15/08/2012 03:19:41
Démocratie de pacotille
La liberté d’expression est une condition fondamentale de la démocratie. Et la démocratie, c’est la condition de la paix. En réprimant brutalement les contradicteurs du régime, le zélateur de Paul Biya montrent qu’ils n ont rien compris à ces principes pourtant universels
La nouvelle expression
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Maurice Kamto

La liberté d’expression est une condition fondamentale de la démocratie. Et la démocratie, c’est la condition de la paix. En réprimant brutalement les contradicteurs du régime, le zélateur de Paul Biya montrent qu’ils n ont rien compris à ces principes pourtant universels

«Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit».

Pour le sous-préfet qui s’est rendu tristement célèbre en interdisant hier la conférence de presse du professeur Maurice Kamto et de ses compagnons politiques, cet extrait de la déclaration, universelle des droits de l’homme (article 19) doit sonner comme du charabia.

Tout comme il doit tout ignorer de l’extrait du préambule de la constitution camerounaise à travers lequel, notre pays «affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Charte des Nations Unies, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et toutes les conventions internationales y relatives et dûment ratifiées».

Car les arguties excipées par ce fonctionnaire pour empêcher une simple conférence publique d’un homme politique étalent l’immensité de l’ignorance du minimum de droits garantis à tout citoyen, celui de s’exprimer, et même de postuler aux plus hautes charges de son pays.

Et décidément sous nos cieux, comme dit l’aphorisme africain, le chien ne change jamais sa manière de s’assoir, quoi que l’on fasse. Dès la veille de la conférence de presse devant annoncer la naissance de la formation politique qui porte le Pr. Maurice Kamto, quelques observateurs se demandaient déjà si le régime de Yaoundé, réputé frileux et brutal, laisserait faire. Et comme dans tous les mauvais films, le scénario est facile à deviner : déploiement de forces armées pour démotiver et intimider les sympathisants à qui on interdit l’accès au lieu de la conférence, puis notification de l’interdiction aux organisateurs, à la toute dernière seconde.

Des méthodes d’un autre âge, totalement inutiles, qui tout au plus ternissent ce qui reste de l’image d’un régime qui apparait de plus en plus comme une anomalie sur la scène politique planétaire. Ces méthodes, répétons-le, sont totalement inutile, car il y a vingt-deux ans, elles n’ont pas empêché ni John Fru Ndi de lancer son Social Democratic Front le 26 mai 1990, et de forcer ainsi la porte du multipartisme dans notre pays.

Aujourd’hui, encore, la tentative du régime de Yaoundé de museler l’expression politique est vaine. Car de nos jours, l’information circule si vite grâce aux technologies de l’information, que le zèle de ce sous-préfet n’a pu qu’accroitre l’intérêt des internautes et de l’opinion publique autour de la déclaration du Professeur Maurice Kamto, contribuant ainsi à construire sa stature d’opposant crédible. Si le professeur Kamto rêvait d’un lancement de sa formation politique en fanfare, il a trouvé en ce sous-préfet un chargé des relations publiques, redoutablement efficace.

Curieusement ce sont les mêmes qui clament à longueur de discours que le Cameroun est un sanctuaire de la liberté d’expression, qui sont pris de panique dès qu’un citoyen libre décide de tenir un discours en rupture avec les «péroraisons creuses» en vigueur au sein de l’establishment. Et dans ce concours de «qui sera le plus zélé», où le ridicule le dispute au stupide, nos fonctionnaires de la préfectorale ne craignent plus le ridicule. Pour eux manifestement, une mauvaise réputation vaut mieux que pas de réputation du tout…

De quelle démocratie peut dès lors se vanter Paul Biya, lorsqu’on brutalise d’éminents universitaire, et qu’on instrumentalise la force publique pour humilier des citoyens responsables et matures, au simple prétexte qu’ils ont osé être en désaccord avec ce régime «où on danse plus qu’on ne pense» ? Alors que l’enjeu de la lutte contre la criminalité semble négligé, a-t-on vraiment besoin de déployer tant de soldats surarmés pour museler des hommes politiques et leurs sympathisants (ou même de simples curieux) qui ne demandent qu’une demi-heure pour exposer leurs divergences légitimes avec le régime ?

Grâce à ses sous-préfets importés du siècle dernier Paul Biya, qui n’était déjà pas un démocrate réputé, gagne de nouveaux galons dans le club de plus en plus restreint des dictateurs de la planète. Il est assurément le premier perdant de ces manœuvres d’un autre âge. Car, en plus de confirmer par cette répression que le Cameroun est bel et bien sous la coupe d’une dictature brutale, ses zélateurs mal inspirés rajoutent de l’écho aux critiques de ses opposants qui le présentent régulièrement comme un autocrate. Une réputation qui, on l’a vu ces dernières temps, ne porte pas bonheur à ces régimes, ni à leurs zélateurs.

François Bambou

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