29/04/2009 22:09:13
Biyitti écrit Paul Biya
Le ministre de la Communication est réputé avoir saisi Paul Biya d’un document tendant à le dédouaner dans l’affaire de la gestion des fonds alloués à la visite du Très Saint Père.
La Nouvelle Expression
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 - Bonsoir M. le Ministre. Veuillez m’excuser de vous réveiller à cette heure relativement tardive. Je sais que vous n’avez pas la réputation d’un couche-tard.

- Bonsoir.

- Je suis informé de ce que vous auriez adressé une correspondance au chef de l’Etat, au sujet de la gestion que vous avez faite des fonds mis à votre disposition dans le cadre de la visite du Pape au Cameroun.

- Si j’écris au chef de l’Etat, je dois en rendre compte à la presse ?

- C’est une démarche que vous connaissez. Elle nous évitera de nous fourvoyer.

- Si j’ai écrit au chef de l’Etat, je n’en parle pas. Si je n’ai pas écrit, je n’en parle pas. Un membre du gouvernement qui écrit au chef de l’Etat, il en rend compte à la presse ?

- Merci M. le ministre. Bonne soirée ".

Ni conversation entre illuminés. Ni bidonnage. Dimanche 26 avril. Dix neuf heures trente-deux minutes. La Nouvelle Expression  joint au téléphone le ministre de la Communication pour savoir s’il avait saisi le président de la République ou non au sujet de la très controversée " affaire " des fonds publics débloqués pour les opérations de communication relatives à la visite du Pape Benoît XVI au Cameroun. Les réponses sont évasives. Il faut peut-être les lire entre les lignes...

Selon nos informations, Jean-Pierre Biyiti bi Essam a fait parvenir au président de la République, quelques jours avant cet échange téléphonique, une correspondance. Selon de fiables indiscrétions, la démarche épistolaire du ministre de la Communication a été menée entre le début des auditions de certains acteurs de premier plan dans le cadre de " l’enquête judiciaire sans interpellation " ouverte au sujet de cette affaire, et le jeudi 23 avril 2009, date de sa propre audition au parquet de Yaoundé, par de hauts gradés de la police judiciaire.

 De bonnes sources, La Nouvelle Expression a pu apprendre que la correspondance adressée au chef de l’Etat s’articule autour de trois principaux points. Dans un premier temps, le ministre de la Communication s’appesantit sur les mouvements de fonds et les répartitions effectuées à partir de l’enveloppe globale de 770 millions F Cfa. On y note un certain luxe du détail, notamment sur les chiffres déjà connus. (Lire La Nouvelle Expression n° 2456 du 17 avril 2009). Y compris les éléments relatifs au transit, dans son compte d’épargne personnel – ouvert à la Société générale de banque du Cameroun - d’une somme totale de 130 millions F Cfa.

Jean-Pierre Biyiti bi Essam évoque l’hypothèse de l’impératif de sécurisation de ladite somme. (Lire La Nouvelle Expression n° 2450 du 08 avril 2009).

Deuxième centre d’intérêt : une manière d’autoportrait. Le destinateur s’y présente comme un serviteur de l’Etat, dont la loyauté envers le président de la République ne souffre aucune équivoque. Il insiste sur le fait que ce loyalisme insuffle son action au ministère de la Communication.

Troisième centre sujet de préoccupation : Jean-Pierre Biyiti bi Essam tient pour irréfutable la thèse selon laquelle les révélations qui ont entouré les mouvements de fonds dans le cadre de ce dossier – dont certains ont attiré l’attention de l’Agence nationale d’investigation financière (Anif), puis le ministère de la Justice, avant d’aboutir à l’ouverture d’une enquête judiciaire prescrite par le président de la République - relèvent de manœuvres de déstabilisation ourdies par les ennemis de… Paul Biya.

Au total, un triple registre qui surprendrait difficilement les plus distraits " abonnés " à ce feuilleton palpitant. Et cela d’autant que les arguments et détails développés dans cette correspondance adressée au chef de l’Etat recoupent, de part en part, les thèses publiquement défendues, d’abord par les défenseurs exaltés – attitrés ou autoproclamés - du ministre de la Communication, avant d’être spectaculairement pris en charge par Jean-Pierre Biyiti bi Essam lui-même…

Depuis quelques jours, cette démarche épistolaire exhale, dans les allées du pouvoir, son parfum d’embarras. Certains rappellent, étonnés, que le ministre de la Communication, qui, il y a quelques mois, avait prescrit un quasi - embargo sur le traitement médiatique des " affaires " en cours au nom du respect du secret de l’instruction, est lui-même rattrapé par l’histoire. Et ne se prive pas de livrer à l’opinion les détails de son audition par la police judiciaire… D’autres se demandent, perplexes, si les insinuations du ministre de la Communication concernent éventuellement ceux qui, au sein de l’appareil judiciaire, avaient préconisé l’ouverture d’une enquête judiciaire sur cette affaire de 130 millions F Cfa, en l’occurrence Amadou Ali,vice - Premier ministre, ministre de la Justice, Garde des Sceaux.

D’autres, enfin, se posent la question de savoir si l’option d’une correspondance au président de la République - attribuée à M. Biyiti bi Essam - n’ouvre pas la voie à toutes sortes d’interprétions dans un pays où l’indépendance de la justice est proclamée. Seule la réponse du chef de l’Etat - apparemment considéré comme un recours par temps de tempête - fixera les partisans d'un "épiphénomène"

Valentin S. Zinga

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