01/08/2012 02:03:37
Châteaux de sable virtuels
Viens petit. Pourquoi tu tournes en rond, entre moto, nids de poule, bouches d’incendie perdus et rues inondées ? Que cherches-tu, à contempler les marécages où des fantômes d’êtres qui ont perdu leur chemin se terrent dans la fugacité de la vie qui passe ? Viens, je vais te parler de  Douala, du vieux Douala, cette ville mienne qui était un joyau et qui aujourd’hui est une banlieue de Lagos, bientôt dotée de cimenteries polluantes...
Le Messager
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Wouri

Viens petit. Pourquoi tu tournes en rond, entre moto, nids de poule, bouches d’incendie perdus et rues inondées ? Que cherches-tu, à contempler les marécages où des fantômes d’êtres qui ont perdu leur chemin se terrent dans la fugacité de la vie qui passe ? Viens, je vais te parler de  Douala, du vieux Douala, cette ville mienne qui était un joyau et qui aujourd’hui est une banlieue de Lagos, bientôt dotée de cimenteries polluantes. 

 Allons-nous promener au pont du Wouri, cet ouvrage traversier qui n’est plus que l’ombre de lui-même.  Connais-tu Gérard Ndjoumbisié ? Il a magnifié ce vieux pont dans une chanson. « Si le ciel est triste et qu’il n’y a plus d’amour, ne perd pas courage, il faut aller à Douala. Sur le pont du Wouri ».  C’était il y a bien longtemps, vers la fin des années soixante. C’est ici, que j’ai connu ta mère. Nous nous promenions le soir, vêtus d’amour et de rires, sous les lampadaires jaunes. Le Mont Cameroun se dessinait au loin, comme l’hommage des dieux de la montagne à cette ville portuaire. A ce temps la, il n’y avait pas de jacinthes  d’eau, ce poison qui a bouffé l’oxygène du fleuve et fait fuir tous les poissons.

Douala, mon fils, c’est la seule ville au monde au bord d’un fleuve, où les enfants d’aujourd’hui ne peuvent plus construire des châteaux de sables sur la plage introuvable. Avant ta naissance, nous nous promenions ta mère et moi sur le banc de sable laissé par les eaux du ruisseau Ngondo, en marée basse. C’était non loin da la gare de Douala aujourd’hui disparue, qui se trouvait au prolongement du boulevard Leclerc. Je me souviens comme si c’était hier de la première fête populaire du Ngondo  organisé en 1948 au pied de l’église du centenaire. Il y avait, à la place, un débarcadère pour relier la rive gauche à la rive droite. 

Je me souviens comme si c’était hier, de cette zone de loisirs et plaisance, en contrebas du palais présidentiel, au lieu dit ‘parallèle 4’ aujourd’hui disparu. Une magnifique plage de sable fin, avec piscine et bateaux de plaisance. C’est ici que j’ai construit mon premier château de sable, pour l’offrir à ta mère, en prélude de notre union. Avec la modernisation du port dans les années 70, la plage et tous ses équipements de loisir ont été détruits.

Mais tout n’était pas perdu. Il y avait le lieu dit Youpwè (actuelle base navale), que l’aménagement de la zone portuaire emportera aussi. Le ngondo se retrouvera donc après bien de péripéties, à la base Elf, où les bancs publics sont construits à fleur de l’eau, pour recevoir le testament des amoureux. Aujourd’hui, petit, Douala est transformé en ville polluée comme Lagos d’où nous vient Dangote, le promoteur d’une cimenterie qui aura un impact négatif sur le plan environnemental. 

Pourtant, au temps de Siegfried Dibong, alors directeur du port, il était entendu qu’aucune industrie à caractère polluant ne sera installée sur la rive gauche du Wouri. Ces types d’usines devaient être installés sur la rive droite, dans la zone Magzi. Dangote a démarré ses travaux sans se soumettre aux exigences  d’une audience publiques pour  une étude d’impact environnementale. Faut-il  pour autant saluer l’action de la présidence de la République qui a accordé 10 hectares de terrain à aménager à droite du pont du Wouri, de l’autre coté de la base Elf, non loin de la gendarmerie ? Le ngondo aura son site, mais la ville de Douala n’est pas pour autant sorti de l’auberge. Il faut de l’oxygène aux habitants. Pendant qu’on y est, pourquoi ne pas sur le même mouvement, étendre les espaces verts au delà du site retenu, entre palétuviers et mangroves que l’on peut domestiquer ?


Pourquoi ne pas demander au Port de Douala qui a détruit  la plage ou tes parents venaient conter fleurette, pêcher et se baigner, de trouver un palliatif à cet absence de rivière pour une ville fluviale ? On pourrait déclarer d’utilité publique un espace de 500 hectares le long de la berge, du pont du Wouri à Akwa nord et contraindre le port de participer aux travaux d’aménagement de cet espace. Le sable en provenance du dragage du fleuve peut suffire à remblayer cet espace à terme, et permettre à la génération d’aujourd’hui et de demain, de retrouver les plaisirs simples de marcher pieds nus sur la plage, de se remettre en harmonie les week-ends avec la nature, au bas de l’hôtel Deido Plage et du collège Alfred Saker. Viens, petit. Remontons vers le cœur de cette ville côtière qui est faite de rendez vous manqués avec le développement et  l’environnement. Sawa Beach est devenu un projet mort né. La voie sur berge si chère à Tobie Kuoh, qui devait passer le long du fleuve, de Bonamoussadi à Deido s’est noyée dans les contradictions de la gouvernance urbaine, qui se contente de petits projets, de replâtrages et du bitume qui s’en va dès les premières gouttes de pluies.

Viens mon fils, allons sur Internet, cette fenêtre ouverte sur le monde. Je chercherai sur Google, je te montrerais Copacabana,   ou Nice ou encore Cotonou mais aussi les enfants qui jouent et courent sur les plages du fleuve Sénégal. Et tu verras comment sont les plages et comment nous construisions les châteaux de sable au bas de la présidence à Bonanjo, quand douala avait une plage.

Bon mercredi et à mercredi

Edking

 

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