29/04/2009 23:37:12
Liman Oumaté: comment il a été enlevé
Le supposé rebelle a attendait une rançon de 300 millions de Cfa de Cavaye Yeguié et Amadou Ali.
L'Oeil du Sahel
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Les négociations piétinaient depuis quelques semaines, mais les acteurs, eux, étaient connus. D'un côté le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril, et le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Amadou Ali. De l'autre, Liman Oumaté Malloum, l'autoproclamé chef du Mouvement de libération du peuple camerounais (Mplc). Deux hommes servent d'intermédiaires : son camarade d'enfance à Mora, Brahim Blama, et Bakoura. Les deux personnalités camerounaises exigent le mea-culpa public du "rebelle" pour "laver" l'honneur de leur département, le Mayo-Sava. En échange de quoi ?

Cavaye Yeguié Djibril et Amadou Ali lui proposent des espèces sonnantes et trébuchantes. Juste pour l'appâter, affirme-t-on aujourd'hui dans l'entourage du président de l'Assemblée nationale. Liman Oumaté, lui, reclame la rondelette somme de 300 millions Fcfa. Non pas pour se rendre, mais comme solde de toute activité rebelle. Hélas, les négociations n'abou¬tissent pas en raison des diver¬gences sur le lieu du versement de la "prime". Flairant un piège, Liman Oumaté exige que l'argent lui soit remis à Maiduguri et non au Cameroun.

Malgré ce contretemps, Cavaye Yeguié et Amadou Ali ont de quoi être satisfaits. En faisant traîner les négociations, ils ont permis à leurs hommes de main, Brahim Blâma et Bakoura, de gagner la confiance du "rebelle". Ils savent désormais qu'il se terre à Rainway terminus, un quartier de Maiduguri. Dans cette gigantesque ville qu'est Maiduguri, cette information n'est pas rien. La seconde phase de l'opération peut être lancée.

Brahim Blama recontacte Liman Oumaté Malloum et l'informe de ce que Cavaye Yeguié Djibril et Amadou Ali sont désormais disposés à ce que la transaction financière se déroule à Maiduguri, au Nigeria. Rendez-vous est pris pour le 22 avril 2009 dans un hôtel de Maiduguri.

La veille, 21 avril 2009, Cavaye Yeguié Djibril et Amadou Ali dépê¬chent discrètement à Maiduguri le député Abba Malla accompagnés d'un offi¬cier de police de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) en service à Kolohita - nous voilons son identité pour des raisons évi¬dentes - et un sergent de l'armée détaché a la sécurité du domicile d'Amadou Ali à Kolofata. Mais au lieu de la mallette devant contenir les 300 millions censés mettre un terme aux ambitions du rebelle, l'honorable est porteur d'un pli du président de l'Assemblée nationale destiné au gouverneur de l'Etat de Borno, Ali Shérif Modu. Que sollicite Cavaye Yeguié Djibril ? Difficile de savoir. Toujours est-il que le gouverneur met à la disposition de ses hôtes six éléments du State Security Service (SSS), les services de renseignements intérieurs de l'Etat de Borno.

En début d'après-midi du 22 avril 2009, les émissaires se rendent à Marazaine hôtel où a été fixé le rendez-vous. Ils ont été précédés quelques heures avant par les six éléments du State Security Service (SSS). Liman Oumaté Malloum est accompagné de l'intermédiaire Ibrahim Blâma, son tuteur dans un passé lointain. Le chef du Mouvement de libération du peuple camerounais (Mplc) sirote tranquillement une bois¬son non alcoolisée en attendant que lui soit remis la fameuse mallette d'argent.

De mallette, il s'agit en fait d'un sac rempli de pain et recouvert de billets de banque. Est-il alors distrait lorsqu'il est invité à y jeter un coup d'oeil ? En tout cas, une drogue est discrètement versée dans son verre par un membre de la délégation camerounaise. L'effet est immédiat. Liman Oumaté Malloum sombre dans un sommeil profond. Les élé¬ments du State Security Service observent la manœuvre à dis¬tance. Pour des raisons sans doute diplomatiques, ils ser¬vent de couverture au cas où ? Place à la troisième phase de l'opération.

Liman Oumaté Malloum, les yeux bandés, est jeté sans brutalité dans une voiture banalisée. Sur lui, aucune arme. Juste un passeport camerounais et 1975 naïras (5.750 Fcfa). Direction : la frontière.

Des trois mousquetaires came¬rounais partis le cueillir, ne reste au Nigeria qu'un seul homme : l'honorable Abba Malla Boukar. Il doit rencontre compte Ali Shérif Modu, gou¬verneur de Borno State, de la tournure des événements. Pourtant, au moment de passer la frontière au niveau d'Amchidé, les éléments du State Security Service invo¬quent brusquement la Convention de Genève et tout un arsenal juridique pour rete¬nir Limane Oumaté Malloum.

Ils parlent même d'enlève¬ment. Les Camerounais sont désarçonnés d'autant plus qu'il n'existe aucun accord d'extradition entre les deux pays et qu'aucune démarche officielle n'a été entreprise. Les pourpar¬lers traînent et ce n'est que vers 20 heures, ce 22 avril 2009, qu'ils aboutissent enfin après le versement d'un bakchich de deux millions Fcfa par un pro¬che du président de l'Assemblée nationale. La petite délégation franchie alors la frontière et est prise aussitôt en charge par des collabora¬teurs du président de l'Assemblée nationale. Liman Oumaté Malloum s'engouffre dans une Prado immatriculé CE 380 AK appartenant à Cavaye Yeguié Djibril, escortés par le commandant de compa-

Dans cette affaire, l'attitude des Nigérians, porteuse d'am-bigùité, intrigue cependant. Le 25 avril 2009, des hommes du State Security Service ont inter¬pellé et gardé à vue Brahim Blâma, principal intermédiaire dans les négociations. S'il a été par la suite relâché, ses mai¬sons de Maiduguri et de Banki ont été perquisitionnées. Autre curiosité : la perquisition du domicile de Limane Oumaté Malloum à Rainway terminus. Les Nigérians ont refusé de communiquer toutes informa¬tions à ce sujet aux autorités camerounaises. Or y figure dans les documents saisis la liste des nordistes devant faire-partie de son gouvernement.

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