03/08/2012 01:11:41
Je suis vraiment parti !
Après trois ans passé dans cette terre mienne et que je n’ai jamais cessé de prophétiser belle à l’infini (...) Partir ne signifie point pour moi, abandonner le navire en pleine tempête ! Non je ne me dérobe point ! Bien au contraire, c’est une invite collective à faire de ma tête une tête de proue...
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Partir….. Je laisse derrière moi des peuples en quête de justice et combattants….

Après trois ans passé dans cette terre mienne et que je n’ai jamais cessé de prophétiser belle à l’infini, je pars comme hier des « homme-hyènes  et des hommes-panthères » avec la conviction de n’être qu’un homme-juif un homme-cafre un homme-hindou-de-Calcutta un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas l'homme-famine, l'homme-insulte,l'homme-torture !

Oui cet homme dont parle Aimé Césaire qu’ on pouvait à n'importe quel moment saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à  personne un homme-juif un homme-pogrom un chiot un mendigot mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot? Pendant trois ans j’ai porté les combats les plus infimes dans un océan de misère parfaitement construit par les institutions et les hommes-femmes qui les incarnent ; une centaine tout au plus construit comme une solide pyramide sinon un phallus dévastateur d’un peuple innocent et médusé !

Je pars avec l’espoir de revenir, oui je reviendrai après avoir cherché, marché et trouvé  le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'œil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre. (...)

Le combat est inachevé m’a dit une jeune journaliste au bord des larmes…

J’ai voulu tant sur le plan humanitaire que politique, faire corps avec ce peuple mien. La lutte contre le trafic des nourrissons dans notre pays n’a pas connu un dénouement plus d’un an après son démarrage. Pouvait-il en être autrement ? Ce trafic est solidement implanté au cœur du pouvoir du 6 novembre 1982 ! Ces hommes-femmes ont dressé entre le peuple et eux une grande digue avec un passage sous-marin de sous-mission et d’aliénation des peuples qui attendaient tout d’eux. L’Etat-providence est mort et ses obsèques organisés en petit comité par « Pour le libéralisme communautaire » sorte de grande loge où n’y ont accès que des initiés triés au volet suivant des mécanismes de cooptation qui échappent à toute raison. Dans ce système nouveau proclamé dans un hémicycle vidé de toute conscience humaine, il a été proclamé qu’il est humain d’être inhumain.

La réforme du système éducatif au Cameroun n’a point été ouvert, l’économie a été assassinée et les peuples consignés au mépris d’eux-mêmes. Nos établissements scolaires sont devenus des hauts lieux de prostitutions scolarisés avant de se domestiquer dans une espèce de confusion de genre pour faire naitre l’homme-femme qui règne sur le Cameroun aujourd’hui. Oui partir…  Mon cœur ne bruit plus de générosités emphatiques, quand je reviendrai je voudrais avoir encore plus de force, c’est vrai j’aurai certainement perdu mon visage lisse et jeune mais je voudrais dire à cette terre mienne dont le limon depuis les Hauts-Plateaux de l’Adamaoua où la Sanaga prend source pour ensuite arroser tout le Cameroun, oui je lui dirai, « Toi dont le limon entre dans la composition de la chair, j’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de tes plaies ». Oui avec insolence et mépris de la souffrance du peuple-souffrant, l’Etat annonce l’augmentation du prix de l’essence à la pompe et du gaz domestique sans aucune mesure d’accompagnement !

Embrasser nos peuples….

Je dirai à ces nombreux peuples qui forment même de manière disparate ce pays, « Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que le parlerai. » Voilà pourquoi c’est ni Biya, ni Marafa, ni Kamto mais une nouvelle génération, une génération de la réconciliation nationale, du développement participatif, de la solidarité intergénérationnelle, du développement durable, une génération d’hommes et de femmes et non d’hommes-femmes, une génération portée vers et par un même objectif : le développement intégral de l’homme. C’est possible.

Oui je dirai encore et encore à nos peuples : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du  désespoir. » J’embrasserai ce peuple mien afin de vivre avec lui des émotions commune et ainsi personne ne se croisera plus les bras en l’attitude stérile du spectateur, car oui croyons y tous, la vie n’est pas un spectacle. Les accidents de la circulation qui tuent, endeuillent une famille, endeuillent chacun de nous, quand on viole et assassine Elisabeth Ngo Ond c’est tout le peuple camerounais qui est assassiné dans ce qu’il a de plus cher c'est-à-dire la dignité ! Oui mon peuple, une mer de douleurs n’est pas un proscenium, oui un homme qui crie comme je le fais en ce moment n’est pas un ours qui danse.

