08/09/2009 11:58:20
Gabon : Pas d'état de grāce pour Ali Bongo
Officiellement élu avec 41,73% des suffrages, le nouveau président, Ali Bongo Ondimba, va devoir faire face à une pléthore de revendications sociales mises en «stand by» à la suite des disparitions du couple présidentiel, successivement les 14 mars et 8 juin derniers, et de l'organisation de l’élection présidentielle anticipée. De nombreux secteurs avaient rejoint le front social, dominé par les secteurs de la santé et de l’éducation marqués cette année par les plus longues grèves de leur histoire.
Gaboneco
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Officiellement élu avec 41,73% des suffrages, le nouveau président, Ali Bongo Ondimba, va devoir faire face à une pléthore de revendications sociales

Le successeur d’Omar Bongo Ondimba n’aura probablement pas une minute de répit dès sa prise de fonction, tant les revendications sociales sont vivaces autant que les besoins des Gabonais, comme les candidats l'ont rappelé eux-mêmes tout au long de cette campagne.

L’éducation et la santé ont cristallisé deux des plus grosses crises sociales de cette année avec d'intenses grèves, une solidarité et une détermination inédite des agents de l'État d'obtenir gain de cause.

Si certains de leurs points de revendication ont obtenu satisfaction, la mobilisation demeure vivace dans ces deux secteurs auxquels le gouvernement devra apporter des réponses urgentes et efficaces pour garantir la paix sociale.

L’année 2008-2009 a été sérieusement perturbée par une grève de 6 mois de la Convention nationale des syndicats du secteur éducation (CONASYSED), au sein de laquelle les enseignants revendiquaient notamment l’harmonisation des salaires des enseignants, la revalorisation de la prime de logement, de transport, l’amélioration des conditions de vie ou encore la réorganisation du système éducatif, le paiement des primes de vacation, etc.

Dans le même sens, les enseignants fédérés au sein du Syndicat national des enseignants du supérieur et chercheurs (SNEC), réclamaient la régularisation de leurs situations administratives et financières, l'octroi des présalaires aux enseignants-chercheurs et chercheurs en attente de recrutement, l'adoption d'une grille salariale incitative pour le corps des enseignants-chercheurs.

Ces revendications avaient donné lieu à une grève d’environ 3 mois, qui a gelé les cours aux Universités Omar Bongo (UOB) et des sciences et techniques de Masuku (USTM).

Le secteur de la santé a également été paralysé par une grève pendant les 5 premiers mois de l’année 2009. Les agents de ce secteur regroupés au sein du Syndicat national des professionnels de la santé (SYNAPS) revendiquaient la régularisation des actes administratifs ; la promulgation du projet de loi portant fonction publique et hospitalière ; l'élaboration des textes organisant les centres hospitaliers régionaux ainsi que la mue de l'ENAPS en institut supérieur de formation sanitaire.

D'autres secteurs se sont joints à eux pour alimenter l'embrasement du front social, notamment les Affaires sociales, l'Économie forestière, les Mines ou encore la Fonction publique.

Au ministère des Affaires sociales, la situation est très tendue. Les agents réclament depuis le 29 mai dernier l'augmentation de la prime de logement. Leurs cahiers de charges évoquent également l'avancement des dossiers administratifs, alors que leurs situations seraient statiques depuis déjà cinq ans. Les agents revendiquent par ailleurs des primes incitatives et de risques, des outils de travail dans les bureaux, notamment des ordinateurs.

Même son de cloche au ministère de la Fonction publique. Portés par le Syndicat national des agents du ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative (SYNAFOPRA), les agents demandaient en juin dernier l’augmentation de la prime de transport, le paiement des rappels, des indemnités d’aide à la propriété ou encore l’augmentation de la prime de loyer.

Par ailleurs, depuis 2005, près de 1000 anciens agents des forces de défense réunis au sein du syndicat national des agents retraités des forces de défense (SNARFD), mettent en œuvres des mouvements d’humeur pour entrer en possession de leurs droits. Le cahier des charges du SNARFD, qui compte 12 000 personnes, ne comporte pourtant que le paiement de leurs services rendus. Depuis 4 ans maintenant, ce collectif d’anciens militaires pose la même revendication.

