14/08/2012 17:17:44
De la préséance des Tribus sur la Nation au Cameroun
« I am not Anglophone, I'm Zulu» ; a récemment déclaré Nkosazana Dlamini-Zuma, toute fraîche élue Présidente de la Commission de l'Union africaine. Au delà du contexte, cette affirmation est fondamentale relativement à la définition identitaire de chaque africain.
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« I am not Anglophone, I'm Zulu» ; a récemment déclaré Nkosazana Dlamini-Zuma, toute fraîche élue Présidente de la Commission de l'Union africaine. Au delà du contexte, cette affirmation est fondamentale relativement à la définition identitaire de chaque africain.

Sommes-nous d'abord filles et fils de la colonisation, qui nous a distribué des nationalités, déterminé nos frontières, nos systèmes politiques, orienté nos moeurs et de façon générale nos destins, ou alors celles et ceux de nos ancêtres, détenteurs de savoirs culturels et techniques  immémoriaux, issus de communautés ethniques spécifiques qui existaient avant les colonisations, demeurent à travers nous et nous survivront, malgré tout?

Les frontières établies et la Nation créée n'ont pas défini nos origines, et nos Histoires n'ont pas débuté à la 'découverte' de nos territoires par les Européens. Aussi vrai que le père et la mère précèdent l'enfant, les Tribus, les Ethnies précèdent de bien loin la Nation.  Ce sont toutes et chacune de ses Tribus qui justifient l'existence du Cameroun. Ce n'est pas grâce au Cameroun qu'existent les makas, les foulbés, les yambassa, les bakosis, les toupouris, les bafangs, les kotokos, les bakweris par exemple. Et c'est cette précédence qui donne à chacune de nos Tribus préséance sur notre Pays-Nation. Précisons que cela  n'enlève rien au caractère sacré de la Nation, du Pays.

Malheureusement, la colonisation nous a appris à dénigrer et à nous méfier des Tribus, surtout celles des voisins, a défini pour nous ce que sont les autres, et nous avons adopté cela. Même si cette façon de fonctionner pouvait être normale lorsque nos frontières n'étaient pas définies et qu'une Tribu pouvait être l'ennemie ou l'alliée d'une ou de plusieurs autres, les choses auraient justement dû changer si la Nation-Pays était entrée dans le projet de chacune de ces communautés, sans contraintes intermédiaires extérieures intéressées.

Par conséquent, l'ewondo, le bakweri ou encore le yambassa qui est tribaliste ne l'est pas parce qu'il est ewondo, bakweri ou yambassa, il l'est parce qu'il est cameounais. Non pas tant parce que le Cameroun implique la cohabitation de tribus autrefois autonomes, mais principalement parce que le concept Cameroun n'a jamais appartenu à aucune Tribu ou groupe de Tribus.

La colonisation a bien pensé et construit l'affaiblissement de nos Tribus et nous avons emprunté ses pas, bons élèves de la perpétuation de notre enracinement dans cet esprit de bons colonisés, très puissamment lavés du cerveau, à l'exemple au pays et à l'extérieur, de tribalistes de tout bord ('responsables' politiques, membres de la société civile, 'intellectuels''journalistes' , grands diplômés et mêmes des hommes d'église entre autres titres 'honorifiques') qui agissent ainsi pour des intérêts personnels ou même par simple ignorance. Par conséquent, il ne s'agit pas simplement d'accuser  les colons, qui même s'ils sont présents d'une manière différente, n'ont même plus besoin de nous contrôler pour que nous acceptions de servir à perpétuité leurs intérêts.

Mais pour en revenir à l'essentiel, à mon humble avis, nos Tribus devraient être valorisées, évoquées de manière positive. Elle devraient venir avant la Nation, parce que l'ensemble des camerounais qui représentent valablement le pays au Cameroun et ceux qui le font briller à travers le monde, sont les descendants de groupes qui il y a encore quelques siècles vivaient séparés, très souvent en paix, et qui avaient chacun, au fil du temps pu survivre sur les différents territoires qu'ils avaient occupé, parce que ceux des leurs qui les avaient précédé leur avaient transmis une culture forte et des savoirs techniques véhiculés à travers nos langues, us et coutumes, qui subsistent de nos jours malgré la tendance à leur effacement progressif, subi ou non.

Le tribalisme c'est la manifestation de ceux qui ont du mal à se dépêtrer, consciemment ou inconsciemment, des bas fonds de leurs instincts animaliers ; rien à voir avec nos riches Tribus.



Pourtant, le discours négatif , stigmatisant et dénigrant sur une autre ou d'autres tribus que la nôtre dans les discussions de quartier, secrètes ou non, ou sur la place publique donnent l'impression que Tribus et tribalisme ne font qu'un.

Le comble du malheur pour nous est que l'État n'a toujours pas voté de Loi qui condamnerait le tribalisme, ni inscrit dans la Constitution le caractère Multiethnique du Cameroun. Encore qu'il devrait commencer par définir clairement ce qu'est le tribalisme avant de punir. Par conséquent, les tribalistes ne sont  pas hors-la-loi au pays, puisqu'aucune Loi ne condamne cette manifestation et à la rigueur, pour la 'justice'camerounaise, il n'existe pas.

