06/08/2012 02:00:30
Cameroun. Dérive: Militaires et lesbiennes s'affrontent à Ngaoundéré
Tout se passe ce soir-là dans la buvette dénommée « Le Cœur ». Le carrefour de toutes les voluptés nocturnes traine en ce moment la réputation de servir de point de rencontre entre les homosexuels de Ngaoundéré, les lesbiennes pour la plupart...
Le Messager
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Dans la nuit de vendredi à samedi, une quinzaine d’éléments surexcités du Bataillon d’intervention rapide (Bir) a passé à tabac des danseuses de nuit d’une célèbre buvette  dénommée « Le Cœur ». La clique d’éléments du Bir entendait ainsi venger leur pair grièvement blessé à la bouteille quelques jours auparavant (1er juillet 2012) ; à la suite des accrochages nocturnes qui les ont opposés à des chargeurs de la gare-voyageur de Ngaoundéré. Pour une histoire de femme.

Tout se passe ce soir-là dans la buvette dénommée « Le Cœur ». Le carrefour de toutes les voluptés nocturnes traine en ce moment la réputation de servir de point de rencontre entre les homosexuels de Ngaoundéré, les lesbiennes pour la plupart. Tout le monde en parle sans que cela n’émeuve les autorités compétentes. « Les militaires du Bir ont promis de revenir en force un autre jour pour détruire tout et nous faire payer cela », a confié le gérant de « Le Cœur ».  D’après Djara, une célèbre danseuse de nuit par ailleurs directrice de ce cabaret, les militaires ivres de colère n’auraient pas apprécié que des « filles de nuit» opposent à leur violence des leçons de morale doublées de courtoisie.  « Je leur ai fermé la porte (…) Ils m’ont promis la mort : « Djara on va te faire fuir Ngaoundéré »(…) je ne les fuis pas, franchement je parle s’ils veulent me prendre, qu’ils me prennent en journée », a-t-elle martelé.

Les menaces proférées par les militaires se sont concrétisées dans la nuit du 3 au 4 août dernier.« Ce soir là vers 21h, raconte le gérant, un client est venu me signaler de fermer rapidement le bar, de faire partir les clients et de disparaître parce que les éléments du Bir s’apprêtaient à  venir. J’ai demandé aux clients de vider rapidement leurs bouteilles pour que je ferme. Il était minuit moins. Au moment de fermer il y avait encore 5 clients. Un autre qui était dehors, il a directement appelé les renforts».

La suite s’est avérée fatale pour la totalité des « danseuses » de nuit présentes dans le bar. La quinzaine d’éléments du Bir déchaînés a également passé à tabac l’ensemble des servantes et les vigiles de la buvette. La fessée collective s’est ensuite poursuivie jusque vers 3h du matin, dans un bar voisin partageant la même réputation et dénommée « Le connaisseur ». Judith dont des amies ont été molestées confie, « Quand ils ont fini au «Cœur» ils sont partis nous trouver au « Connaisseur ». J’ai remarqué deux (éléments du Bir, Ndlr). J’ai bagarré avec eux. Ils étaient trois sur moi, j’an ai maîtrisé deux. Ils sont partis faire les dégâts jusqu’à «Excellence»,«Destin». Ils tapaient tout le monde, ils volaient même les téléphones (…) maintenant même si on veut je vais au camp les doigter. Je suis même allé au camp du Bir je me suis couché là-bas, ils m’ont demandé de revenir le matin ». La victime précise que son frère s’en est sorti avec « une côte cassée ».

Plaintes contre le Bir

Le bilan provisoire des affrontements entre militaires et lesbiennes est lourd. Près d’une dizaine de blessés, un bar entièrement saccagé et des pertes financières estimées à près d’un million de nos francs. « Ils ont détruit les bâches, ils ont tapé le personnel de la maison, ça se chiffre dans l’ordre de 750 000 Fcfa avec les murs qu’ils ont cassé et tous les trucs d’ornements », estime Patrice Ngameni, le promoteur de « Le Cœur » arrivé sur le lieu du sinistre deux (2) heures après les heurts.

Informés, le préfet de la Vina dont un membre de la famille se trouvait au bar au moment des faits, le chef d’antenne Sémil de Ngaoundéré et le commandant du Bir se sont tour à tour rendus sur ce « champ de bataille ». Une cinquantaine de plaintes ont déjà été enregistrées à l’antenne régionale de la Sécurité militaire (Sémil) à Ngaoundéré. Une source militaire indique d’ailleurs que les éléments du Bir n’en sont pas à leur première dérive nocturne. « Ils disent qu’ils n’ont pas d’ordre à recevoir de nous. Nous sommes fatigués d’enregistrer des plaintes à chaque fois qu’ils bagarrent dans les bars. Nous avons déjà informé la hiérarchie à Yaoundé», confie-t-il sous cape. Aux dernières nouvelles, l’élément du Bir grièvement blessé à la bouteille se trouverait à l’article de la mort. Les jours des autres blessés ne seraient pas en danger.

Salomon KANKILI

Petits-noms des blessés civils
-         La Douce (commotions sur l’ensemble du corps)
-         Lune de Miel (défigurée)
-         Edith (légèrement blessée au bras)
-         Viguele(fracture)
-         Tommy (Gérant, écorchures)

Blessé militaire :

-Un élément du Bir dont l’identité n’a pas été révélée

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