Autant de dossiers empilés sur le bureau derrière lequel s'assiéra bientôt le nouveau chef de l'État, des dossiers qu'il devra traiter dans l'urgence avant de pouvoir poser un regard serein sur la Nation dont il a voulu présider aux destinées.

 

L’Union africaine persona non grata à Libreville


L'ancien ministre gabonais des Affaires étrangères et actuel président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping


Face aux violents troubles qui ébranlent le Gabon depuis la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 30 août, la communauté internationale s'est élevée pour lancer des appels au calme et l'Union africaine a proposé la médiation de l'ancien Premier ministre sénégalais Moustapha Niasse. Malgré d'indéniables mouvements de contestation populaires, le nouveau président, Ali Bongo Ondimba, a refusé la médiation de l'UA, annonçant un retour au calme sur l'étendue du territoire national.

Alors qu'on dénombre déjà trois morts à Port-Gentil dans le cadre des émeutes qui ont suivi l'annonce des résultats de l'élection présidentielle, le gouvernement a refusé la médiation de l'Union africaine pour pacifier la situation au lendemain d'élections contestées.

L'ancien ministre gabonais des Affaires étrangères et actuel président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, avait proposé d'envoyer l'ancien Premier ministre sénégalais, Moustapha Niasse, pour jouer les médiateurs entre le candidat élu et les opposants qui contestent les résultats.

Le choix de Moustapha Niasse n'était pas fortuit puisque c'est lui qui était à la tête de la délégation d'observateurs des élections en août dernier, occasion de prendre contact avec les représentants des institutions, la classe politique gabonaise et les représentants de la société civile.

Mais selon le gouvernement gabonais, «l'état actuel de la situation est bien moins préoccupant qu'en 1994» et «la venue d'une telle mission ne se justifie pas».

«Il n'apparaît pas nécessaire de la part de la commission de l'Union africaine d'initier une mission dont la vocation concerne les pays-membres en crise», ajoute le gouvernement, qui brandit l'accalmie et la maîtrise de la situation.

Le gouvernement a notamment déclaré que les troubles s’atténuaient peu à peu à Port-Gentil où «les forces de sécurité poursuivent leur mission de prévention et de sécurité» et où «le couvre-feu décrété sera très prochainement levé».

Les heurts de Port-Gentil, bastion de l’opposition qui conteste la victoire du candidat PDG Ali Bongo Ondimba à l’élection présidentielle du 30 août dernier ont fait pour l’instant trois morts parmi les manifestants.

Routes barrées, commerces pillés, stations services saccagés c’est le nouveau visage de Port-Gentil poumon économique du pays. Les manifestants se sont attaqués aux installations du groupe français Total. La France qui est accusée par les manifestants d’avoir agi en faveur d’Ali Bongo Ondimba. Les murs de la prison ont été brisés et les prisonniers libérés le jour même de la proclamation des résultats de l’élection.

Ce qui avait conduit au limogeage du gouverneur de la province de l’Ogooué-Maritime Jean Marie Beka B'Obame.

Le gouvernement, dans le même communiqué a affirmé que toutes les institutions constitutionnelles fonctionnent normalement. «L'Assemblée nationale, le Sénat et le Conseil économique et social ont ouvert respectivement leur session budgétaire depuis le mardi 1er septembre 2009. Les libertés individuelles et collectives de l'ensemble des populations sont garanties. La libre circulation des personnes et des biens est entièrement observée».

Dans son communiqué, l'UA avait exhorté «les dirigeants politiques concernés à faire preuve d’un sens élevé des responsabilités dans cette phase qualitative de l’histoire du Gabon» et invité «tous ceux qui contestent le déroulement du processus électoral à emprunter scrupuleusement les voies de recours prévues par la loi».

L'institution panafricaine avait également souligné la «nécessité pour tous les Gabonais d’œuvrer ensemble dans la sérénité en vue de relever les défis auxquels leur pays est confronté tant en ce qui concerne l’approfondissement du processus démocratique que son développement économique et le renforcement de sa cohésion sociale».

Les 17 candidats (hors Ali Bongo) se sont fédérés en Front de refus du coup de force électoral pour contester les résultats officiels donnant le candidat du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) vainqueur avec 41,73% des suffrages.

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