14/08/2012 01:52:49
Mon opposition l'invitation irresponsable des Camerounais dans la rue
L’un des anciens leaders du Parlement Estudiantin des années 90, Léon Tuam, s’oppose à toute invitation irresponsable des populations camerounaises dans les rues par les acteurs sociopolitiques et se justifie.
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Léon Tuam

L’un des anciens leaders du Parlement Estudiantin des années 90, Léon Tuam, s’oppose à toute invitation irresponsable des populations camerounaises dans les rues par les acteurs sociopolitiques et se justifie.

Dans les luttes des peuples il convient de s’arrêter souvent, d’analyser froidement des situations et d’en tirer des conclusions et leçons ; peu importent le choc et l’éclaboussement qu’engendreraient de telles analyses. Quand il s’avère que tant d’erreurs, de négligences et d’attitudes je-m’en-fichistes ont conduit à des souffrances et pertes en vies humaines et matérielles colossales, il n’y a plus de digue pour nous empêcher de mettre notre opinion sur la place publique.

Les observateurs et acteurs de notre société qui sont soucieux du devenir de notre peuple et épris du désir de l’honorer d’un vrai changement devront comprendre que ce n’est pas une affaire de cœur ni de négociations. Ils doivent apprendre à comprendre l’Histoire et cesser de biaiser ou de compter sur le hasard et la bonne foi des bourreaux du peuple. C’est un acte d’honnêteté, de courage et de responsabilité que beaucoup de leaders camerounais et africains refusent d’intégrer dans leurs combats quotidiens.

D’aucuns se demanderaient pourquoi quelqu’un comme moi qui a été activement dans les rues de Yaoundé, Douala, Bamenda et Bafoussam pour dénoncer et proposer pour son pays, peut arriver à s’opposer à l’appel des populations mécontentes dans la rue au Cameroun.

Depuis que j’ai  découvert la face machiavélique, hypocrite, affairiste et rebutante de beaucoup d’acteurs sociopolitiques du Cameroun, j’ai cessé d’être assez favorable aux mots d’ordre appelant les populations à manifester dans la rue.

Mon opposition à l’invitation irresponsable des Camerounais dans la rue peut aussi se justifier par le fait que dans le passé nous du Parlement Estudiantin ne recevions de mots d’ordre d’aucun politique ni groupe organisé. Nous voyions que le pays allait à la dérive et le sentiment patriotique ainsi que la soif d’être utiles et importants à notre pays nous saoulaient et nous portaient dans les artères et forums des villes du Cameroun et d’Afrique. 

La dernière raison qui m’amène à désapprouver ces invitations est purement d’ordre moral. Je vis hors du pays depuis des années. Si de loin j’initie des marches au Cameroun ou si je les appuie tout en sachant combien elles seront réprimées dans le sang, avec tant d’arrestations et voir des morts sans que cela ne produise aucun résultat ni ne fragilise les bourreaux en place, alors je me sentirais trop mal à l’aise. J’aurais tout le fardeau sur la tête toute ma vie.

Le peuple camerounais a payé un lourd tribut sous le régime de Paul Biya de 1984 à 2012. D’un côté une opposition politique corrompue, tâtonnante, trop égoïste, incompétente et lâche, et de l’autre un régime inutile résolu à se maintenir au pouvoir par tous les moyens de la terreur.

Ainsi, des personnes invitées à manifester dans les rues sont arrêtées, bastonnées, blessées, incarcérées, et d’autres tuées sous les balles policières et militaires. C’est le même théâtre chaque mois, chaque fois et chaque année depuis 1990. Les hommes en uniforme sèment toutes les terreurs, tuent ou massacrent des individus aux mains nues et retournent chez eux saints et saufs voir leurs familles, en paix et impunément.

