14/08/2012 02:53:32
Répression. La police étouffe Maurice Kamto
L’ancien ministre délégué à la Justice, démissionnaire du gouvernement le 30 novembre 2011 et ses coreligionnaires des partis d’opposition et de la société civile n’ont pas pu tenir sereinement leur rencontre avec la presse le 11 août 2012.
Le Messager
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Maurice Kamto

Les médias interdits de couvrir l’Assemblée générale constitutive du Mouvement pour la renaissance du Cameroun à Yaoundé

L’ancien ministre délégué à la Justice, démissionnaire du gouvernement le 30 novembre 2011 et ses coreligionnaires des partis d’opposition et de la société civile n’ont pas pu tenir sereinement leur rencontre avec la presse le 11 août 2012.

10 heures 30. L’entrée de l’hôtel Hilton, le palace le plus chic de Yaoundé est filtrée. Deux agents de police -un inspecteur deuxième grade et un gardien de la paix principal- veillent au grain. Personne n’a accès au hall s’il ne montre pattes blanches. Dans la ligne de mire des policiers, les figures connues de la vie politique nationale et les hommes de médias qui pourraient vouloir atteindre le premier étage du bâtiment où est prévue la conférence de presse du Mouvement pour la renaissance du Cameroun  (Mrc).

Malgré la vigilance des policiers, quelques astucieux  passent entre les mailles, ce qui accroît la grogne des personnes refoulées. Le ton et la température montent bientôt. A telle enseigne que le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé III, territorialement compétent, accourt. Albert Mekondane Obounou vient réitérer aux éléments du commissariat central n° 1 les consignes : rester vigilant et ne laisser personne passer. Occasionnant les protestations des clients de l’hôtel.  L’air menaçant, l’administrateur civil cède et instruit les policiers en faction de se replier à l’escalier qui mène au premier étage.  Le hall de l’hôtel est ainsi envahi par une foule de journalistes, cameramen et photographes. Impossible, cependant,  pour eux d’accéder au Bouma A, salon de l’hôtel requis par Maurice Kamto et ses alliés.

Ces reporters se contentent de s’enquérir de la situation auprès de confrères venus plus tôt ou de quelques personnalités proches de l’organisation. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Le professeur Kamto, le docteur Alain Fogué Tedom (Mrp) -principal orateur de la conférence de presse-, Fabien Assigana (Morep), Frank Hubert Ateba (Afrique avenir), Martin Ambang, transfuge du Sdf et tous les autres orateurs   qui ont pris place dans la salle de conférence  sont privés d’électricité et de climatisation par la direction de l’hôtel, sur ordre de l’autorité administrative des céans. Une équipe de policiers conduite par le commissaire principal, Jean Ondo, s’est installée devant la porte menant dans la salle complètement fermée. C’est donc dans l’obscurité et sans climatisation que les leaders du Mrc, opiniâtres,  dévoilent le contenu de leur projet politique devant un public lui-même pétrifié.

« La nuit précède le jour »

Entre temps, ça chauffe toujours dans le hall. Des journalistes sont intimidés et soulagés de leur matériel de travail. Floriane Payo et son équipe officiant pour Camnews 24 en font les frais. Elle est même interpellée quelques instants avant d’être relâchée sans pour autant rentrer en possession  du matériel confisqué. Tout près, on peut apercevoir Charles Ateba Eyene, Pius Ottou,  tous deux invités mais qui ne peuvent assister à l’évènement.

Même d’autres orateurs comme Eloi Bidoung ou Maître Léonard Ndem ne peuvent accéder au premier étage. Vers 11 heures et trente minutes, la foule se dirige brusquement vers la bouche d’escalier. C’est Maurice Kamto qui arrive. Sanglé dans une gandoura blanche assortie de broderie bleue, l’ex-ministre a le pas alerte. Suivi d’une foule de journalistes, il fonce vers la sortie. Les hommes de médias l’y suivent en tentant de lui arracher une déclaration.

