14/08/2012 02:35:15
Maître Altit «smashe» l'avocat de Ouattara
L’avocat principal du président Laurent Gbagbo a, dans le cadre d’un débat organisé par RFI, dominé les échanges face à un avocat de Ouattara pleurnichard et sur la défensive.
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Emmanuel Altit

L’avocat principal du président Laurent Gbagbo a, dans le cadre d’un débat organisé par RFI, dominé les échanges face à un avocat de Ouattara pleurnichard et sur la défensive. Et à un Florent Geel, Monsieur Afrique de la FIDH, gêné dans une défense qui se veut subtile d’une certaine vision du «deux poids deux mesures» dans le traitement judiciaire de la question ivoirienne.

Dimanche, Radio France Internationale a diffusé, dans le cadre de l’émission «Le débat africain», un échange entre Maître Emmanuel Altit, avocat principal du président Laurent Gbagbo dans le cadre de la procédure ouverte contre lui à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, et Maître Jean-Pierre Mignard, homme d’influence françafricain encarté au Parti socialiste français et avocat d’Alassane Ouattara. C’est Jean-Pierre Mignard qui était à la manoeuvre, avec son collègue Jean-Paul Benoît, pour traduire le président Gbagbo à la CPI alors que l’actuel maître d’Abidjan était reclus à l’hôtel du Golf. Florent Geel, le responsable Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme – très controversé – était également de la partie. Maître Altit a été particulièrement offensif, face à un Maître Mignard en retrait et à un Florent Geel – qui a par le passé mouillé son maillot pour sortir d’affaire le camp Ouattara – gêné.

Tortures infligées à Gbagbo: «Le médecins ont conclu qu'il yavait eu torture »

La question du report de l’audience de confirmation des charges qui devait avoir lieu ce lundi a bien entendu été au coeur des débats. L’avocat principal de Laurent Gbagbo a tenu à faire une précision importante. «Ce n’est pas la Défense qui a demandé le report de l’audience de confirmation des charges qui était prévue pour le 13 août. C’est le juge qui, compte tenu des éléments qui lui étaient transmis, a considéré que c’était indispensable – et vous pouvez imaginer la force de ce qu’elle était en train de lire, parce que vous pouvez imaginer aussi les pressions qui s’exercent sur tout un chacun dans cette affaire. Donc ce n’est pas à la légère qu’elle a décidé d’elle-même de reporter l’audience de confirmation des charges. Elle l’a fait en se basant sur des expertises», a-t-il expliqué.

«Ce que nous souhaitions, c’était que soit évalué son état de santé et par conséquent son degré de fatigue. Les conséquences en d’autres termes de cette détention qu’il a subie, détention arbitraire je vous le rappelle, pendant huit mois dans des conditions particulièrement difficiles et pénibles à Korhogo. Les médecins ont conclu qu’il y avait eu des mauvais traitements et des tortures. Le report de l’audience de confirmation des charges qui était prévue le 13 août nous permettra d’essayer d’éclairer les responsabilités, obligera le procureur près de la CPI à s’expliquer, et forcera les juges à prendre une position sur ces tortures et ces mauvais traitements. De ce point de vue-là, c’est une avancée essentielle de la procédure», a-t-il poursuivi.

La défense inconsistante de l'avocat de Ouattara

Extrêmement embêté par cette question des mauvais traitements et des tortures qui jette une lumière crue sur la véritable nature du régime de son client, Maître Mignard a tenté de faire de l’esprit. Et a fait assaut d’adjectifs qualificatifs… «Je suis un peu dubitatif (…) Ces indications me semblent opportunistes (…)Accusations aussi loufoques que graves… Allégations étranges», a-t-il marmonné. Me Altit l’a renvoyé aux quatre expertises médicales indépendantes qui confirment ses propos.

