16/08/2012 03:26:38
Hôpital Laquintinie. Comment policiers et vigiles détournent les malades
Après le musèlement des resquilleurs postés à l’entrée principale, ce serait les policiers et agents de sécurité qui orientent les patients vers les médecins de leur choix moyennant rançon.
Le Messager
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Hopital Laquintinie Douala

Après le musèlement des resquilleurs postés à l’entrée principale, ce serait les policiers et agents de sécurité qui orientent les patients vers les médecins de leur choix moyennant rançon.

Malgré les campagnes de lutte contre la corruption et le rançonnement des malades, ce fléau  a la peau dure à l’hôpital Laquintinie de Douala. Si très peu de resquilleurs peuvent désormais exercer  en toute (il) légalité, cette situation semble profiter aux policiers et vigiles en poste à «l’hôpital du village». Ces derniers auraient repris le juteux marché laissé malgré eux par les resquilleurs.

«Dès qu’un malade arrive et demande un renseignement à un policier pour savoir où se trouve un service, le policier le détourne. Il appelle un vigile car il ne peut pas facilement s’intégrer  dans un service. Il donne des recommandations à ce dernier qui le conduit vers un médecin bien précis. A la fin de la journée, policiers et vigiles se partagent la somme remise par les médecins en fonction du nombre de malades proposés», dit Claudette Ndomè Elanguè, garde malade au pavillon «Petit payant» de l’hôpital Laquintinie. Elle poursuit. «C’est grâce à un policier que ma sœur suit actuellement ses visites chez un gynécologue. Les agents de police nous rendent beaucoup de services sans rien demander en contrepartie».

Un manque à gagner pour les resquilleurs dont l’effectif fond comme de la neige au soleil. L’un d’eux parle sous anonymat.  «C’est une concurrence déloyale et inacceptable. Comment des personnes qui sont censées faire respecter la loi sont les premiers faussaires? Pendant que nous sommes désormais interdits d’entrer à l’hôpital sauf pour cas de force majeure, les policiers se sucrent, les vigiles se font plein les poches. Comme ils ne sont pas encore sur la liste noire, ils peuvent nager comme ils veulent mais tout a  des limites… C’est nous qui avons créé ce métier, et souffrons alors que nous sommes au front. Avant j’avais entre cinq et dix clients par jour, maintenant, il faut être un génie pour avoir un seul client».

Approché hier mercredi 15 août 2012, un policier rejette ces accusations. «Je ne suis pas surpris de cette réaction des démarcheurs et de certains patients instrumentalisés. Nous collaborons avec les malades seulement pour leur indiquer où se diriger lorsqu’ils sont nouveaux. Nous sommes ici pour la sécurité et non pour détourner les malades. Tant pis pour la brebis galeuse qui sera prise en flagrant délit».

C’est la raison pour laquelle beaucoup de resquilleurs se sont convertis aux métiers du funéraire à savoir la fabrication et la commercialisation des cercueils, des zincs, des pierres tombales et des fleurs, de la conduite des corbillards, de la creuse des tombes. Outrés de ce qu’ils considèrent comme une mauvaise concurrence et sidérés de la dégradation de leur niveau de vie à la veille de la rentrée scolaire, ces resquilleurs envisagent de saisir le comité de lutte contre la corruption à l’hôpital Laquintinie car «le détournement des malades ne va jamais finir dans cet hôpital. Il y a seulement  eu un transfert de compétences car la nature a horreur du vide. Si par le passé, ce sont les démarcheurs qui servaient de courroie de transmission, les données ont changé pour le même résultat. Les policiers et vigiles sont désormais les maîtres du jeu».

Etame Kouoh

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