31/07/2012 02:37:10
Où étais-tu? Qu'as tu fait? Qu'a tu dit?
...Personne ne pourra prétendre que ce fut par contrainte ou par chantage alors que nous voyons tous que ce sont des actes posés consciemment par les uns et les autres; car, un jour viendra où il sera demandé également à chacun des bourreaux actifs et passifs du peuple ivoirien, par le Tribunal de l’Histoire
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L’Histoire de la France telle qu’elle nous est parvenue, est écrite dans un cahier dont une page est particulièrement controversée ces temps-ci. Elle a trait à la rafle qui a eu lieu le 17 juillet 1942 au Vélodrome d’Hiver de Paris : « le Vel d’Hiv ». Cette nuit-là, 8160 Français juifs y furent enfermés par la police française –donc par des Français qui agissaient sur d’autres Français- puis ils furent déportés par eux, dans des camps allemands pour y être exterminés.

Parce que ce n’est pas à nous d’écrire l’histoire des Français et de les juger, nous ne nous immiscerons pas dans leur polémique sur le rôle des uns et des autres pendant la période trouble de l’occupation allemande de leur pays; ce n’est pas à nous, en effet, de désigner qui fut baptisé du peu glorieux nom de collaborateur (collabo) des Allemands et pourquoi. Cependant, nous croyons que cette allusion à ce qui s’est passé chez ceux qui inspirent nos gouvernants au quotidien et qui ne se privent pas de nous les imposer, peut et doit guider les actes de ces dirigeants africains qui oublient bien trop souvent que la roue tourne ; et qu’elle veille elle-même à rétablir la vérité des faits.

Car l’Histoire aura beau être falsifiée par les tenants du pouvoir d’un jour, ce ne sera jamais que pour un temps ; elle arrivera toujours un jour à secouer la fange mensongère dont elle avait été revêtue, à se débarrasser de ces scories dont on l’avait couverte pour apparaître à tous dans sa réalité et sa nudité. Alors, les falsificateurs, tous les menteurs se trouveront rattrapés par leurs méfaits et interpellés quant à la responsabilité de chacun d’entre eux.

C’est cela l’un des intérêts de la polémique qui a eu cours en France à l’issue de la cérémonie commémorative de la « Rafle du Vel d’Hiv » en ce mois de juillet 2012. Une querelle née de l’interprétation des faits qui se sont déroulés soixante-dix ans auparavant ; c’est-à-dire en juillet de l’année 1942. Deux petites phrases de François Hollande, l’officiant du jour, ont suffi pour que la levée de boucliers soit immédiate.

Premièrement, l’élu des Français -qui sont apparemment les vrais décideurs de la politique des pays de l’Afrique francophone- assène sa conviction que «le crime (de la rafle des Juifs français et leur remise à la machine répressive, inhumaine des Nazis) fut commis en France et par la France».

Et, deuxièmement, pour ne pas laisser de place au doute, il appuie : « Pas un seul soldat allemand ne fut mobilisé (pour la chasse antisémite)». Ce qui revient à dire que ce sont seulement les Français qui ont livré les Juifs français à la persécution et à l’extermination par les Allemands, sans aucune implication directe, visible, officielle de leurs maîtres allemands de cette période-là.

Les arguments pour s’opposer à cette vision négative, dévalorisante et honteuse de l’histoire de la France ne manquent pas. L’on fait valoir ainsi que le régime de Vichy qui était aux commandes de la France de 1942 «ne fut en rien la France»; ce qui veut dire que le gouvernement de Vichy ne représentait pas la France quand il agissait; ce qui veut encore dire que les Français qui parlent maintenant de ces faits historiques-là ne se reconnaissent pas dans ce que une partie d’entre eux ont fait en juillet 1942.

Ils expliquent cela par le fait que le grand Général De Gaulle en personne avait dit, à la libération, que « le régime de Vichy était nul et non avenu ». Ils vont même plus loin en faisant valoir que le traité d’armistice, signé le 22 juin 1942, c’est-à-dire, un mois avant la rafle du Vélodrome d’Hiver de Paris, obligeait «le gouvernement de Vichy à inviter toutes les autorités et les services administratifs français du territoire occupé à se conformer aux règlementations des autorités militaires allemandes et à collaborer avec elles».

Pour les tenants de cette version donc, l’acte criminel des policiers français de cette époque-là, n’était rien d’autre qu’un acte de soumission aux Allemands; c’est-à-dire que tout le mal qui a été fait par les Français de ce temps-là à d’autres Français, l’a été parce qu’ils y étaient obligés par les Allemands qui occupaient leur pays; qu’ils ne l’ont pas fait du tout volontairement, en leur âme et conscience; ces Français fautifs de ce temps-là ne sont donc pas tous responsables  ni coupables de ce qu’ils ont fait à leurs compatriotes juifs français. Alors, les défenseurs de cette thèse rejettent la faute commise sur les seules autorités allemandes qui occupaient la France conquise par elles et les seuls collaborateurs français. Ce disant, ils dissocient les faits ignominieux de certains d’entre eux des faits que peut poser « La France Légitime, La France Libre, La Grande et Noble France des idéaux humanistes et des libertés».

