31/07/2012 02:15:06
Université de Douala. Les chantiers inachevés de Bruno Békolo Ebé
Même si ce temple du savoir affiche complet au niveau des établissements, l’ex-recteur n’a pas finalisé les grands travaux qu’il a engagés. Bilan mitigé pour travail insuffisant sur un campus balkanisé.
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Université de Douala

Même si ce temple du savoir affiche complet au niveau des établissements, l’ex-recteur n’a pas finalisé les grands travaux qu’il a engagés. Bilan mitigé pour travail insuffisant sur un campus balkanisé.

Après plusieurs années passées à la tête de l’Université de Douala, Pr Bruno Békolo Ebé s’est présenté comme un grand bâtisseur. S’il a réussi à mettre sur pied les onze établissements contenus dans la feuille de route de la réforme universitaire de janvier 1993, à acquérir de nouvelles terres et construit des infrastructures pour le confort intellectuel des étudiants dont il a la charge, tel n’a pas été le cas des combats contre le tripatouillage des notes des étudiants, le plan de carrière des personnels surtout des agents d’appui temporaires à vie, ses relations avec Aes-Sonel, les primes détournées aux jeux universitaires de Buea 2012, la restauration de la cité universitaire, le confort alimentaire des étudiants, le litige foncier à Mankoulang, et… les détournements de fonds publics.

Tout commence par la plainte adressée à la commission nationale anti corruption (Conac) avec ampliations à la Primature par un collectif d’étudiants de la faculté des sciences juridiques et politiques qui accuse les responsables académiques d’avoir compromis leur avenir. «J’ai validé toutes mes unités de valeur de niveau III malheureusement, j’ai été bloqué quand je voulais m’inscrire en master. Les responsables académiques prétendent que je n’ai pas validé trois unités de valeur de niveau I. Comment est-ce possible d’être admis en 3è année si les matières des deux précédentes années ne sont pas validées? Il faut qu’on nous explique ce qui se passe.», se demande l’un d’eux qui n’exclut pas l’idée d’un trafic de notes au niveau de la scolarité du décanat. A la banque de données de la faculté concernée, les agents parlent de tentative de manipulation. «La machine ne ment pas. S’ils avaient validé leurs Uv (unités de valeurs, Ndlr), ce serait visible ici. Nous avons à faire à de petits malins qui croient qu’ils peuvent abuser de nous. Ils ont seulement été rattrapés. Qu’ils valident leurs Uv et ils seront admis en master».

Concernant Aes-Sonel qui a sevré l’Université de Douala d’électricité, l’entreprise en charge de la production, du transport et de la distribution de l’énergie électrique demande la somme 85 millions Fcfa au titre de quittances impayées. C’est la raison pour laquelle certaines infrastructures sont privées d’électricité. Résultat d’une mauvaise gestion des deniers publics avec cerise sur le gâteau, des rapports houleux avec le contrôle supérieur de l’Etat qui rend le président de la société camerounaise des agrégés, responsable des fautes de gestion. Des fautes de gestion qui obligeront le recteur à priver la cité universitaire d’un restaurant de qualité. «Beaucoup d’étudiants sont retournés au quartier car les loyers dans les mini cités sont chers. C’est à cause de ce recteur qu’ils ont abandonné leurs études. On mange n’importe quoi ici. C’est de la ratatouille. Il est impossible d’inviter une copine à manger au restaurant comme en 1993», dit Etienne Ndongsi, un ex-étudiant de l’école supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec).

Pour ce qui est du personnel d’appui, c’est le clair obscur. «Les vigiles et appariteurs des autres  Universités d’Etat gagnent plus que nous et sont respectés. Nous sommes des temporaires depuis une dizaine d’années. Ce qui est hors la loi. Faute de mieux, nous supportons. Maintenant qu’il est parti, on espère que le nouveau patron aura pitié de nous», dit un appariteur qui dit toucher moins de 60.000 Fcfa. Dans une correspondance sous la référence: 503/Deq/Ma/0712 adressée au délégué général  à la Sûreté nationale en date du 16 juillet 2012,  Shanda Tonme, président de la commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi),déclare : «le personnel d’appui de cette institution universitaire est composé à plus de 60% des membres de la famille directe du recteur limogé, lequel avait ainsi transformé scandaleusement l’établissement en véritable boutique/trésor familial».

Ressources humaines et financières dilapidées

Au sujet du traitement des personnels d’appui, le traitement accordé aux vigiles et appariteurs, a été la pomme de discorde entre l’ex-président du conseil d’administration et le recteur. Alors que Pr Augustin Kontchou Kouomegni demandait une revalorisation des conditions de vie et de travail de ces personnels, Pr Bruno Békolo Ebé pensait le contraire. «Le recteur a fait un rapport à Yaoundé pour dire que le Pca voulait que seuls les Bamilékés soient vigiles. Ce qui est faux car c’est lui qui a mis tous ses frères partout», dit un agent en service aux écoles doctorales à Akwa.

Pour ce qui est de la pédagogie pratique, plusieurs départements souffrent d’une carence en enseignants. Les doyens et directeurs sont par conséquent contraints à faire recours à l’expertise d’autres professionnels au gré de leurs caprices. Ce qui a des répercussions sur la couverture à temps des programmes académiques. «Paris n’a pas été construit en un seul jour. Au lieu de voir ce qui ne va pas à l’Université de Douala, il faut plutôt voir ce qui a été fait. Dans toute structure, il y a des manquements car l’œuvre humaine ne saurait être parfaite. Le recteur Békolo a fait du bon travail. Il a seulement manqué du temps pour finir le travail d’Hercule qu’il a commencé», affirme un cadre des services financiers. Quant à l’acquisition de Mankoulang, le bout du tunnel n’est pas pour demain car malgré la compensation de 100.000.000 Fcfa donnée le 24 mai 2012 aux populations concernées. Car certains riverains estiment avoir doublement été roulés dans la farine par le chef dudit village et le recteur de l’Université de Douala.

Après avoir étouffé les détournements de fonds, il finira par l’admettre lors d’une session du conseil d’administration, quelques jours après l’incarcération de Luc Macaire Ebé. «Pour ce seul cas, il y avait un vaste réseau de détournements. Deux cadres de la direction des finances et l’ex-caissier principal étaient en possession de sept vrais faux chéquiers. Pour une seule opération de retrait de fonds, ils en faisaient deux. Ils retiraient l’argent un jour auparavant avec le faux chèque, et la même somme avec le vrai chèque. C’est ainsi qu’ils opéraient. Si certains ont disparu, l’un deux est encore en fonction à l’Université. Il y a tellement d’argent ici que voler devient une partie de plaisir surtout pour ceux qui prennent sans signer»

Docteur en sciences économiques (Paris I, 1982), agrégé de sciences économiques (1990). Assistant à l'Université de Yaoundé (1977-1980), professeur d'économie monétaire et de politique économique à l'Ecole supérieure de sciences économiques et commerciales de Douala, et à l'Enset, recteur de l'Université de Douala jusqu’en juin 2012, Pr Bruno Békolo Ebé fait désormais partie de l’histoire. Comme Pr Stanislas Mélonè, Pr Théophile Ngando Mpondo, Pr Noah Ngamveng, Pr Maurice Tchuenté.

Pr Dieudonné Oyono, expert en histoire des relations internationales, et par ailleurs coordonnateur du programme national de gouvernance a du pain sur la planche, et a l’obligation professionnelle d’achever les chantiers négligés et oubliés de son illustre prédécesseur.

Etame Kouoh


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