03/08/2012 01:56:08
Cameroun. Bataille pour le contrôle du Rdpc au Congo
L’ambassadeur du Cameroun à couteaux tirés avec le président de la section qu’il a fait arrêter
Le Messager
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Congo. L’ambassadeur fait arrêter le président de la section Rdpc

L’ambassadeur du Cameroun à couteaux tirés avec le président de la section qu’il a fait arrêter

Hamidou Komidor Njimoluh, chef de mission diplomatique du Cameroun à Brazzaville accuse Alain Batomé d’avoir voulu s’attaquer à  Paul Biya lors de sa dernière visite dans la capitale congolaise. Une bataille pour le contrôle du démembrement local du parti opposerait les deux hommes.

La presse congolaise s’est faite l’écho, il y a une semaine, d’un incident survenu en marge de l’arrivée de Paul Biya à Brazzaville. Les confrères de ce pays signalaient alors l’arrestation de quelques camerounais juste avant l’atterrissage de l’aéronef ayant à son bord le chef de l’Etat. Quelques jours après l’on apprendra que seul le président de la section du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) au Congo avait été interpellé.   D’après le récit fait par l’intéressé, lui même, c’est le 24 juillet 2012, jour de l’arrivée du président de la République du Cameroun qu’il a été happé par les forces spéciales de ce pays voisin. Ces dernières lui reprochaient – sur dénonciation de l’ambassadeur- un projet visant à mettre en place  «  un groupe de gens  habillés en tenue du parti Rdpc, qui s’attaqueront au président Paul Biya à sa sortie de l’aéroport pendant le bain de foule ».

On le sait, avant même que le chef de l’Etat ne foule le sol de Brazzaville, Alain Batomé est amené à la direction de la surveillance du territoire (Dst) congolais pour être « isolé pendant tout le séjour du président». A son arrivée aux services de la Dst, il est cuisiné par un officier supérieur de l’armée qui veut connaître les ressorts des activités du comité d’accueil prévu pour Paul Biya. Le suspect affirme que ces activités reposent sur le vœu d’assurer une arrivée chaleureuse au président camerounais. Une enquête permet à cette unité du contre-espionnage congolais d’établir que lesdites activités découlent d’une réunion tenue lundi, 23 juillet 2012 au domicile d’Alain Batomé  au N° 90 rue Djambala, Moungali – Brazzaville, associant  des militants du Rdpc «pour préparer et se rassurer de la mobilisation par une dernière touche pour un accueil chaleureux au président Paul Biya » pendant sa visite, intervenant  dans le cadre du 11e sommet ordinaire des chefs d’Etats de la Communauté économique de l’Afrique centrale (Cemac).

Et donc que rien de méchant n’a été préparé pour la visite du président. Alain Batomé sera purement et simplement relâché. Mais le diplomate et lui se regardent toujours en chiens de faïence. L’activiste accuse le chef de mission de vouloir l’écarter de la tête de la section du Rdpc du Congo -créée récemment et jamais installée-  en le taxant d’opposant au régime de Yaoundé. Pour sa part, Hamidou Komidor Njimoluh estime qu’Alain Batomé est un usurpateur qui «malmène » l’image du Cameroun à l’étranger (voir interview ci-dessous).

Pourtant celui que de nombreux camerounais reconnaissent comme président du démembrement local du Rdpc brandit de nombreux faits d’armes à l’instar de son implication dans la dernière campagne électorale de Paul Biya tant au Cameroun qu’au Congo; l’organisation des réunions de réconciliation entre les Camerounais du Congo ou encore des négociations pour obtenir la liberté des Camerounais incarcérés du fait de l’ambassadeur. Partant de ce rappel, il fait des révélations. Après son séjour  à la Dst congolaise, le 25 juillet dernier, Alain Batomé  souligne que c’est la déconvenue de trop qui va pousser les Camerounais à demander le départ du diplomate, lequel  indique ci-dessous qu’il ne reconnaît pas au sieur Batomé, la qualité de président de la section du Rdpc dont il est, «membre du comité central».