C’est cela le problème qui va se poser à nos dirigeants d’aujourd’hui, qui croient que tout leur est permis sur cette terre d’Eburnie, parce qu’ils sont momentanément au pouvoir.  C’est ainsi qu’ils seront obligés de se débattre, de se contorsionner pour justifier leurs actes présents. C’est cela la situation qui les guette. C’est là que l’Histoire de notre pays qui s’écrit aujourd’hui dans le sang de ses fils les attend. Ils oublient ou ne veulent pas croire que chacun de leurs faits et gestes sera comptabilisé et consigné dans le Livre d’Histoire que tous nous avons le devoir d’écrire en respectant et en restituant le rôle de chacun de nous, la réalité des faits.

Tous ces hommes et ces femmes qui, parce qu’ils ont le pouvoir, croient qu’ils peuvent impunément disposer de la vie des autres; qui n’ont aucune honte à revendiquer comme normale la «Justice des Vainqueurs» qui consiste à détruire tous les opposants et alliés du régime renversé par eux en les emprisonnant pour des délits et crimes supposés commis par eux seuls dans une guerre qui a opposé les deux camps; cette espèce de justice boiteuse qui  refuse, ne serait-ce que de regarder du côté des gens au pouvoir parce qu’ils sont sortis vainqueurs de la guerre qui a ravagé la Côte-d’Ivoire; qui est inspirée ou faite par eux; qui leur octroie, de fait, le droit de vie et de mort sur tout et tous; tous ces hommes et femmes qui falsifient l’histoire de notre pays après avoir falsifier leurs propres histoires et leurs biographies; mais aussi, tous ces hommes et femmes qui s’allient à un pouvoir délibérément génocidaire, tribaliste, impitoyable avec ses opposants, vindicatif et exterminateur, répondront, un jour ou l’autre, de la cogestion d’un tel pouvoir!

Personne ne pourra prétendre que ce fut par contrainte ou par chantage alors que nous voyons tous que ce sont des actes posés consciemment par les uns et les autres; car, un jour viendra où il sera demandé également à chacun des bourreaux actifs et passifs du peuple ivoirien, par le Tribunal de l’Histoire:

* Pendant le génocide des Wè à l’ouest de ton pays, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit?

* Lorsque la répression la plus sanglante de l’histoire de la Côte-d’Ivoire s’abattait sur le peuple ivoirien, obligeant les uns à vivre en exil dans le dénuement total et livrant les autres –sans défense- à un exil intérieur avec la hantise quotidienne d’être pris, torturés, déportés ou assassinés, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit?

* Quand on pourchassait les Ivoiriens, on gelait leurs comptes et qu’ils mouraient dans leur exil faute de moyens pour se soigner, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit?

* Quand on organisait l’extermination des Ivoiriens pour leur arracher leurs terres et les donner aux étrangers comme tribut pour leur participation à la guerre fratricide ivoirienne, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit?

* Lorsqu’il s’est agi de prendre la très grave décision de détruire les cités universitaires et de fermer les Universités afin de priver d’enseignement la jeunesse de ton pays, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit ?

* Quand, aux Ivoiriens appauvris par plus d’une décennie de rébellion armée et de guerre menée par la France; quand, pour payer la scolarité de leurs enfants étudiants, on imposa aux Ivoiriens de payer, non plus les frais d’écolage à l’Université Nationale qui étaient de six mille francs (6000 francs), mais désormais cent mille francs (100 000 francs), au même titre que les ressortissants de l’UEMOA qui, eux, ont plus de moyens, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit, alors que tu savais que cette mesure visait –en fait- à privilégier et à récompenser les jeunesses des pays qui se sont rangés aux côtés des actuels tenants du pouvoir en ouvrant ainsi l’enseignement supérieur en majorité à l’étranger?

* Lorsque la gestion du pays a été confiée majoritairement aux seuls parents du chef, aux  ressortissants du Nord, aux alliés et autres apparentés du pouvoir, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit?  

* Quand tout cela se passait dans ton pays; lorsque toutes ces graves décisions se prenaient contre l’autre partie du peuple ivoirien, où étais-tu, qu’as-tu fait et qu’as-tu dit?

Car cela aussi sera consigné dans le Livre de notre Histoire commune!

Ce dimanche 29 juillet 2012
RATGO  Emilio (Espagne)

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