L'État-Nation, par le biais de ses représentants, tente peut-être ainsi, tant bien que mal, d'exister en laissant la Tribu-l'Ethnie s'autodétruire en quelque sorte, car ils sont convaincus comme les vrais détenteurs du Concept Cameroun dans leur propre intérêt, leur ont inculqué, nous ont inculqué, que les deux ne peuvent pas aller ensemble. Le tribal confiné dans le tribalisme permet ainsi de peu à peu programmer  l'obsolescence des Tribus-Ethnies. Pour qu' un jour, la Nation-État vive après avoir éclipsé la Tribu, et devienne enfin véritablement unitaire. Pour résumer, c'est exactement comme dans un couple, avec deux partenaires qui à leur rencontre ne sont en aucun cas vierges d'expériences, de passés, de visions du monde et d'identité parfois opposées, mais dont l'un des deux espère ou veut forcer l'autre à changer, avec le temps, pour devenir conforme à ce qu'il considère comme étant normal.

Les différents replis tribaux que l'on peut observer, de plus ou moins grande ampleur selon des périodes spécifiques, s'expliquent peut-être en partie par cette totale absence de reconnaissance et de valorisation officielle et active de l'État, ressentie par les groupes ethniques.

S'ils choisissaient d'encourager vivement  une coexistence positive et constructive des Tribus et de la Nation et s'ils étaients de fins pédagogues,  les représentants de l'État devraient plutôt élaborer des campagnes de reconnaissance de la valeur sacrée des différentes communautés tribales qui forment cette Nation. Et dans la même veine, en bons stratèges, ils insisteraient dans leur communication sur l'unité des Peuples, avant d'ergoter sur l'unité Nationale.

Car, pourquoi parler d'un idéal d'Unité Nationale, quand la Constitution ne mentionne même pas les parties à unir? Ne pas mentionner le caractère multiethnique du pays, c'est un peu porter des oeillères, et éviter comme c'est le cas, de définir précisément par la Loi ce qu'est le tribalisme et de condamner ceux qui salissent par leurs actes la richesse ancestrale de chacune de nos Tribus.




Et si l'État ne fait pas ce travail, rien n'empêche la société civile, l'individu camerounais de prendre le taureau par les cornes. En prônant par exemple l'unité des Tribus par le biais d'une solidarité par les actes, et non dans des slogans creux. Terminons cette parenthèse par trois questions :  comment se fait-il que lorsqu'une sécheresse touche la partie du Grand Nord du Cameroun, on n'aie jamais entendu que les populations d'une des trois autres Grandes Régions a expédié des vivres aux sinistrés?   Comment se fait-il qu'il n'existe pas ou très peu au Cameroun de petites entreprises privées de 10 à 20 personnes ayant du personnel originaire d'au moins 5 Régions différentes? Pourquoi n'existe-t-il aucune association régionale, ethnique dans la diaspora camerounaise qui réalise des projets dans des Régions différentes de celles d'orignies de leurs membres?

Heureusement quelques personnalités redonnent à nos Tribus la place qu'elles méritent. Je ne sais pas précisément d'où est la chanteuse Ange Bagnia, mais en l'entendant magnifier les cultures linguistiques de différentes régions du Cameroun dans ses chansons, elle donne l'exemple du Camerounais qui sait ce qu'il est et qui n'a pas peur de ce que les autres sont en bien.

Pourquoi ne pas faire le grand effort de toujours trouver le positif des autres groupes ethniques. Cela permettrait d'inverser progressivement la mauvaise, coloniale tendance à toujours définir , comme un certain Georges Bush, que 'l'axe du mal', c'est les autres. Il ne faut surtout pas oublier que du moment que l'on commence à dénigrer la Tribu de l'autre ou celles des autres, on ne peut espérer que la nôtre sera ainsi protégée et restera à l'abri du même traitement en retour. Et reconnaître les forces des autres ne doit pas être un prétexte pour porter leurs sacs, mais une motivation pour redoubler d'effort dans ce que l'on sait faire et dans ce que l'on doit apprendre des autres. Et gare à ceux qui dormiront sur leurs lauriers supposés ou réels!

Je crois d'ailleurs que chaque camerounais ne devrait parler négativement que de sa propre Tribu, s'affairer sur ses propres défauts, et devrait s'interdire de généraliser le mauvais comportement d'un individu à toute sa famille, à tout son village, à toute sa Tribu. À moins qu'il soit d'accord avec l'affirmation selon laquelle tous les noirs sont pareils!

Et en attendant que l'État un jour prenne ses responsabilités, creuse l'abcès, et balise dans le cadre de la Loi ce qui est tribaliste et interdit ou non dans le comportement de chaque individu ou groupe d'individus, j'invite tout camerounais lambda comme moi même, à proposer, par exemple dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler une Charte des droits et devoirs des Tribus du Cameroun, leurs idées dans ce sens.

Conclusion donc, la Tribu, le tribal n'est pas égal au Tribalisme, mais représente les richesses millénaires à conserver à tout prix, à côté de la Nation.

Guy Mbarga

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