Une fois dans son véhicule, l’agrégé de droit confie que le parti politique présenté au public n’a pas d’agenda caché. Un peu comme pour dissiper les craintes de la police. L’avocat y va même d’une boutade pour commenter la conférence tenue dans l’obscurité. « La nuit précède le jour », lance-t-il aux journalistes.

Kamto parti, c’est Alain Fogué Tedom qui fait l’objet de l’attraction des cameras. Le politologue explique aux journalistes ahuris, avoir reçu une « autorisation  administrative»  pour la manifestation. Il produit pour cela, une copie du récépissé de déclaration de manifestation faisant foi. Ledit récépissé est bien signé du sous-préfet de Yaoundé III depuis le 8 août 2012. Mais d’après les organisateurs, le chef de terre a cru devoir empêcher la manifestation lorsqu’il a appris que parmi les animateurs de la conférence de presse, se trouvait le ministre démissionnaire, Maurice Kamto, qui avait déjà été privé de conférence de presse en février 2012, lorsqu’il voulait livrer  à l’opinion les raisons de sa démission du gouvernement en 2011.

Focal. Le projet politique du Mrc

La déclaration officielle du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) à l’occasion de son lancement ce 13 août 2012 enseigne que ses leaders sont animés par la volonté de faire émerger « de nouveaux paradigmes portés par les valeurs républicaines, patriotiques et panafricanistes sur le plan politique ».

Tout ceci repose sur le socle de la solidarité nationale et le partage équitable des fruits de la prospérité nationale sur le plan social. Ce projet politique qui fédère celui de nombreux autres partis (voir texte ci-haut) découle d’après ses promoteurs de l’impossibilité « manifeste des partis de l’opposition pris isolément, à se mettre en capacité de réaliser, enfin, un véritable changement depuis 1990 ». Et puis… il y a cet appel : « Nous devons quitter nos peurs ! Nous devons surmonter nos égoïsmes ! Nous devons dépasser les diktats du fatalisme ! Unissons-nous et agissons ! ». L’alternance est donc un devoir… un impératif politique pour le Mrc. Maurice Kamto is back.

Rodrigue N. TONGUE

Tentatives de regroupement. Le travail de Sisyphe de l’opposition camerounaise

Plusieurs tentatives de constitutions des grands blocs politiques de l’opposition au Cameroun se sont soldées par des échecs. Que peut-on attendre de la dernière en date ? Evocation.

Que l’histoire est têtue ! Au sein du landernau sociopolitique du Cameroun, des idées de mise en place des plates-formes, de regroupements des partis politiques, de création des coalitions, de mise sur pied des forces alternatives, ont essaimé telles des abeilles dans une ruche, sous diverses appellations, avec des fortunes, toutes aussi diverses.

La dernière tentative est celle du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) que conduit l’agrégé de droit, Maurice Kamto, ci-devant ministre délégué de la Justice (Voir article ci-dessus). Loin de nous tout procès d’intention au sujet de la capacité du professeur Kamto et de ses congénères à impulser une dynamique qui fédère le plus grand nombre de partis politiques qui meublent le paysage vert rouge et jaune, au total plus de 300 selon les estimations proches du Minatd,  il est question de passer en revue des initiatives de même nature qui ont précédé celle de l’ex-ministre délégué auprès du Garde de sceaux.

En 2007, Adamou Ndam Njoya, président  de l’Union démocratique du Cameroun  (Udc) et son acolyte du Mouvement progressiste (Mp), Jean Jacques Ekindi, accordent leurs violons, donnent des consignes de vote aux militants dans le cadre des élections couplées municipales et législatives.

Résultats des courses, le Mp glane une place de député à l’Assemblée nationale et quelques sièges dans certaines mairies où l’Udc avait indiqué à ses militants de voter pour le Mp dans des circonscriptions où le parti de Ndam Njoya avait peu de chances de réussir et vice versa. Si pour ce cas de figures, le succès a été enregistré, il n’en demeure pas moins vrai que d’autres tentatives de regroupement des partis politiques au sein d’une seule entité ont fait chou blanc ou pour faire bloc face à l’adversité, ont été de retentissants fiascos.