Refusons de contempler la femme qui urine debout dans la cité et dans la campagne pendant que l’homme affalé dans le bidet compte les étoiles dans un ciel qui annonce pourtant l’orage ! Deux générations sont là, pauvres mais vaillantes, faibles mais combattives ! Oui demain je reviendrai pour faire corps avec vous pour mettre à notre service justement le mot. Oui parce que ce mot est père des saints, ce mot est mères des saints. Avec ce mot nous traverserons le grand fleuve peuplé de caïmans. Avec ce mot dessiné et pensé par tous, il sera frai et volubile et nous permettra alors de traverser le désert d’une journée.

Ceux avec qui je vous laisse prétendent avoir tout construit dans notre pays, ils prophétisent ce que le pays sera en 2035 et ferment les yeux sur ce qu’il est aujourd’hui parce qu’ils refusent d’explorer le pays de nos souffrances. Non demain nous ne nous assoupirons plus aux agenouillements ! Oui notre réveil demain plongera nos racines dans la chair rouge de ce sol nôtre tant souillé par ceux et celles à qui un jour le hasard a fait confiance. Oui pour ceux et celles qui n’ont jamais pris conscience de notre souffrance, qui n’ont jamais pris la mesure du service rendu à l’autre son prochain, nous adressons déjà notre prière virile ! Oui que je n’entende ni les rires ni les cris, gardons les yeux fixés sur ce pays que nous prophétisons beau.

De vous peuples du Cameroun, du Nord comme du Sud, de l’Est comme de l’Ouest, des villes comme des campagnes, donnez-moi dès à présent la foi sauvage du sorcier, donnez à mes mains puissance de modeler, donnez à mon âme la trempe de l’épée. 

Partir….

Partir ne signifie point pour moi, abandonner le navire en pleine tempête ! Non je ne me dérobe point ! Bien au contraire, c’est une invite collective à faire de ma tête une tête de proue. Voilà pourquoi à mon cœur, je demande de ne point faire ni un père, ni un frère, ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils – ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple enfin constitué.

Je pars non pour me préserver d’un quelconque ouragan, non je me fais rebelle à la soumission et au triomphe de l’injustice. Pour vous peuple souffrant du Cameroun, je me fais docile à votre génie, comme le poing à l’allongée du bras ! Faites de moi commissaire de votre sang dans cet ultime combat, faites-moi dépositaire de votre sang et de vos souffrances, faites-moi dépositaire de vos ressentiments. Oui peuples en errance aujourd’hui, faites de moi un homme de terminaison. Faites de moi un homme d’initiation.

Au moment où le dernier goulot d’étranglement enserrent le cou déjà privé d’oxygène, oui faites de moi un homme d’ensemencement. Le prix de l’eau sans eau, le prix d’électricité avec le mérite du délestage, le prix des carburants et du gaz domestiques s’apprêtent à nous asphyxier pour toujours, faites de moi l’exécuteur de ce refus de soumission et de mise à mort lente ! Oui voici pour nous tous sans exception le temps de nous ceindre les reins comme un vaillant homme, oui faisons-le sans haine pour les gestionnaires d’aujourd’hui qui seront ceux d’hier pour nous. C’est votre soutien, vote unique soutien qui ne fera point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine !

Apothéose

Le retour est victorieux parce qu’il n’est point question de livrer notre progéniture aux assassins d’aube, d’horizon et d’avenir.  La vie-mort, la mort-vie point de victoire pour les souffleteurs de crépuscules, les rouges de la gloire pendent à leur cou d’écorcheurs comme des chaussures trop neuves pour nos sœurs qui ont trop longtemps marché à pied. Comme des chevaux de race pure, laissons sur le sol notre, rouge du sang de nos combats et de nos martyrs, Tchundjang Pouémi, Engelbert Mveng, Ngongo-Ottou, Ngo Ond,  Djomo Pokam, les martyrs de Bépanda, ceux de février 2008, Um Nyobè, Moumié, Ossendé Afana, les empreintes d’une victoire collective.

Soyons ce groupe de femmes qui allaite, les dégaineurs des couteux de justice, soyons des oiseaux-vampires tout bec allumé soyons enfin des calebasses douces au creux des mains d’offrande pour le Cameroun éternel celui que nous lèguerons à nos enfants sans bavures ni rancœur.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA (ce texte est inspiré des méditations d’Aimé Césaire poète martiniquais, père de la négritude 1913 – 2008)
Socio-politologue
www.generationcameroun2011.com

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