01/08/2012 02:44:11
Justice des vainqueurs. Assassiné parce qu'il était pro-Gbagbo !
L’histoire pathétique de Florentin Koffi Bi, D’Abobo aux camps de Chérif Ousmane à Bouaké : une longue traque meurtrière. Comment il a été odieusement achevé...
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L’histoire pathétique de Florentin Koffi Bi, D’Abobo aux camps de Chérif Ousmane à Bouaké : une longue traque meurtrière. Comment il a été odieusement achevé...


C’est une histoire qui fait froid dans le dos, mais qui est révélatrice de l’atmosphère qui règne aujourd’hui en Côte d’Ivoire et d’un certain nombre de pratiques dont l’objectif est d’installer un climat de terreur. C’est l’histoire de Florent Koffi Bi Néné, 39 ans, père de cinq enfants et qui a été selon toute évidence assassiné le 14 juillet dernier, aux environs de 18 heures 30 au Plateau. Depuis, sa famille est inconsolable et ne sait plus à quel saint se vouer.

Florent Koffi Bi a payé de sa vie ce qui semble pour certains un crime inexpugnable : il a été scrutateur pour le compte du candidat Laurent Gbagbo dans un bureau de vote d’Abobo Kennedy, au coeur d’une commune où le RDR avait bien l’intention d’avoir, par tous les moyens, le maximum de voix. Il a été impliqué dans l’organisation du candidat Laurent Gbagbo à Abobo, comme Séraphin Koudou Djaki, dont Le Nouveau Courrier a raconté le martyre – suivi jusqu’à la Riviera II par des pro-Ouattara d’Abobo, il a été torturé  pendant des jours, notamment à l’hôtel du Golf.

Après le premier tour du scrutin, où le score de Gbagbo dans certains quartiers d’Abobo est loin d’être déshonorant, Florent reçoit la visite de militants du RDR, des jeunes du quartier qu’il connaît. Ils le passent à tabac, au point d’obliger sa vieille mère à faire barrage de son corps. Une plainte est déposée, mais dans le chaos de cette période, la procédure ne va pas jusqu’au bout.

Le second tour et la guerre post-électorale s’ensuivent. Menacé, Florent va se réfugier à Adjamé 220 Logements. Mais ses persécuteurs le suivent à la trace et envoient à ses trousses les hommes de l’ex «Comzone» Chérif Ousmane, qui lui font subir des violences et l’amènent à Bouaké dans une sorte de camp de séquestration. Il y passe trois semaines.

«Il m’a raconté que quand le véhicule qui le transportait avec d’autres captifs à Bouaké passait dans les villages, leurs geôliers racontaient qu’ils avaient tué et brûlé vifs des gens. Cela entraînait les mêmes réactions : les passants les lapidaient avec des pierres, les frappaient avec des bouts de bois», raconte aujourd’hui un membre de sa famille. Finalement, les interventions de toute nature finissent par payer. Il est libéré. Et décide d’aller se cacher dans son village d’origine.

Mais après sept mois, la vie abidjanaise manque à Florent, maçon de profession. Il revient dans la métropole qu’il aime tant. Et alors qu’il rentre à moto d’un chantier à Treichville, il se fait prendre en course par une voiture dont les occupants veulent lui faire la peau. Dans sa fuite éperdue, il se fait écraser par une autre voiture qui – coïncidence ? – appartient à quelqu’un qui habitait dans le quartier Abobo Kennedy.

Les témoins de l’événement en racontent les détails à la famille sous le choc qui ne peut qu’encaisser le coup et ruminer ses regrets : «Et s’il était resté au village ? Et s’il avait accepté de s’exiler dans un pays de la sous-région ?»

Paniquée, la famille de Florentin n’a pas le courage d’aller porter plainte au sein d’un commissariat de police.«C’est la peur. On se dit qu’ils peuvent récidiver», explique l’une de ses soeurs. Qui poursuit : «Je veux savoir pourquoi ceux qui l’ont agressé dans son quartier sont en liberté et pourquoi lui il est mort. On ne sait pas qui l’a tué. Mais moi j’accuse ceux qui sont au quartier et qui l’ont dénoncé.» En ces phrases dignes, elle résume toutes les critiques sur l’impunité qui caractérise le régime Ouattara.

Philippe Brou

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