La prochaine fois, les mêmes leaders se lèvent et refont la même bêtise ; les hommes en uniforme se remettent au travail ; les populations subissent les mêmes sévices. Ces agents des bourreaux retournent chez eux tranquillement comme si leurs actes et tueries étaient perpétrés sur des bêtes sauvages. Ni les uns ni les autres ne s’arrêtent un instant pour réfléchir et changer le cours des choses. C’est de l’irresponsabilité à ciel ouvert et intolérable. 

C’est absurde que dans un pays moderne des hommes en uniforme se transforment en bêtes féroces et se retournent contre les populations au fil des ans sans que personne ne songe à y mettre fin. Lorsque de l’opposition l’on ne montre pas les fleurs de son talent et de son génie futur, il est impossible que l’on parvienne à discerner et à surmonter les défis urgents et à long terme de son milieu, une fois en possession du pouvoir. 

Ces invitations du peuple dans la rue au Cameroun devront cesser s’il s’avère que les acteurs politiques et sociaux ne changent pas de stratégies et n’ont que cela pour le peuple. Cela doit cesser si ces initiateurs se voient incapables de se préparer à protéger et défendre ces populations ou de les instruire et les aider à se défendre. Le Cameroun est un pays particulier en Afrique où les gens semblent ne rien comprendre de l’Histoire.
Pas d’innovation, pas d’invitation des populations dans les rues. Nous sommes encore à ce stade de la lutte pour le changement politique parce que 25, 50, 100, 500 ou 1000 hommes en uniforme se jettent contre des populations sans armes, les arrêtent, les blessent, en tuent et retournent chez eux ou dans les casernes 25, 50, 100, 500, 1000, tous intacts et prêts à repartir le lendemain.  

Nous sommes encore à ce stade de la lutte pour le changement politique au Cameroun parce que le maire, le sous-préfet, le préfet, le délégué du gouvernement ou le gouverneur qui envoient les forces de répression aux trousses des populations privées de leurs droits ne se sont jamais retrouvés dans les griffes des populations ou bien n’ont jamais retrouvé les membres de leurs familles kidnappés ou livrés au même sort.

Je ne suis pas politicien et n’entends pas l’être. Toutefois,  il est de mon devoir en tant que défenseur des droits humains de dire l’enfer où vivent mes compatriotes camerounais et africains ; c’est mon devoir de les sauver d’une situation qui perdure alors que cela aurait du être réglé depuis longtemps. La liberté n’est pas une pluie qui tombe du ciel.

C’est ce que les leaders irresponsables ou traîtres du Cameroun ne veulent pas comprendre. C’est le piment politique assez fort (mais salvateur) que des leaders peureux et antipatriotes camerounais ont refusé de tester depuis que Paul Biya a décidé de faire du peuple camerounais son meilleur ballon, ou d’en verser le sang pour plaire à Lucifer et bénéficier de ses services. Sous M. Biya, quel vrai patriote camerounais en pensant au valeureux Um Nyobé et ses camarades ne devient pas nostalgique à voir la trahison et la couardise puérile des acteurs de l’opposition camerounaise ?

Je ne voudrais plus voir les acteurs sociopolitiques maffieux inviter le peuple camerounais dans la rue de façon irresponsable sous le régime de Paul Biya. Certains profiteurs de l’ordre inique établi dans ce pays diraient que je tiens des propos irresponsables. Non, l’irresponsabilité se trouve dans le camp de ceux qui  jouent mal leurs rôles en tant qu’opposants et de ceux qui détenant un certain pouvoir se sont mués en loups tout en continuant à faire entendre des bêlements.

La « lèpre » a détruit le Cameroun, mais je suis convaincu d’une chose : le jour vient où les administrateurs de M. Biya et ses forces de répression vont regretter le choix de leurs fonctions et métiers. C’est cette vérité brûlante  que j’ai voulu cracher dans toute sa crudité. Les patriotes ont foi en la victoire, perçoivent des jours meilleurs et doivent faire rayonner une justice pour tous dans les jours qui suivent.     

Léon Tuam

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