«Il ne s’agit donc pas de savoir si Maître Mignard et moi-même nous considérons ceci ou cela. Ce n’est pas la question. Il s’agit de savoir ce que les experts ont écrit. Quel est leur constat ? Et quelles sont leurs conclusions ? Ce n’est pas une question d’interprétation, c’est une question de faits. Les faits sont maintenant décrits», a-t-il rétorqué.

Les propos ahurissants de Florent Geel

Soucieux à la fois de préserver son boulot, donc sa crédibilité, et ses amitiés  ouattaristes, Florent Geel – l’homme qui avait promis un rapport démontant celui d’Amnesty International sur Duékoué et qui ne l’a jamais publié –, a d’abord reconnu du bout des lèvres un certain nombre de choses. «Son incarcération à Korhogo n’était certainement pas été une partie de plaisir. Nous-mêmes on a demandé à pouvoir le visiter, cela ne nous a pas été accordé», a-t-il dit, s’agissant de Laurent Gbagbo. Puis il a pris un exemple totalement hors de propos pour jeter le doute sur la réalité des mauvais traitements qui lui ont été infligés. En convoquant le grand méchant leader serbe Slobodan Milosevic.

«On a vu Milosevic qui arguait de problèmes de santé alors que lui-même prenait, semble-t-il, une contre-médication qui a provoqué sa mort et on se demande même s’il n’y a pas eu une espèce de suicide volontaire ou involontaire». Incroyable ! Premièrement, les deux situations ne sont pas comparables. Le président Gbagbo ne se plaint pas d’une situation de santé qui s’aggrave à La Haye mais bel et bien de séquelles de ce qu’il a vécu à Korhogo. Deuxièmement, on ne peut pas, juste en faisant un parallèle malvenu, sans aucune autre forme d’indication qu’une référence historique douteuse, faire planer l’ombre du discrédit sur un homme déjà emprisonné.

En développant sa théorie sur la disproportion des procédures telles qu’elles sont menées actuellement en Côte d’Ivoire et à la CPI, Florent Geel a lui-même trahi son biais partisan. «En tant que responsable in fine de la chaîne de commandement, soit [Gbagbo] les a ordonnées – ce sera à l’accusation de le démontrer – soit il ne les a pas  condamnées (…) La justice ivoirienne a inculpé 140 proches de Laurent Gbagbo. Aucun FRCI. Alors que des crimes ont été commis aussi par des FRCI», a-t-il dit.

Mais pourquoi le  «responsable de la chaîne de commandement » d’un camp doit-il être jugé, tandis que seuls des responsables militaires, donc des exécutants, doivent-ils être jugés dès lors qu’ils sont de l’autre camp ? Si l’on ne considère pas l’innocence a priori de personnes comme Alassane Ouattara et Guillaume Soro comme un dogme religieux, un tel raisonnement ne tient absolument pas la route.

Korhogo: La complicité des nations unis

Dans son intervention, Maître Altit a fait quelques confidences qui démontrent que l’ONUCI s’est prêtée volontairement à plusieurs reprises à une sorte de mise en scène qui ne l’honore pas. «Je suis moi-même allé à Korhogo à plusieurs reprises (…) Je peux vous assurer qu’il [Gbagbo] n’était pas sous la surveillance des contingents des Nations Unies, qu’il était sous la surveillance des hommes du commandant Fofié (…) Lorsqu’il y avait des visiteurs étrangers, des officiels (…), les hommes du commandant Fofié appelaient les membres du contingent des Nations Unies qui étaient présents, qui se trouvaient stationnés à proximité, pour qu’ils l’escortent, et eux-mêmes le suivant de près. Cela donnait aux visiteurs étrangers l’impression qu’il était surveillé uniquement par des Casques bleus.» La responsabilité morale de l’ONU ne pourra pas objectivement être éludée quand la question des mauvais traitements infligés au président Gbagbo sera examinée par la CPI.

