10/08/2012 03:05:40
Affaire Mafara. « J'informais le président de tout de ce je faisais... »
Le « grand déballage » semble avoir commencé avec l’examination-in-chief de l’accusé Marafa Hamidou Yaya.
Le Messager
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Marafat Hamidou Yaya

Le « grand déballage » semble avoir commencé avec l’examination-in-chief de l’accusé Marafa Hamidou Yaya.

« Tout était prêt pour que l’avion parte en Suisse. Mais pour une raison que j’ignore, le Cameroun n’a pas pris livraison de cet avion. Les gens ont commencé à faire du dilatoire. Jusqu’à l’entrée en scène de l’ambassadeur Mendouga Gérôme ». Extrait des propos de l’ex secrétaire général de la présidence de la République et ancien ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya. C’était à l’audience d’hier jeudi, 9 août 2012 dans le cadre du procès intenté par l’Etat du Cameroun. Très attendues étaient les déclarations de cet accusé, précédé dans l’opinion publique par ses lettres. On se souvient que l’ex-Sgpr avait promis le « grand déballage ». Ses explications tendent à montrer comment parti de la commande d’un BBJ II, on a abouti à l’achat d’un Boeing 767 avec comme solution intérimaire l’albatros « avec la fortune qu’on connaît ».

Une expression revient tout le temps dans les éclaircissements de Marafa Hamidou Yaya appelé à expliquer entre autres comment il a pris possession du dossier relatif à l’acquisition d’un aéronef présidentiel. Objet de la poursuite judiciaire de l’Etat du Cameroun. Il doit dire à la Cour qui a provoqué la vente du BBj II ; si le chef de l’Etat était informé de ces démarches ; à quel moment a-t-il cessé de suivre le processus, etc. « Mais sans que je ne sache pourquoi… ».

Marafa soutient devant le tribunal qu’il ne sait pas pour quelles raisons l’avion commandé par le Cameroun pour les déplacements du président de la République n’est toujours pas arrivé à ce jour. Pourtant d’après lui, lorsqu’il part du secrétariat général de la présidence de la République pour le ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation, « l’avion a été fabriqué ». Ce dossier précise-t-il fait partie –entre autres dossiers militaires- « remis en main propre » à son successeur. Car ce dossier « revêtait un caractère urgent », il était « important pour l’économie du Cameroun, sur la vie du pays, la sécurité du pays, du président de la République… ».

Ce qui explique les recommandations spéciales qui l’ont accompagné pendant sa transmission à son successeur. Toutefois pour une raison que Marafa affirme ignorer, ce successeur « n’a pas voulu continuer avec le processus enclenché ». Plutôt, il va décider de rompre le contrat qui lie le fabricant Boeing à Gia et engager le gouvernement dans une négociation directe sans intermédiaire.

En attendant Paul Biya

Boeing d’après l’accusé ne se laisse pas faire. De peur d’être poursuivi par Gia qui a déjà versé une importante somme d’argent, il demande à l’Etat du Cameroun de négocier avec Gia afin que cette entreprise « abandonne ses droits » sur l’avion. Ce qui est fait. L’Etat en toute souveraineté, apprend-on de Marafa devant la cour a décidé de rendre caduc le contrat avec Gia. « Le président approuve » les conditions de recouvrement de l’argent auprès de Gia et Me Akere Muna est commis pour récupérer cet argent.

Au terme de sa mission, le Cameroun a été indemnisé de cette somme de 29 millions de dollars affirme-t-il avoir appris par la suite. On retient des réponses à son interrogatoire par l’un de ses conseils que l’avion pour lequel il est poursuivi était « fabriqué, réceptionné, assuré par Chanas à 50 millions de dollars ». Cet appareil a même été immatriculé par l’Autorité aéronautique du Cameroun qui a délivré un certificat de vol à cet avion, un permis de convoyage pour la Suisse pour son habillage intérieur. « Tout était prêt… » Mais « je ne comprends pas pourquoi jusqu’aujourd’hui il n’y a pas d’avion ».

Avez-vous informé le chef de l’Etat… ? Réponse de Marafa « j’informais le président de tout ce que je faisais, de tout ce que j’entreprenais… ». Par cette affirmation, l’accusé donne l’impression de ne point comprendre pourquoi il est là. Alors que celui qui a les réponses et qui approuvait tout -s’il l’a laissé faire- est ailleurs. Sur la destination de la somme pour laquelle il est poursuivi, c’est « plus tard [que] j’apprendrai que avec ses problèmes, – à la suite de l’attentat du 11 septembre 2001, cet acronyme fait penser à un groupe islamiste terroriste, ce qui lui vaudrait de perdre nombre de ses contrats- Gia s’est mise en faillite ».

Ses comptes ont été épluchés aussi bien par le syndic de faillite, le Fbi, Interpol compte tenu de la dimension internationale de cette entreprise au terme duquel « la destination de chaque dollar a été identifié (…) je n’ai été bénéficiaire d’aucun dollar ». A-t-il un quelconque intérêt particulier dans les sociétés jusque-là citées dans ce procès (13 au total) ? « J’ai découvert les noms et existence des sociétés dans le dossier de procédure en dehors de Cbc où j’ai un compte chèque que j’entretiens comme tout client ». S’agissant de Gia, Marafa comme il l’affirme lui-même, l’a « connu sur papier ».

Focal. Sarah Sakho « chassée » du tribunal

Besoin de sérénité ou simplement désir d’écarter le plus d’oreilles possibles des déclarations de Marafa Hamidou Yaya qui déposait à cette audience du jeudi 9 août 2012 ? Toujours est-il que la sécurité était accentuée au palais de justice hier. Cette fois, même les journalistes avaient dû mal à entrer dans la salle après la reprise de cette audience. Il fallait être des services de sécurité pour avoir une place aux portes ou espérer suivre la déposition de l’accusé Marafa au couloir. « Tous ces gens là sont des nôtres », indique un gendarme au reporter.

Un regard permet à celui-ci d’identifier des personnes comme lui…en civil. Sous le regard interrogateur, cet interlocuteur précise « même eux ». Alors que se déroule la déposition de Marafa. Sarah Sakho arrive au tribunal. Il est un peu plus de 17h. On la verra d’abord à l’entrée principale. Puis un confrère lui cède sa place. Mais celle-ci sera extraite de la salle d’audience. Impossible de savoir pourquoi ? Les auteurs sont muets. Tout ce qu’on sait c’est que « on a reçu des instructions ». Mais le reporter de Rfi soutient que ce n’est pas la première fois. Mais cette fois, « c’est clair qu’il s’agit d’une attaque personnelle ». En attendant de connaître les raisons de cet acte sur sa personne, elle a été contrainte de ne point rendre compte du procès. Vous parlez de refus d’accès à l’information ?

Nadège Christelle BOWA

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