Rodrigue N. TONGUE

Hamidou Komidor Njimoluh. « Il fallait éviter des problèmes de sécurité à l’aéroport de Brazzaville »*

L’ambassadeur du Cameroun au Congo revient sur l’incident survenu la semaine dernière à l’aéroport international de Maya-Maya, lors de l’arrivée du président Paul Biya venu participer au sommet de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).

Mercredi dernier, à l’aéroport international de Maya-Maya, un Camerounais répondant au nom d’Alain Batomé a été interpellé par les services de la Direction de la surveillance du territoire (Dst) congolais. Que s’est-il passé exactement ?

Je suis ambassadeur du Cameroun ici, au Congo. Nous étions en plein sommet de la Cemac, et nous avions le devoir d’organiser l’accueil du président de la République du Cameroun. Lorsqu’un chef de mission organise ce genre d’évènement, il doit s’assurer que toutes les mesures de sécurité sont prises : en l’occurrence, il s’agissait de rassembler les Camerounais, de les discipliner pour qu’il n’y ait pas de problèmes sur le plan sécuritaire au niveau de l’aéroport et ailleurs.

Il se trouve que j’avais été informé qu’un camerounais répondant au nom d’Alain Koumbia Batomé voulait rassembler à sa manière des Camerounais pour aller à l’aéroport. Comme je n’avais pas la maîtrise des gens qu’il voulait réunir et surtout qu’il persistait dans cette démarche, j’ai alerté la police afin qu’elle intervienne car ce monsieur n’en est pas à son premier coup. Je l’avais averti afin que ce genre de comportement ne se répète plus, mais en vain.

Alain Batomé a été interpellé et entendu par la Dst. On l’aurait accusé d’être un opposant au pouvoir en place, alors qu’il se réclame de la section Rdpc au Congo. Pouvez-vous expliquer cette situation ?

Premièrement, je ne sais pas si M. Batomé est opposant. Je ne l’ai jamais accusé d’être un opposant. Deuxièmement, il n’est pas président de la section du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) au Congo, qui est le parti au pouvoir au Cameroun. Pour votre gouverne, Alain Batomé faisait jusqu’à présent partie de ce rassemblement. Lorsque Son Excellence Paul Biya est venu ici en 2005, il s’est présenté aux personnalités de la suite du président Paul Biya comme un organisateur. On ne savait pas qu’il était un usurpateur, et c’est la raison pour laquelle, j’ai demandé qu’on le laisse présider pour la première fois le club Rdpc.

Ce monsieur est coutumier du fait. Un jour, il avait placé sur sa voiture un drapeau camerounais comme un diplomate pour se rendre à l’aéroport malgré la haie d’honneur : on l’avait rappelé à l’ordre. Le soir du cinquantenaire, les chefs d’Etat arrivaient au stade Massamba-Débat, et il voulait garer sa voiture à côté de celles des chefs d’Etat malgré le refus des policiers. Je l’ai déjà interpellé à maintes reprises, mais il persiste. Il se fait passer chaque fois pour un représentant du président camerounais.

M. Batomé parle d’un bureau qui, d’après lui, est enregistré au ministère de l’Intérieur. Existe-il deux sections Rdpc ici, au Congo ?

Je vous demande de mener des investigations au ministère de l’Intérieur pour savoir qui est qui. Il y a un seul parti qui s’appelle le Rdpc, et je suis membre du comité central. Je le répète : nous avons créé ici, à Brazzaville, une seule section Rdpc.

Aucune association ne peut exister sans passer par l’ambassadeur qui est responsable de tout ce qui implique la Cameroun et qui défend les intérêts des Camerounais. Il est de mon devoir de rappeler à ceux qui sont chargés de mettre de l’ordre de faire leur travail. Je suis ici pour qu’il y ait de l’harmonie dans ma communauté. Je dois veiller à ce que les relations entre le Congo et le Cameroun soient au beau fixe.

Entretien avec
Yvette Reine Nzaba
*Interview publié par Les Dépêches de Brazza

 

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