Egos surdimensionnés

Tenez, en 2004, dans la perspective de la présidentielle d’octobre de la même année, une Coalition de l'opposition pour la réconciliation et la reconstruction (Crrn) qui rassemble une dizaine de partis politiques, voit le jour et ambitionne de présenter un candidat unique à la course pour le fauteuil d’Etoudi. Mais, après plusieurs mois de querelles entre les différents partenaires de l'opposition, le Sdf  s'est finalement résolu à désigner son propre candidat, John Fru Ndi, claquant ainsi la porte de la Coalition.

Le premier parti d'opposition au Parlement camerounais avec 22 sièges sur 180 à cette époque a finalement contribué à faire évanouir les vœux de certains Camerounais qui espéraient qu’avec une candidature unique de l’opposition, l’alternance politique et pacifique pourrait se réaliser.

Hélas ! Trois fois hélas ! C’est une opposition aux forces émiettées, quasiment en lambeaux, qui affronte le mastodonte Rdpc, implanté dans les quatre coins du Cameroun  pour des résultats à la soviétique, presque indécents. 

En rappel, plusieurs autres démarches de rapprochement avaient été enclenchées dans des conditions quasi-semblables et pratiquement dans le même contexte et plus ou moins avec les mêmes acteurs qu’en 1997. Les philosophies des regroupements ont finalement été divergentes notamment sur la question cruciale du choix du candidat unique de l’opposition à élection présidentielle. Chacun est allé à ce scrutin sous le label de son parti en occultant l’idée de rassemblement qui a été au centre de moult tractations, de compromis et parfois, de compromissions. Au bout du rouleau, zéro opposition forte, une et indivisible.

A qui la faute ? A certains pontes du régime qui manœuvrent pour semer la zizanie dans les rangs de l’opposition ou aux leaders de cette opposition, incapables de se mobiliser derrière un seul projet de société, du fait des égos surdimensionnés et des égoïsmes de mauvais aloi ? Question à un sou !

Code électoral consensuel

Une autre illustration de ce que l’opposition camerounaise peine à s’unir est perceptible au sein d’un regroupement dit G7. Emmenés par le dirigeant du Social democratic front (Sdf), Ni John Fru Ndi, des responsables de l'opposition au Cameroun se sont réunis à sa résidence de Yaoundé pour former une coalition destinée à œuvrer à l'annulation de l'élection présidentielle du 9 octobre 2011, jugée selon eux, entachée de fraudes et de graves irrégularités.

L’on a applaudi des deux mains cette offensive de Fru Ndi qui a pu regrouper autour de lui ses collègues Adamou Ndam Njoya de l'Union démocratique du Cameroun (Udc), Jean de Dieu Momo des Patriotes démocrates pour le développement du Cameroun (Paddec), Albert Dzongang de la Dynamique pour la renaissance nationale, Bernard Muna de l'Alliance des forces progressistes (Afp) et Walla Edith Kahbang alias Kah Walla du Cameroon People's Party (Cpp) et Paul Ayah Abine, du Pap.

La fête de l’unité nationale a suffi pour montrer des lignes de fissures au sein d’une dynamique saluée à sa gestation. Dans un premier mouvement, le G7 s’est montré favorable au boycott des festivités organisées dans le cadre de la fête nationale. Le Paddec a dit non au boycott. Sans sourciller, le parti de Me Momo est allé parader à la place de la Cemac à Douala sous les regards hagards des observateurs politiques.

Tirant les leçons de cet «acte de haute trahison», Fru  Ndi et ses pairs mettent en quarantaine le leader du Paddec lors de leur rencontre à Douala chez Albert Dzongang. Le G7 saura-t-il capitaliser la riche expérience de ses leaders pour aller en rangs serrés aux prochaines consultations électorales ? Le premier test est celui de l’élaboration d’un nouveau code électoral consensuel avec les acteurs de tous les bords, prévue à Bamenda la semaine prochaine. On ne perd rien à attendre…

Alain NJIPOU



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