à faire faillite en septembre lorsque la prochaine tranche de l’actuel plan d’aide de 12,5 milliards d’euros arrivera à échéance. Le gouvernement serait alors obligé de quitter la zone euro et de réintroduire la drachme comme monnaie grecque en imprimant de l’argent pour financer ses dettes.

Vendredi dernier, la BCE a annoncé ne plus vouloir accepter, jusqu’à la publication du rapport de la troïka, les obligations grecques en garanties de prêts. Vu que ceci ne doit se produire qu’en septembre, les banques grecques seront confrontées à de graves difficultés financières. Pour du financement, elles devront s’adresser à la banque centrale grecque.

Lundi, le porte-parole de la Commission européenne a clairement fait comprendre que pas un cent de crédit ne sera versé avant que le rapport complet de la troïka soit disponible. C’est la raison pour laquelle Athènes avait cherché à obtenir un prêt d’urgence en août des pays de l’UE afin d’éviter une faillite. Selon Der Spiegel, des responsables de haut rang du FMI ont dit qu’il n’y aura plus de paiements pour la Grèce.

Le gouvernement allemand – le deuxième plus important créancier de la troïka après le FMI – discute de plus en plus ouvertement de l’expulsion de la Grèce de la zone euro.

Le ministre allemand de l’Économie, et président du Parti libéral démocrate (FDP), Philip Rösler, a dit lors d’un entretien accordé à la chaîne allemande ARD qu’il était « plus que sceptique » sur la capacité de la Grèce à tenir ses engagements à l’égard des créanciers.

« Si la Grèce ne respecte pas ses obligations, il n’y aura aucune nouvelle aide », a dit le dirigeant du FDP. « Le pays serait alors en faillite. Ceci suscitera probablement une discussion dans le pays même. Les Grecs en viendraient alors eux-mêmes à se dire qu’il est peut-être plus intelligent de quitter la zone euro. »

Tel semblerait être le scénario préconisé par le ministre. « Je pense que pour de nombreux experts, le FDP et pour moi-même, une sortie de la Grèce de la zone euro a perdu de son horreur il y a longtemps », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’Union chrétienne-démocrate (CSU), Alexander Dobrindt, a même élaboré des projets pour mettre en vigueur la sortie de la Grèce de l’euro. Il a suggéré au journal Welt am Sonntag que la drachme pourrait être réintroduite progressivement. « Le gouvernement grec devrait commencer dès maintenant à verser la moitié des salaires et des retraites de ses fonctionnaires et des autres dépenses en drachmes », a-t-il dit.

Selon le Süddeutsche Zeitung, les milieux gouvernementaux considèrent à présent qu’il est « inconcevable qu’Angela Merkel se présente une nouvelle fois devant le parlement pour obtenir l’approbation d’un troisième plan d’aide pour la Grèce ». Une opposition s’était déjà développée au sein de la coalition dirigeante en Allemagne lors des votes des deux précédents plans d’aide pour la Grèce.

Dans un entretien avec le quotidien Bild Zeitung, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a affiché son intransigeance à l’égard d’Athènes : « Si la Grèce a accusé des retards, elle doit les combler. À la publication du rapport de la troïka, le groupe euro y réfléchira. »

Ces prises de position suscitent des controverses au sein de la bourgeoisie allemande. Le fait que celles-ci sont à présent formulées aussi ouvertement vise tout d’abord à exercer une certaine pression sur le gouvernement grec. La coalition entre le parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND), le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique (DIMAR) – qui tous ensembles n’avaient même pas remporté 50 pour cent des scrutins lors des élections générales – a pour tâche d’imposer les nouvelles mesures d’austérité en dépit d’une opposition populaire générale.

Des discussions au sujet de l’exclusion de la Grèce de la zone euro ne sont pas que de vaines menaces. Du fait des mesures d’austérité du gouvernement et des renflouements de la troïka, les trois quarts des coûts de la défaillance de l’État grec sont supportés par le trésor public. Les banques privées ont depuis longtemps échangé les obligations gouvernementales grecques contre de nouvelles devises. À cet effet, l’argent a été, d’un côté, soutiré des travailleurs grecs, et de l’autre, fourni par les autres pays de l’euro.

Ce rejet de la dette grecque sur les autorités publiques signifie que l’impact direct de la faillite souveraine grecque pèsera en premier lieu sur les finances publiques de la zone euro et des États qui contribuent au FMI. Pour cette raison, la volonté d’expulser la Grèce de l’euro est en train de croître au sein de l’élite financière.

De cette façon, un exemple sera fait pour les autres pays tributaires de la troïka. En particulier en Espagne, l’opposition de la classe ouvrière a récemment donné lieu à de massives protestations. L’exclusion de la Grèce servirait à les menacer et à les intimider.

Dans ces conditions, un retour à la drachme aurait des conséquences catastrophiques pour la population. Une hyperinflation dévaluerait du jour au lendemain les salaires, les retraites et les prestations sociales et intensifierait la famine, la pauvreté et la misère de masse. La Grèce deviendrait un atelier de misère pour une main-d’oeuvre bon marché pour les groupes transnationaux.

Une alternative pour la classe ouvrière ne peut être défendue en restant à l’intérieur de la zone euro. Le prochain plan d’austérité ne ferait qu’aggraver la situation à laquelle les travailleurs font face en poussant avec certitude le pays à la faillite. Ce qui est requis c’est une mobilisation à l’échelle européenne des travailleurs sur la base d’un programme socialiste contre l’élite financière et ses institutions européennes.

Christoph Dreier

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