«La demande de mise en liberté n'est pas tranchée»

Au micro de RFI, l’avocat principal du président Laurent Gbagbo a levé un pan du voile sur une réalité méconnue. Il est encore possible que son client ait, au final, le droit de bénéficier de la liberté conditionnelle en attendant son procès. «La demande de mise en liberté est pendante. Il y a discussion extrêmement consistante sur cette question qui n’est pas tranchée, loin de là. Et qui ne sera pas tranchée avant un certain temps, loin de là, croyez-moi, et nous verrons dans quelques mois si nous avons échoué à convaincre la cour ou pas», a-t-il confié, sûr de lui et énigmatique. Il a également révélé que la question de la compétence de la CPI pour juger Gbagbo est «pendante». Elle n’a pas été tranchée.

Les mensonges de l'avocat de Ouattara

Acculé, l’avocat de l’actuel chef de l’Etat ivoirien a pris quelques libertés avec la vérité, et a été très rapidement repris par Maître Altit. Il a évoqué «le statut de Rome auquel la Côte d’Ivoire avait adhéré depuis une déclaration de 2003». Or tout juriste moyen sait qu’une simple déclaration ne fait pas d’un pays un Etat-partie au statut de Rome. Mais une déclaration peut, tout au plus, permettre la saisine de la CPI sur une question précise et dans un délai déterminé.

De manière assez grossière, Maître Mignard a également prétendu que Gbagbo a refusé «de reconnaître une situation politique qui avait été actée sur le plan constitutionnel comme étant défavorable au président Gbagbo et favorable au président Ouattara». Ce qui est totalement faux dans la mesure où le Conseil constitutionnel a bel et bien déclaré Gbagbo vainqueur et Ouattara vaincu. La preuve est que Ouattara n’a été constitutionnellement oint, au forceps, qu’en mai 2011…

Essayant d’anoblir l’acharnement judiciaire tous azimuts de son client, Maître Mignard s’est lancé dans une démonstration douteuse. «Ce que je voudrais, c’est que vous insistiez quand même sur un choix qui est unique, qui est à l’honneur de la République de Côte d’Ivoire. C’est celui d’avoir décidé que dans une affaire aussi grave, et où les passions étaient aussi importantes, les exactions aussi nombreuses, et elles ont pu effectivement être commises de part et d’autre, que c’était à une juridiction pénale internationale qu’il revenait de juger, précisément pour qu’il y ait un procès équitable».

Une telle thèse est impossible à soutenir aujourd’hui lorsque l’on sait qu’une fois que son rival a été transféré à la CPI, Ouattara s’est dédit et milite désormais pour que les autres personnes mises en cause soient jugées en Côte d’Ivoire. Si l’on considère que la justice internationale est plus crédible que la justice nationale pour juger son  adversaire, on doit considérer qu’elle est naturellement plus crédible pour juger des alliés qui vous ont hissé sur le fauteuil présidentiel… Maître Altit lui a naturellement répondu : «Le premier fait est que le Conseil constitutionnel, seul habilité pour le faire, a proclamé le président Gbagbo élu. Ensuite, il y a eu un désaccord. Jusqu’à preuve du contraire, les résultats n’ont jamais été examinés. Il n’y a pas eu de chiffres donnés ou avalisés officiellement ».

L'optimisme de Me Altit

Sur RFI, l’avocat principal du président Gbagbo n’a pas caché son optimisme – même s’il faut se garder de tout triomphalisme. «Nous avons en effet obtenu un certain nombre de succès (…) Je crois même que l’on peut dire que nous avons désormais changé le rapport de forces. Nous avons pris la main, imprimé le rythme, donné les cartes et le procureur est désormais sur la défensive. Nous avons forcé la Cour à reconnaître que les accusations des nouvelles autorités ivoiriennes portant sur le fait que le président Gbagbo et ses proches auraient détourné des sommes, disposeraient de fonds illimités sont des accusations dénuées de tout fondement et ne reposent sur rien», a-t-il estimé.

Philippe Brou

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